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La recherche dans les parcs : l’exemple des fous de Bassan de l’île Bonaventure

20 novembre 2013


Les parcs nationaux du Québec ont su développer de fructueuses collaborations avec les chercheurs afin d’acquérir des connaissances sur les milieux qu’ils protègent. Ces parcs présentent souvent un environnement très favorable pour les chercheurs qui y trouvent un milieu d’étude protégé et accessible ainsi que des avantages logistiques parfois difficiles à réunir ailleurs. C’est le cas par exemple de la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure qui en plus d’être une des plus importantes au monde est aussi la plus accessible. 

Une colonie, belle et attrayante

Les oiseaux marins, parce qu’ils sont particulièrement sensibles aux dérangements, nichent la plupart du temps dans des milieux difficiles d’accès, là où ce risque est fortement diminué. Sur l’île Bonaventure, les fous de Bassan occupent les falaises et le plateau sommital où l’on peut approcher les nids à moins d’un mètre. Cette situation si particulière et le fait que l’île soit facilement accessible depuis la côte ont fait de l’île Bonaventure un lieu de prédilection pour la recherche sur ces oiseaux. Avec les problématiques rencontrées par le fou de Bassan ces dernières années, les chercheurs sont de plus en plus nombreux à venir profiter de ce laboratoire naturel qu’est l’île Bonaventure et ainsi comprendre cette espèce phare que l’on retrouve au sommet de la chaine alimentaire du golfe du Saint-Laurent.

Un oiseau qui fait jaser

La situation de la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure a fait couler beaucoup d’encre ces deux dernières années (lire sur le blogue Parcs Québec : Les fous de Bassan de l’île Bonaventure: une situation inquiétante).En effet, après l’explosion de la plate-forme pétrolière dans le golfe du Mexique qui a touché l’aire d’hivernage des fous, c’est maintenant son succès reproducteur qui laisse chercheurs et gestionnaires perplexes (8% en 2012 et 36% en 2013 contre 75% en temps normal). Devant la situation inquiétante que vit actuellement la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure, le parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé (PNIBRP) et les scientifiques tentent ensemble de mieux comprendre ce qui arrive à l’espèce vedette de la région.

Accroissement des activités scientifiques

La population de fous de Bassan de l’île Bonaventure est suivie aux 5 ans depuis la fin des années 60 par le Service canadien de la faune (Environnement Canada). Depuis 2010, suite aux différents problèmes rencontrés par la population de fou de Bassan de l’île Bonaventure, plusieurs équipes de chercheurs gouvernementaux et universitaires viennent chaque été étudier la colonie, dans le but de comprendre ce qui affecte la colonie. On mesure, par exemple, le taux de contaminants dans le sang et les œufs, ainsi que le succès reproducteur et le régime alimentaire. On suit également à l’aide de consignateurs de données et de GPS les déplacements des oiseaux vers les aires d’alimentation et d’hivernage.

Fidèle à la mission des parcs, Le PNIBRP favorise et stimule ses activités de recherche sur son territoire en offrant une assistance logistique aux chercheurs qui y travaillent (transport, support de son personnel pour la capture ou la manipulation des oiseaux, logement…). Mais comment le parc national encadre-t-il toutes ces activités scientifiques croissantes sur son territoire et comment gère-t-il ces interactions entre chercheurs et une espèce sensible au dérangement?

Des recherches… et un code de conduite

Les activités de recherches, parce qu’elles amènent des chercheurs à pénétrer des environnements fragiles ou manipuler des espèces animales, peuvent potentiellement induire un dérangement. Un dérangement potentiel toutefois nécessaire pour mieux comprendre et protéger le territoire que les parcs ont la mission de protéger. C’est pour cela qu’il existe des procédures pour y travailler.
Quand un chercheur désire entreprendre une étude sur la colonie, il lui est délivré :

  1. Par le PNIBRP : Une autorisation spéciale pour des fins de recherche et d’éducation
  2. Par Environnement Canada : Un permis de recherche afin de pouvoir manipuler les oiseaux (le fou étant soumis au Règlement sur les oiseaux migrateurs du gouvernement fédéral)

Avec les années le PNIBRP a développé une bonne collaboration avec le gouvernement fédéral afin de faciliter l’échange d’information et l’attribution des permis.

Grâce à cela et du fait de l’accroissement des activités de recherche, le PNIBRP et les chercheurs du Service canadien de la faune ont donc mis en place en 2010, en plus des permis nécessaires, un code de conduite pour uniformiser les façons de faire dans la colonie de fous de Bassan et s’assurer que les meilleurs comportements possible soient adoptés. Voici quelques consignes parmi celles retrouvées dans ce code de conduite :

  • Travailler en équipe de 2 personnes qualifiées ou plus lors des captures;
  • Minimiser le temps de manipulation (idéalement 2 minutes, ne dois pas excéder 10 minutes);
  • Protéger l’œuf ou le poussin lorsqu’il n’y a pas un deuxième adulte au nid (risque de mortalité);
  • Rester en périphérie de la colonie ;
  • Ne pas capturer d’oiseaux lorsque les conditions climatiques sont défavorables (pluie, vents);
  • Seules des personnes qualifiées peuvent récolter des échantillons sanguins avec une méthode approuvée par un comité pour le bien-être des animaux.

Avec ce code de conduite dont on a déjà pu juger de la pertinence, le parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé a donc trouvé une solution afin de répondre à la fois à la nécessité d’accroitre les activités de recherche sur une espèce sensible du parc, tout en s’assurant que cette dernière ne souffre pas de ses mêmes activités qui viennent empiéter sur son territoire pendant une période critique de son cycle vital.

En venant à l’île Bonaventure, peut-être aurez-vous la chance de voir les chercheurs au travail ! Cette collaboration entre le parc et les chercheurs permettra, nous l’espérons, de faire la lumière sur ce qui menace la population de fous de Bassan, afin de nous aider à mieux les protéger.


Corentin Chaillon est responsable du service de la conservation et de l'éducation au parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. chaillon.corentin@sepaq.com

Photos: Environnement Canada


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