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Le cerf de Virginie: un herbivore gourmand!

8 décembre 2015


Le cerf de Virginie – appelé à tort chevreuil – est un herbivore généraliste, qui, en surnombre, peut nuire à la régénération des forêts. Au parc national du Mont-Saint-Bruno, des indices nous laissent croire que cet abondant cervidé est en train de perturber la flore forestière.

Un herbivore omniprésent!

En vous baladant au parc, vous avez sûrement déjà remarqué un ou plusieurs cerfs de Virginie affairés à brouter la végétation! En effet, les cerfs sont désormais si nombreux au parc qu’il n’est pas rare de les croiser au hasard d’un sentier ou près des lisières forestières. On estime qu’il y a désormais 8 cerfs au km2 dans l’enceinte du parc. Or, pour maintenir la diversité d’une forêt, les experts québécois recommandent qu’il n’y ait pas plus de 5 cerfs au km2. La surabondance de ce grand herbivore peut véritablement nuire à la santé d’une forêt : voyons pourquoi.

Les impacts du broutement

Le cerf peut menacer directement la croissance, la reproduction et la survie des plantes et des jeunes arbres qu’il consomme en affaiblissant leur métabolisme par le broutement des feuilles, des bourgeons, des jeunes pousses, des fleurs et des fruits. En fait, après le passage du cerf, il ne reste généralement pas grand-chose de la plante, de l’arbuste ou du jeune arbre brouté. Et imaginez si le broutement se reproduit chaque année, durant 5, 10, 15 ans! Les réserves d’énergie de la plante diminuent peu à peu, limitant sa capacité à se régénérer et à se reproduire. Certaines espèces peuvent même disparaître lorsque les cerfs sont trop nombreux. Dans un tel contexte, la flore s’appauvrit, la forêt peine à se renouveler.

Et au parc?

Au parc, nous avons observé le déclin du trille blanc, une plante printanière autrefois très abondante (Figure 1). Au printemps, le cerf de Virginie la dévore gloutonnement, étant une de ses premières sources d’alimentation… et sa préférée! Le broutement est ainsi particulièrement intense au moment même où cette plante amorce sa saison de croissance. D’ailleurs, nous avons aussi observé que les plants de trille blanc sont de plus en plus petits sur la montagne, en raison du broutement répété (depuis plusieurs années) par les cerfs. Or, les petits plants produisent aussi moins de graines, et ont de ce fait moins de chances de se reproduire. Cette situation pourrait donc compromettre la survie de cette espèce.

Figure 1. Évolution du trille blanc dans les forêts du parc. En 2013 et 2014, seulement quelques individus persistaient (entourés d'un cercle rouge), alors qu’en 1980 et 1995, plusieurs centaines d’individus formaient de larges tapis au sol.

Enfin, nous avons aussi observé une augmentation des fougères, carex, graminées et plantes à tubercules (Figure 2) dans les massifs forestiers du parc. Il s’agit de groupes de plantes souvent associées aux forêts où les cerfs de Virginie sont trop abondants. En effet, cet herbivore évite généralement les fougères et les carex/graminées, moins comestibles. Quant aux plantes à tubercules, elles sont simplement plus résistantes au broutement, grâce à l’énergie qu’elles emmagasinent dans leur tubercule souterrain. Tous ces résultats suggèrent donc un suivi serré des populations de cerfs de Virginie sur la montagne, pour le bien-être de l’ensemble de la forêt.

Figure 2. Groupes de plantes associées aux forêts où les cerfs de Virginie sont trop abondants.

En plus d’inventaire de la population de cerf de Virginie, le parc national du Mont-Saint-Bruno siège à un comité de gestion de l’espèce en milieu urbain et périurbain afin de trouver des solutions à sa surabondance.

Un article complet traitant de l’évolution de la flore au parc national du Mont-Saint-Bruno est disponible dans le bulletin de conservation 2015-2016.


Marie-Pierre Beauvais est étudiante à la maîtrise à l’Université de Montréal.

Nathalie Rivard est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Mont-Saint-Bruno. rivard.nathalie@sepaq.com

Stéphanie Pellerin est chercheuse à l’Institut de recherche en biologie végétale.

Claude Lavoie est chercheur à l'École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional.

Photos: Mathieu Dupuis, Marie-Pierre Beauvais et Louise Gratton.


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