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Aux grands maux les grands remèdes : des chèvres luttent contre l’herbe à la puce

24 octobre 2013


Aux grands maux les grands remèdes : des chèvres luttent contre l’herbe à la puce
Le service de la conservation du parc national d’Oka a expérimenté cet été une approche plutôt originale pour tenter de contrôler la prolifération de l’herbe à la puce sur son territoire. En effet, deux chèvres ont été déployées sur le terrain afin de constater leur efficacité à consommer cette plante nuisible.

Contexte

Il y a maintenant plus d’une vingtaine d’années que les différents gestionnaires du parc national d’Oka s’investissent dans le contrôle de l’herbe à la puce aux endroits aménagés du parc. Avec un achalandage de plus de 700,000 visiteurs par année, les possibilités de contact entre la plante urticante et la clientèle sont malheureusement bien réelles. Après l’essai de nombreuses méthodes de contrôle au fil des années, le service de la conservation a dû sortir des sentiers battus cet été afin de tester une approche des plus inusitées : le broutage par les chèvres! Partie intégrante d’un projet du parc testant l’efficacité de diverses méthodes de contrôle, cette nouvelle façon de faire a déjà fait ses preuves sur la scène internationale et présente un potentiel intéressant pour le contrôle et la gestion des plantes nuisibles ou envahissantes!

Des chèvres à louer!

L’inspiration est venue de nombreux cas rapportés d’utilisation de chèvres dans la lutte contre les espèces envahissantes, tant au niveau des compagnies privées et de la recherche universitaire que des divers paliers de gouvernement. En effet, certaines compagnies ont vu le jour aux États-Unis et louent maintenant leurs flottes de centaines de chèvres aux agriculteurs et particuliers du Midwest américain. Les chèvres consomment la végétation herbacée et arbustive et laissent un champ débarrassé des plantes problématiques et engraissé par les fientes des animaux. Elles digèrent également la plupart des graines et ne contribuent donc pas à la dispersion des végétaux nuisibles. Il s’agit ainsi d’une méthode alternative à l’épandage d’herbicide ou de pesticide, par le fait même beaucoup moins dispendieux et drôlement profitable pour l’environnement!

Notre étude

Au mois d’août dernier, une section aux abords d’un sentier de service occupée par une colonie uniforme d’herbe à la puce a été divisée en plusieurs zones de traitement : un contrôle, où aucune mesure n’a été prise, une zone où les plantes ont été recouvertes par une toile géotextile afin de les étouffer, une autre où une toile similaire a été recouverte d’un terreau et d’un mélange de semences favorisant la restauration et la reprise végétale, une zone où les plantes ont été retirées mécaniquement, une zone où une solution d’eau saline a été appliquée sur les plants afin de les assécher et une dernière où les chèvres ont été placées dans un enclos pendant quelques jours. Ces traitements seront maintenus ou répétés selon le cas au cours des prochaines saisons estivales pour comparer leur efficacité relative. Pour l’instant, les premières observations montrent que les chèvres ont consommé toutes les feuilles d’herbe à la puce, laissant seulement les tiges, ce qui à long terme épuise la plante qui doit sans cesse produire de nouvelles feuilles. Les chèvres seront ramenées au printemps prochain lorsque les plants auront poussé à nouveau. Il s’agit pour l’instant d’un essai empirique et il faudra attendre quelques saisons avant de tirer des conclusions tangibles, mais les résultats préliminaires confirment que la prédation par les chèvres représente un moyen économique, écologique et durable de contrôler les plantes nuisibles ou envahissantes.


Les différentes zones de traitement

Ce qu’il ne faut pas oublier

L’article 20 du Règlement sur les parcs stipule qu’il est interdit à toute personne qui circule, séjourne ou pratique une activité dans un parc d'y introduire des animaux, sauf à des fins scientifiques ou de gestion. Il est donc possible pour les autorités du parc d’y introduire des chèvres à des fins de contrôle de la végétation. Cependant, pour que cette pratique se concrétise davantage et soit éventuellement considérée par les gestionnaires d’aires protégées, certains éléments devront être respectés. Par exemple, il faudra prouver que l’introduction des chèvres n’est aucunement susceptible de contaminer la faune locale par la transmission de parasites ou d’autres maladies. Il ne faudrait pas non plus que les chèvres ne deviennent la cible de prédateurs résidents, ce qui déséquilibrerait momentanément l’équilibre écosystémique (ainsi que le bien-être des chèvres!). Les chèvres doivent de plus être maintenues dans un endroit clôturé afin d’éviter leur dispersion et qu’elles ne consomment des plantes non ciblées par l’intervention. Il importe également de garder en tête que l’herbe à la puce est une espèce indigène, qu’on retrouve de façon tout à fait naturelle dans nos parcs nationaux québécois. Par conséquent, cette plante devrait théoriquement être protégée et conservée au même titre que toutes espèces floristiques présentes dans nos parcs. Mais puisqu’elle comporte un certain risque pour notre clientèle et que les aménagements aux abords des endroits achalandés stimulent sa prolifération, certaines interventions doivent être pratiquées. Il s’agit d’un exemple probant du défi des gestionnaires des parcs nationaux québécois, qui ont pour mandat de conserver le patrimoine naturel tout en le rendant accessible et sécuritaire pour le public.

Lectures supplémentaires :

http://www.rcinet.ca/francais/blog/11_14_42_2013-03-26-des-chevres-pour-contrer-la-presence-drsquo-especes-envahissantes-dans-lrsquo-interieur-de-la-colombie-britannique

http://modernfarmer.com/2013/09/goats-invasive-species-control

http://www.luresext.edu/goats/training/vegetation.html


Raphaël Goulet est responsable du service de la conservation et de l'éducation au parc national d’Oka. goulet.raphael@sepaq.com

Photos : Mathieu Lemay; Pete Markham.


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