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Les bernaches et l’opération d’une plage : une cohabitation pas toujours propre…

4 décembre 2012


Au cœur d’une région relativement humanisée, où la diversité écologique intègre l’activité humaine, le réservoir Choinière, du parc national de la Yamaska, représente un milieu de vie pour plusieurs espèces animales. Au nombre de celles-ci, la bernache du Canada compte parmi les plus opportunistes, c’est-à-dire qui s’adaptent le mieux. Bien qu’il soit plaisant d’observer cet oiseau dans un habitat naturel, ses déjections altèrent la propreté des aires de services, en particulier celles du pique-nique gazonné et de la plage sablonneuse.

Des effectifs en croissance dans le sud du Québec

La bernache du Canada (Branta canadensis) est bien connue pour ses volées migratoires, en longues formations en « V », qui annoncent les saisons. Depuis peu, une sous-espèce de taille plus grosse (B. canadensis maxima) s’est implantée dans le sud du Québec, où elle niche et connaît une croissance. Cette sous-espèce, qualifiée de « résidente », prospère dans les paysages modifiés par l’activité humaine.

La bernache du Canada se nourrit exclusivement de plantes. Ainsi, elle est particulièrement attirée par les pelouses situées en bordure des plans d’eau et des terres humides. Ces milieux riverains sont facilement accessibles à la nage. Ils procurent, d’une part, les conditions idéales d’alimentation, de repos et d’élevage des jeunes, durant la longue période où ceux-ci sont incapables de voler. Ils offrent, d’autre part, des environnements dégagés, favorables à la détection des prédateurs. Des groupes familiaux s’assemblent et se déplacent uniquement par voie d’eau, au gré des besoins journaliers. Une fois la bernache implantée à un endroit, le nombre de ses individus peut augmenter au fil des ans.

Ménager la chèvre et le chou

Les gestionnaires de parcs, les exploitants d’aires récréatives et les propriétaires riverains aux prises avec un problème de gestion de la bernache du Canada doivent savoir que l’espèce est protégée en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs du Canada. Cependant, différentes stratégies de prévention et de dissuasion peuvent être mises à profit pour éloigner les oiseaux là où ils posent problème. Le Service canadien de la faune, une composante d’Environnement Canada, propose un ensemble de mesures dans un manuel intitulé Bernache du Canada et bernache de Hutchins : gestion des populations dans le sud du Canada [ressource électronique]. On y concède qu’il n’y a pas de solution unique. Dans tous les cas, il est essentiel de connaître les exigences écologiques de l’oiseau pour mettre en œuvre des techniques adaptées aux spécificités du site.

Comment alors, dans une aire dédiée à la conservation et accessible, comme un parc national, intervenir sur un conflit d’usage qui oppose une espèce animale dans son habitat et les utilisateurs d’une portion de cet habitat? La bernache résidente niche dans le parc national de la Yamaska depuis le début des années 2000. Les inconvénients liés aux déjections ont été manifestes à partir de 2006. Puis, les effectifs ont progressivement augmenté jusqu’à atteindre environ 80 individus, vers 2008. Dans le but de prévenir l’intrusion des bernaches dans les zones gazonnées et sablonneuses du secteur de la plage, différents types de barrières ont été déployés pour « clôturer » le secteur : câbles tendus au-dessus de la surface de l’eau; clôtures à neige, etc. L’efficacité et l’esthétisme de ces dispositifs, d’une logistique coûteuse, se sont avérés décevants.

Depuis le printemps 2011, des filets ont été installés sur toute la bordure riveraine des hautes eaux du secteur de la plage, soit sur une longueur de près de 500 m. Au total, 20 filets, d’une longueur de 30 m (99 pi.) et d’une hauteur de 60 cm (24 po.) chacun, ont été requis pour circonscrire le secteur. Les filets sont pour la plupart installés de façon permanente durant la période d’activité des bernaches et d’élevage des jeunes, de la fin de la nidification, au début mai, jusqu’au début septembre. Dans cet intervalle, seules quelques sections de filets sont déplacées sur une base journalière – enlevées le matin et réinstallées durant la soirée – pour permettre l’accès des baigneurs, des canoteurs et des plaisanciers au plan d’eau.

Esquisse graphique du panneau métallique signalant le dispositif implanté pour contraindre l’accès des bernaches au secteur de la plage.

Faire d’une pierre, deux coups…

En plus de l’installation de filets, des « barrières » végétales riveraines ont été introduites sur plus de 200 m. À différents endroits le long du littoral dénudé, des travaux de plantation ont été réalisés afin de recréer une bande végétale riveraine pouvant empêcher l’accès des oiseaux à la zone gazonnée du pique-nique.

Il faut savoir que, quelques années après la création du réservoir Choinière, en 1977, la plage et l’aire de pique-nique adjacente avaient été aménagées de façon à offrir une vaste ouverture dénudée sur le plan d’eau. Aujourd’hui, on connaît mieux l’importance des bandes végétales riveraines et de leur fonction épuratoire pour les lacs et les cours d’eau. Il s’agit d’une barrière naturelle à l’érosion, à l’écoulement et au lessivage des nutriments qui, autrement, pourraient détériorer la qualité de l’eau. La reconstitution de zones tampons, composées d’une dense végétation herbacée et arbustive, vient appuyer la stratégie de contrôle des bernaches résidentes, tout en améliorant le cadre naturel et visuel de la zone riveraine.

Visiteurs, partagez l’écosystème!

L’érection de barrières temporaires – les filets – et l’implantation de végétation riveraine se sont avérées des mesures efficaces pour contrôler l’accès de la bernache du Canada à la plage. Ces mesures permettent d’assurer une cohabitation harmonieuse entre cette espèce animale dans son habitat et les besoins de récréation.


Alain Mochon, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de la Yamaska, mochon.alain@sepaq.com.

Photos : Alain Mochon.


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