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Le cerf de Virginie, une menace pour l'intégrité du parc?

14 août 2012


Le cerf de Virginie demeure sans contredit l’attrait touristique majeur de l’île d’Anticosti. Emblème animalier du parc national d’Anticosti, le cerf de Virginie a été introduit en 1896 par Henri Menier. N’ayant aucun prédateur naturel et un climat favorable, ce dernier a su s’adapter très rapidement à son nouvel environnement; si bien que Marie-Victorin lors de ses visites d’herborisation dans les années 1920 observait déjà un bouleversement sur la flore de l’île d’Anticosti. Présent bien avant la création du parc national d’Anticosti, le cerf de Virginie avec son broutement intensif sur les plantes herbacées et arbustives avait donc déjà modifié la végétation que l’on retrouve actuellement au parc.

La population de cerf de Virginie

Depuis son introduction sur l’île d’Anticosti, la population de cerf de Virginie n’a cessé de croître. Cette forte densité n’est pas sans conséquence sur son habitat et sa survie. Afin d’obtenir une évaluation globale de la population, des inventaires aériens sont effectués par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune tous les cinq ans.

Estimation de la population de cerf de Virginie

Année Île d'Anticosti (7943 km²) Parc national d'Anticosti (572 km²)
   Nombre de cerf      Densité     Nombre de cerf   Densité
1996 125 000    15 cerfs/km²    - -
2001 125 000 15 cerfs/km² 9 500   18 cerfs/km²  
2006 166 000 21 cerfs/km² 11 600 22 cerfs/km²

En 2001, l’année de création du parc, la population avait été estimée à 9 500 cerfs, soit une densité de 18 cerfs/km². Cinq ans plus tard, une croissance était déjà visible. Effectivement, en 2006, la population de cerf de Virginie au parc a été estimée à 11 600 cerfs, soit une densité de 22 cerfs/km². Nous attendons impatiemment le prochain inventaire pour vérifier la progression de cette population.

Son impact sur la flore

La forêt que l’on retrouve sur Anticosti appartient au domaine bioclimatique de la sapinière à bouleau blanc. On y retrouve, entre autres, de l’épinette blanche, du sapin baumier, de l’épinette noire et quelques espèces de feuillus. Du pin blanc est aussi observable dans quelques secteurs du parc. Par son broutement intensif sur la state arbustive au cours du dernier siècle, le cerf a modifié la régénération des forêts actuelles. Plusieurs espèces ont de la difficulté à se régénérer, si bien qu’aujourd’hui la superficie des sapinières de l’île est en forte diminution. Les sapinières offrent un abri au cerf pendant l’hiver et les ramilles des sapins baumiers composent plus de 70 % du régime alimentaire du cerf de Virginie pendant cette période. La strate herbacée est aussi très affectée par le broutement intensif du cerf en été et très peu d’espèces sont à l’abri de ce phénomène. Conséquemment, certaines plantes herbacées ont de la difficulté à se régénérer et se raréfient.

La recherche sur l'île

Au cours des dernières décennies, plusieurs recherches ont été effectuées à l’extérieur des limites du parc sur l’impact du cerf sur la végétation de l’île d’Anticosti. Les résultats de ces recherches nous aident à mieux comprendre l'impact significatif que le cerf peut avoir sur son habitat. Au début des années 1980, des dispositifs expérimentaux ont été construits afin d’évaluer l’évolution de la végétation en absence de cerf. Une parcelle clôturée de 30 mètres par 30 mètres a été construite, l'exclos de Cailloux, et une série de dispositif de parcelle clôturée de 2 mètres par 2 mètres. La végétation à l’intérieur était répertoriée et comparée à celle des parcelles témoins qui étaient situées à proximité de ces dispositifs. La végétation répond très rapidement en absence de cerf. Certaines espèces de la strate arbustive (sapin baumier, bouleau à papier) ont une meilleure croissance et leur nombre augmente de façon significative.

L'exclos de Cailloux

En 1995, la coupe forestière a recommencé sur l’île et divers projets d’aménagements ont débuté sur les sites de coupe afin de restaurer la forêt. En 2001, la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Produits forestiers Anticosti de l’Université Laval a été créée avec comme principal objectif de développer des méthodes d’aménagement forestier et faunique adaptées aux densités élevées de cervidés. En 1999, un exclos de 100 mètres par 100 mètres a été construit à proximité du village de Port-Menier. Le parc s’est éventuellement impliqué dans la gestion de cet exclos qui sert aujourd’hui à des fins éducatives.

L'exclos de Baie Sainte-Claire

Depuis le début des années 2000, presque toutes les superficies de bois qui sont coupées par la compagnie forestière sont clôturées. Ainsi, ce type d’aménagement a entraîné la construction de plusieurs enclos de gestion ayant des superficies variant entre 3 km² et 21 km². Un enclos de gestion est une zone clôturée dans laquelle la population de cerf est réduite par la chasse. L’objectif est de réduire la population de cerf à l’intérieur en maintenant une densité très basse de cerf sur une période de 10 ans. Par conséquent, la végétation arbustive s’installera et les sapins baumier seront hors de portée du cerf après que les clôtures aient été démantelées. Les résultats de toutes ces recherches donnent des pistes de solution pour régénérer les sapinières d’Anticosti. Toutefois, il faut souligner le fait que ce type d’aménagement est fait à petite échelle comparativement à la superficie totale de l’île d’Anticosti.

Et le parc, alors?

La végétation présente dans le parc a subi les mêmes pressions de broutement par le cerf que celle qui se retrouve en périphérie. Abritant plusieurs espèces susceptibles d’être désignées vulnérables ou menacées, il est important de voir quelle sera l’évolution de ces plantes rares et de la forêt dans les limites du parc. Actuellement, nous effectuons divers suivis sur les espèces végétales qui sont en situation précaire dans le parc. De plus, nous évaluons la faisabilité d’installer une série de petits dispositifs expérimentaux clôturés de 2 mètres par 2 mètres pour suivre l’évolution de la végétation dans les divers peuplements forestiers présents dans le parc. Malgré les répercussions du broutement intensif sur la végétation, la population de cerf de Virginie dans le parc est là pour rester. À nous de réfléchir à des solutions afin de préserver la biodiversité exceptionnelle du parc national d’Anticosti tout en continuant d’admirer l’emblème du parc!


Éric Savard, responsable du service de la conservation et de l'éducation au parc national d'Anticosti, savard.eric@sepaq.com.

Photos : Éric Savard.


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