Tétras et gélinotte

La dualité des perdrix

Par François Lapointe

Généralement, lorsqu’on parle de perdrix au Québec, c’est la gélinotte huppée qui nous vient en tête et, non loin derrière, le tétras du Canada. Si la première est la reine d’automne des forêts mixtes, le tétras fait de la forêt boréale son royaume et privilégie les forêts d’épinettes, comme le dit son nom anglais (spruce grouse).

Ces deux espèces constituent probablement plus de 95 % des récoltes de perdrix au Québec, même si la province en compte six, incluant le lagopède des saules, le lagopède alpin, le tétras à queue fine et la perdrix grise, la seule vraie perdrix, originaire et introduite d'Europe. Les autres font plutôt partie de la famille des tétraoninés (les vraies gélinottes et tétras), des cousines, mais pas des parentes directes. Nos « perdrix » ont simplement reçu ce surnom durant la colonisation parce qu'elles rappelaient des oiseaux de l'Ancien Monde (tout comme l'outarde)

Réserve faunique Mastigouche Réserve faunique Mastigouche
Réserve faunique Mastigouche La Halte Studio | © Sépaq

Ce qui m’amène à la dualité de nos deux perdrix. Le mâle tétras du Canada est très facile à distinguer et est, sans l’ombre d’un doute, un des plus beaux oiseaux du Québec à mes yeux. La femelle, quant à elle, peut facilement se confondre avec la gélinotte huppée pour quelqu’un qui ne les fréquente pas souvent. Chaque automne, j’entends l’histoire d’un bonhomme qui dit avoir prélevé une perdrix dont la chair était foncée et « pas mangeable ». Et, bien que je sois bien élevé, les yeux me roulent dans la tête pendant que je me mords la langue.

« Deux perdrix, deux chasses similaires, deux cuisines complètement différentes. »

Bien qu’ils soient de proches cousins, leur cuisine est presque aussi différente que celle du poulet et du canard.

À chaque perdrix sa recette

La gélinotte huppée est l’un des rares gibiers du Québec à chair blanche, ce qui fait le plaisir de pratiquement tout le monde. Mon meilleur truc est une vieille technique appelée le faisandage qui, vous l’aurez deviné, tient son nom d’une pratique originalement appliquée aux faisans. L’exercice est simple : conserver ses oiseaux les moins maganés et les laisser quelques jours dans un endroit frais, à l’air libre, avec les plumes et les entrailles intactes. Ça hausse la qualité de la viande et, selon mes observations nullement scientifiques, ça aide à une meilleure rétention du jus de viande pour éviter des poitrines sèches lors du service. Je suggère un minimum de 24 heures; 2 à 3 jours feront largement l’affaire.

Et les gélinottes trop maganées à la suite d’un tir? Celles-ci méritent d’être apprêtées plus rapidement. Le but du faisandage est de faire quelque chose de meilleur, pas de se rendre malade. Pour ceux qui chassent la perdrix au sol, maîtriser les tirs de tête sera un atout important ici.

À lire égalementNos conseils pour bien conserver sa viande de gibier

En cuisine, priorisez des recettes simples. La vraie artiste derrière la viande de gélinotte, c’est mère Nature. Trop d’aromates et d’épices vont masquer son bon petit goût unique. Même si je suis un cuistot capable de recettes excentriques, je n’ai aucune gêne à y aller avec une simple poêlée d’oignons, sel et poivre.

Julie Audet | © Sépaq
Jean-Sébastien Chartier-Plante | © Sépaq

Le tétras : se lâcher lousse en cuisine

Et pour le tétras? Je n’ai jamais trouvé que le faisandage apportait quelque chose de plus, mais je préfère toujours arranger l’oiseau une fois bien froid.

Sa chair est foncée et beaucoup plus prononcée (comme celle de tous les autres tétras et lagopèdes). C’est le candidat idéal pour une recette de petit gibier dans laquelle on se permet de se lâcher lousse en cuisine.

Au goût, l’oiseau me rappelle un mélange de jeune lièvre de début d’automne, avec une texture de gélinotte. Je cuis toujours mes poitrines en grillade ou à la poêle, tétras comme gélinotte, mais vous pouvez assaisonner sans crainte de masquer le goût du tétras. Le cuire en croyant qu’il goûtera la gélinotte causera des déceptions, mais il y a néanmoins de nombreuses façons d’en faire un trophée dans l’assiette.

Et pour le reste de l’oiseau? Il n’y a pas que les poitrines qui se mangent. J’aime bien prendre le reste (os et cuisses) pour faire des bouillons maison – avec la gélinotte, c’est un véritable plus qui permet des sauces qui goûtent la perdrix de bord en bord. Pour les abats, c’est simple : à la fin de l’automne, je prends tous mes sacs d’abats et je fais des terrines.

Vous aurez compris que je ne tire pas sur les ailes pour sortir mes poitrines.

En conclusion, ce sont deux gibiers que j’affectionne tout particulièrement et, je l’espère, ces recettes vous inciteront à sortir des sentiers battus et à faire une récolte mixte lors de votre prochaine sortie!

Bon automne et bonne chasse!

Deux recettes pour cuisiner votre récolte

François Lapointe

À propos de François Lapointe

La passion de François pour la nature est née alors qu'il passait son enfance entre l'île Bicquette, une réserve d'oiseaux migrateurs gardée par sa famille depuis plus de 85 ans, et la forêt bas-laurentienne. Grand adepte de chasse et de pêche, il se fait un plaisir de préparer des recettes de gibier et de poisson copieuses et accessibles. Parfois avec des touches exotiques, parfois avec des touches rustiques, il met toujours de l'avant des produits du terroir, de la forêt boréale et du fleuve Saint-Laurent.

Soyez informé

Inscrivez-vous aux courriels de la Sépaq et soyez le premier à connaître nos nouveautés, nos offres et nos promotions spéciales.

S'inscrire