L’engoulevent d’Amérique, une espèce suivie - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

COVID-19 : nouvelles mesures préventives dans certains paliers d'alerte, guide du visiteur, ainsi qu'activités et services offerts


Vous avez des questions? Consultez les réponses aux questions fréquemment posées par nos clients.

Blogue de conservation

L’engoulevent d’Amérique, une espèce suivie

2 octobre 2012


L’engoulevent d’Amérique est une espèce à statut particulier qu’il faut s’assurer de bien protéger. Ses besoins en matière d’habitat sont très bien représentés dans le parc national des Grands-Jardins dont 15 % du territoire est composé de milieux ouverts résultant d’incendies. Afin de lui porter toute l’attention qu’il mérite, cet oiseau sert d'indicateur dans le cadre du programme de suivi d'intégrité écologique et de paramètre dans le cadre d’études de caractérisation avant l’implantation d’un projet.

L’engoulevent d’Amérique

Cet insectivore se nourrit à l’aube et au crépuscule. Il a sur ses ailes effilées une bande blanche à l’extrémité et son vol est saccadé. Le mâle émet un « pînt » nasillard et produit un vrombissement en raison du vent dans ses ailes lors des piqués qu’il exécute pendant la période de reproduction. C’est la femelle qui couve les œufs, déposés directement au sol sans structure définie. Oiseau migrateur, il arrive sur le territoire du parc national des Grands-Jardins vers la fin mai, pour ensuite amorcer sa migration dans la dernière portion du mois d’août.

Le parc national des Grands-Jardins : un habitat tout désigné pour l’engoulevent d’Amérique

Dans le parc national des Grands-Jardins, l’habitat de l’engoulevent d’Amérique est très bien  représenté. Par exemple, les nombreux milieux ouverts résultant d’incendies récents représentent 15 % du territoire. Le territoire est aussi parsemé de lacs, de milieux humides, de forêts de conifères et de routes de gravier. En tout, environ 285 km2 de territoire offrent un habitat de prédilection à l’espèce sur la totalité des 310 km2 du parc.

Espèce à statut particulier au Québec et au Canada

En avril 2007, une nouvelle espèce menacée a été inscrite à la liste fédérale des espèces en péril, soit l’engoulevent d’Amérique. Cet oiseau insectivore aurait subi un déclin de l’ordre de 49 % dans plusieurs secteurs où ont été effectués des relevés de l’espèce. Plusieurs facteurs sont en cause : l’utilisation des pesticides, la perte et la modification de l’habitat, la lutte contre les incendies, l’agriculture intensive, la diminution du nombre d’immeubles à toit plat avec gravier, etc. Au Québec, l’espèce est aussi sous surveillance en raison de son statut d’espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable.

Conciliation protection et développement

Le parc national des Grands-Jardins connaît actuellement une période de grands changements : plusieurs projets d’envergure sont en cours ou le seront dans un avenir rapproché. Non seulement ces travaux visent à améliorer la protection de certains sites, l’accessibilité et la mise en valeur du parc, mais ils auront aussi un impact sur le milieu naturel. Étant donné qu’environ 90 % du territoire du parc offre un habitat potentiel à l’engoulevent d’Amérique, une attention particulière doit y être portée afin d’assurer sa protection. Dans les parcs du Québec, un guide de caractérisation des sites d’implantation existe en vue de faire ressortir des mesures d’atténuation des impacts. Prenons comme exemple le nouveau Centre de découverte et de services qui sera construit près du lac Arthabaska en 2012-2013. Voici plusieurs mesures qui seront prises en vue de minimiser l’impact sur l’engoulevent d’Amérique :

  • Utilisation de la machinerie lourde à l’automne, une fois le cycle de nidification terminé, ce qui correspond au début de la migration de l’espèce;
  • Perturbation des sols à l’automne afin d’éviter de troubler la nidification et l’élevage des jeunes qui se font directement au sol;
  • Du fait que les sols dénudés deviennent des sites de nidification potentiels pour l’espèce, avant et pendant la période des travaux, les surfaces mises à nu lors de la construction des infrastructures seront recouvertes d’une membrane. Ceci afin d’éviter que, le printemps venu, les oiseaux s’installent près ou sur des sites en construction;
  • Ajout d’un suivi de l’espèce dans le Programme de suivi de l’intégrité écologique;
  • Présentation d'une activité de découverte « symphonie au crépuscule » qui décrit les caractéristiques de l’engoulevent d’Amérique au nouveau Centre de découverte et de services.

Un suivi mis en place depuis 4 ans devient un indicateur dans le cadre du Programme de suivi de l’intégrité écologique (PSIE)

Les espèces sensibles présentes sur notre territoire doivent retenir notre attention et être bien protégées. Depuis quatre ans, une route d’écoute est effectuée afin de faire le suivi et de mieux connaître les habitudes de vie de l’engoulevent d’Amérique sur le territoire du parc. Cette année, le suivi étant bien établi, il sera inclus dans le PSIE comme indicateur de la situation des espèces à statut particulier. Le suivi comporte une route d’écoute de 8 km sur laquelle sont réparties dix stations espacées de 800 mètres. À chacune des stations où l’écoute dure cinq minutes, une cote d’abondance est attribuée en fonction du nombre d’individus entendus. Pendant la période de reproduction, quatre sorties sont réalisées et, parmi celles-ci, les trois meilleures sont choisies. Toutes les cotes d’abondance recueillies lors de ces trois sorties sont alors additionnées pour parvenir à une cote d’abondance totale de l’espèce pour la saison en cours. Voici un tableau des résultats obtenus de 2009 à 2012:

Des idées de projet!

Selon le rapport de situation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), peu d’informations sont disponibles concernant l’engoulevent d’Amérique dans son milieu naturel et en forêt boréale. Il serait donc intéressant de développer plusieurs projets, et ce, en collaboration avec des organismes ou des universités. Il serait également intéressant de mieux connaître la répartition de cette espèce dans les différents habitats du parc pour en assurer une meilleure gestion. Le COSEPAC fait aussi état d’un manque d'informations au niveau de la reproduction « En outre, aucune étude n’a été menée sur le succès de reproduction ou sur les taux de survie des oisillons après l’envol. » Alors, en avant la science pour mieux protéger!

Bibliographie

COSEPAC (2007). Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’Engoulevent d’Amérique (Chordeiles minor) au Canada, Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa, Vi + 29 p.

Gauthier, J. et Y. Aubry (1995), Les oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, Association québécoise des groupes d’ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, Montréal, 1295 p.


Adine Séguin, garde-parc technicienne en milieu naturel au parc national des Grands-Jardins, seguin.adine@sepaq.com.

Photos : Gavin Schaefer (Wikimedia Commons), Denis Desjardins et Sépaq.


Soyez informé

Inscrivez-vous aux courriels de la Sépaq et soyez le premier à connaître nos nouveautés, nos offres et nos promotions spéciales.

S'inscrire