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Blogue de conservation

Vers une redéfinition de la mission des aires protégées?

28 janvier 2014


Nos parcs nationaux ont été créés afin de conserver et protéger des territoires représentatifs des régions naturelles du Québec. Leur mission est intimement liée à la notion d’intégrité écologique. Dans le contexte des changements climatiques, ces éléments fondateurs de la création et de la gestion des aires protégées sont aujourd’hui questionnés par de nombreux acteurs. 

Le colloque du Centre des Sciences de la Biodiversité du Québec

Comment désormais définir l’intégrité écologique, un état jugé représentatif d’un écosystème, dans un monde dont les zones climatiques amorcent une transformation qui va bouleverser le visage des habitats qu’ils soutiennent? Doit-on encore créer des aires protégées seulement sur la base de la représentativité ou devrait-on intégrer un principe de gestion par résilience écologique afin de soutenir explicitement l’adaptation de la biodiversité aux bouleversements en cours?

Ces questions, et de nombreuses autres, ont été soulevées et discutées récemment lors du colloque annuel du Centre des Sciences de la Biodiversité du Québec (CSBQ), au cours d’une journée consacrée spécialement aux impacts des changements climatiques sur la biodiversité du Québec. La journée était organisée conjointement avec le consortium Ouranos, le centre d’expertise québécois sur les changements climatiques, dont l’un des projets importants concerne la biodiversité québécoise.

Alimentant ces questions de fond, de nombreuses études ont été présentées par des chercheurs de multiples horizons, documentant observations et modélisations afin de comprendre et prévoir les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes de la province. Il a été question des caribous, des plantes «envahissantes», de l’arrivée de nouvelles maladies infectieuses, de la hausse de la température des lacs, des marais et des milieux humides, des forêts, des salamandres, des oiseaux, des papillons, de la «valeur» des services écologiques, de la fragmentation des habitats, de l’érosion des rives, de possibles corridors écologiques, etc. Il a aussi été question du peu de connaissance que nous avons des écosystèmes du Grand Nord et du projet d'Atlas de la biodiversité du Québec nordique, qui vise à mieux comprendre cette immensité que nous côtoyons sans vraiment la connaître. Le Québec arctique est déjà, et sera à long terme, le plus fortement touché par le réchauffement climatique.

Publication d'un ouvrage important

Mais peut-on dresser un portrait global? Afin justement de réaliser une synthèse des connaissances et des enjeux, le professeur et chercheur Dominique Berteaux a annoncé la publication prochaine du livre Changements climatiques et biodiversité du Québec: vers un nouveau patrimoine naturel. Ce livre, fruit de 5 années d’efforts et de collaborations entre climatologues, biologistes, naturalistes et gestionnaires, analyse la répartition de près de 1000 espèces d’animaux et de plantes, et tente d’anticiper les changements potentiels de ces répartitions pour la fin du XXIe siècle. Des transformations profondes sont attendues sur le territoire québécois. Les niches écologiques devraient ainsi se déplacer d’environ 300 à 600 km vers le nord, avec, bien entendu, des impacts variables selon les espèces. Si, par exemple, certains papillons semblent avoir déjà atteint la vitesse de migration de 40 km par décennie, ce n’est toutefois pas le cas des arbres… (une présentation du projet en format .pdf est disponible ici)

Certaines espèces verront donc leur habitat s’étendre, d’autres se contracter ou se déplacer. Des espèces disparaîtront, d’autres arriveront. Mais en général, pour le Québec, il faut s’attendre à une certaine augmentation de la biodiversité. C’est ce qu’on appelle le paradoxe de la biodiversité nordique, puisqu'à l’échelle planétaire, les changements climatiques menacent au contraire d’engendrer un effondrement global de la biodiversité. Cependant, selon l’avis même des chercheurs, il faut prendre cette «bonne nouvelle» avec une importante dose de précautions, car de nombreuses variables restent inconnues ou imprévisibles. La modélisation de niche est une approche intéressante, mais qui a aussi des limites. La complexité des interactions vivantes est si grande qu’il importe de rester modeste devant l’état de nos connaissances et de nos capacités d’anticipation.

Au Québec, les impacts des changements climatiques sont déjà observables. Des augmentations d’entre 3°C et 10°C sont encore attendues d’ici la fin du siècle, ainsi que des bouleversements dans les régimes de précipitations. De façon générale, les changements prévus seront plus importants en hiver, et au nord. Ils affecteront les écosystèmes, mais aussi les infrastructures, les activités économiques et la santé humaine. Pour en savoir davantage sur l'impact et l’adaptation aux changements climatiques au Québec, nous vous invitons à consulter le rapport de synthèse du groupe Ouranos.


Sébastien Giguère est responsable de l'éducation au parc national du Mont-Mégantic et coordonnateur scientifique à l'ASTROLab du Mont-Mégantic. giguere.sebastien@sepaq.com

Photos: Patrick Graillon; Rémi Boucher; Steve Deschênes.


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