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Comment déjouer le chevreuil?

Par Michel Therrien, guide de chasse professionnel.

Pourquoi certains chasseurs reviennent-ils bredouilles malgré la présence de chevreuils sur le territoire, alors que d’autres connaissent du succès?

Guide professionnel dans le domaine de la chasse au gros gibier, Michel Therrien est aussi un chasseur redoutable. Il nous partage ses incontournables afin d’optimiser nos chances de déjouer le chevreuil.

Émile David | © Sépaq

Connaître et reconnaître les bonnes passes naturelles

On ne chasse pas en milieu forestier comme on le ferait autour de champs de maïs ou devant des pommiers près d’un village. De fait, il est connu que les chevreuils qui habitent dans de grands espaces forestiers se déplacent par les montagnes ainsi que par les diverses passes naturelles. Le chevreuil de type « forestier » recherche des aires de repos non loin de la nourriture, où il se sentira protégé et à l’abri des prédateurs. Conséquemment, il utilise ce que je nomme des « zones de transition » qu’il doit obligatoirement emprunter pour aller se nourrir, pour se cacher et pour fuir. Ainsi, même si votre secteur compte 20 km carrés d’habitat, il est important de comprendre que les chevreuils n’occupent pas le territoire de façon uniforme. Ils auront leur micro « habitat vedette » que le chasseur devra découvrir.

Il faut savoir que les passes naturelles à chevreuils ne sont pas toujours situées en bordure d’un chemin et le chasseur doit parfois faire des visites de reconnaissance afin de les identifier. Comme les réserves fauniques offrent dorénavant l’outil d’orientation Avenza Maps, il devient beaucoup plus facile de se déplacer sur le territoire pour identifier des indices précieux comme les sentiers de cerfs, les couches, ou les frottages. Le soir venu, le chasseur astucieux pourra transférer ces informations sur sa carte et par un travail de déduction logique, il commencera son travail d’analyse. C’est souvent à partir de là qu’il découvrira les passes en question et qu'il commencera à planifier ses offensives de chasse à venir, incluant l’option d’installer un poste d’affût. Le meilleur moment pour explorer et découvrir sa zone est au printemps, juste avant la pousse des feuilles. 

Yan Kaczynski | © Sépaq
Émile David | © Sépaq
Émile David | © Sépaq
Beside | © Sépaq

Bien chasser un site appâté

Pour bien chasser un site appâté, il faut tout d’abord l’installer convenablement. En premier lieu, je commence par installer une saline en été et j'observe par la suite comment les chevreuils se déplaceront sur le territoire, vers la saline, puis vers l’appât.

Une fois cette information acquise à partir des sentiers et des tracs des cerfs, j’étudie le vent sur les lieux et puis j‘installe mon site d’embuscade en conséquence. Le but est de ne pas être repéré par nos odeurs. Ainsi, le chasseur ne doit pas avoir le vent dans le dos si son appât est devant lui, car dans ce cas, il perdra son temps tout en contaminant son site avec son odeur.

Autrement, pour bien chasser sur un site appâté, il faut que la cache soit bien dissimulée dans la forêt et il faut aussi que le sentier qui mène à la cache soit discret et minimalement en retrait de l’endroit où les chevreuils circulent. Il faut toujours être silencieux et ne jamais apeurer inutilement les femelles, car éventuellement elles vont attirer des mâles. J’aime bien utiliser des tentes, mais il faut recouvrir ces dernières de branches pour leur donner une allure naturelle et pour ajouter du poids afin que le vent ne fasse pas claquer les parois de la tente.

Par ailleurs, j’aime encore mieux me faire des caches naturelles sur place en utilisant des souches disponibles sur les lieux, des rochers, des arrachis et autres éléments naturels propices à l’embuscade. Je referme le tout avec des billots coupés, une structure minimaliste de branches et un toit naturel fait de branches et de billots. En l’installant à l'avance, les chevreuils considèrent le tout comme faisant partie de leur environnement et ils ne se méfient pas.

L’usage d’un cache-odeur composé de sèves de cèdres, de sapins ou d’épinettes à vaporiser (selon les essences sur place) représente un incontournable à utiliser en tout temps pour cacher ses odeurs lorsque l’on chasse le chevreuil.

Grattage, frottage, etc.

Je sais que la plupart des chasseurs aiment s’embusquer devant un site appâté, mais les réserves fauniques offrent plusieurs autres possibilités, car les territoires sont grands et les mâles laissent souvent des indices de leur présence.

La découverte d’un grattage frais ou d’une série de grattage frais représente un indicateur précieux de la présence d'un chevreuil. J’ai prélevé plusieurs mâles de taille très enviable en faisant des séquences de grognements (grunt call) autour d’un site sur lequel j'avais observé des grattages.

Par ailleurs, quand je découvre des frottages et quand la date s’y prête bien (après le 10 novembre), j’utilise mes cornes de chevreuils pour faire des chocs (rattling). Un chasseur pourrait couvrir un site appâté aux extrémités de journées comme aux aurores et au crépuscule, mais entre 10 h et 15 h, il pourrait faire des stations de chasse ailleurs sur le territoire en exploitant le grunt, le rattling et même la chasse en se déplaçant furtivement si les conditions le permettent (sol silencieux).

Steve Deschênes | © Sépaq
Émile David | © Sépaq

Chasser le plus possible et se servir des caméras pour espionner les chevreuils

Les caméras de surveillance peuvent parfois vous démontrer que vous avez fait la bévue de l’année en n’étant pas présent au moment opportun. En effet, les caméras de surveillance peuvent révéler qu’un chasseur est arrivé 15 minutes en retard ou est parti 15 minutes trop tôt, suivant la photo prise d’un mâle avec l’heure indiquée. De quoi provoquer un pincement au cœur du coureur des bois pour un bout!

Anticiper quand un cervidé passera est tout un art. Quand le rut bat son plein et que votre site d’affût à chevreuils est parsemé de femelles distraites et peu protectrices avec les veaux, tout est en place pour l’arrivée d’un mâle, et ce, peu importe le moment de la journée.

Ainsi avant de prendre la décision de délaisser un site, il faut se demander si des doutes subsistent sur la présence potentielle d’un cervidé. Un des plus beaux atouts qu’un chasseur doit posséder demeure la patience et la croyance soutenue que les 10 secondes de bonheur à l’apparition de la bête tant attendue, surviendront.

Je vous souhaite une excellente saison de chasse.

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