Les chauves-souris hibernent-elles dans les grottes du parc? - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

Blogue de conservation

Les chauves-souris hibernent-elles dans les grottes du parc?

25 octobre 2016


Une équipe de chercheurs tente de déterminer si les cavités souterraines servent d'hibernacles aux chauves-souris résidentes du parc national d'Anticosti.

Nos connaissances sur les chauves-souris

Nous avons très peu d’information sur les habitats utilisés par les chauves-souris lors des différentes périodes de leur vie sur l’île. Nos connaissances sur ces petits mammifères endémiques se limitent surtout à l’identification des espèces présentes et au suivi d’un indice d’activité nocturne le long de nos parcours d’écoute effectués depuis 2007. De plus, quelques maternités de chauves-souris ont été localisées sur l’île cette année et feront l’objet d’un suivi populationnel durant les années à venir.

Les inventaires nous ont permis de répertorier sur l’île 4 des 8 espèces présentes au Québec, dont la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) et la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis). Elles ont toutes les deux le statut d’espèce en voie de disparition au Canada et sont cavernicoles, c’est-à-dire qu’elles passent la majeure partie de l’hiver en état d’hibernation dans des cavités souterraines alors appelées des hibernacles. Sur l’île d’Anticosti, un seul hibernacle est véritablement connu : la Grotte-à-la-Patate où une centaine de chauves-souris semblent passer l’hiver (Danièle Morin, MFFP).

La recherche en cours

Une recherche menée par François Fabianek, membre du Groupe Chiroptères du Québec, a débuté au mois d’août dernier afin de déterminer si certaines structures souterraines (p. ex. grotte, diaclase, fissure, etc.) présentes au parc et sur le reste de l’île d’Anticosti sont utilisées par les chauves-souris cavernicoles avant leur entrée en hibernation. Un certain nombre de cavités souterraines ont été explorées par l’équipe pour en déterminer le potentiel et valider certains signes d’occupation estivale, comme la présence de guano frais au sol et de traces caractéristiques sur les parois rocheuses. Lors de cette exploration, un soin particulier a été apporté à la salubrité de l’équipement pour éviter toute propagation accidentelle du syndrome du museau blanc (SMB) dans les cavités de l’île d’Anticosti puisque jusqu’à présent, ce milieu insulaire est resté hors d’atteinte du SMB.

Des thermographes ont été installés et serviront à mesurer les variations journalières de température à l’intérieur et à l’extérieur des cavités pendant un an. Des détecteurs d’ultrasons ont également été installés à l’entrée des cavités où le potentiel hivernal était jugé intéressant. Ils fonctionneront durant 2 mois afin de détecter la présence et l’activité nocturne des chauves-souris en période de regroupement copulatoire et durant leur entrée en hibernation. Un autre type de détecteur d’ultrason a été installé sur le traversier Bella-Desgagnés (Relais Nordik) qui relie le continent à l’île d’Anticosti, dans l’espoir de croiser des chauves-souris en pleine migration nocturne dans l’estuaire du Saint-Laurent.

Station d’écoute autonome des chauves-souris postée à l’entrée d’une cavité potentielle, François FabianekFigure 1. Station d’écoute autonome des chauves-souris postée à l’entrée d’une cavité potentielle, François Fabianek

Des résultats attendus

L’analyse des sonagrammes des chauves-souris qui est prévue pour le mois de novembre nous permettra d’identifier les espèces qui utilisent les cavités. Par comparaison avec le profil d’activité nocturne des chauves-souris enregistrées à l’entrée de la grotte-à-la-patate, nous pourrons déterminer le potentiel des nouvelles cavités suivies en tant qu’hibernacles.

Les sonagrammes sont présentés sous forme de graphiqure. L'unité de l'axe vertical est la fréquence et l'unité de l'axe horizontal est les secondes. Pour chacun des sonagrammes, on observe une répétition de courbes similaires.Figure 2. Sonagrammes de la petite chauve-souris-brune (en haut) et de la chauve-souris nordique (en bas), François Fabianek

D’autres résultats s’ajouteront ensuite, notamment après la récupération des thermographes l’été prochain. Nous pourrons connaître l’évolution annuelle des températures au sein des cavités et établir le lien avec les variations d’activité nocturne et l’entrée en hibernation prolongée. Quant à elles, les données acoustiques issues du Bella-Desgagnés nous permettront de vérifier si des individus s’aventurent la nuit en période de migration dans le bras de mer séparant l’île d’Anticosti du reste de la province. Ces données seront importantes pour comprendre les facteurs impliqués dans l’avancée du SMB.

Compte tenu des menaces qui pèsent sur les chauves-souris, il s’avère important de surveiller et d’étudier davantage les colonies présentes sur l’île d’Anticosti. Ce projet mené par plusieurs partenaires (Environnement et Changement Climatiques Canada, la Société des établissements de plein du Québec, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et la Société québécoise de spéléologie) nous permettra d’orienter les mesures de sensibilisation et d’intendance d’habitat à venir, dans l’optique de contribuer à la protection des hibernacles à chauves-souris sur l’île d’Anticosti et dans le reste de la province du Québec.


Éric Savard est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national d’Anticosti. savard.eric@sepaq.com

François Fabianek est membre du Groupe Chiroptères du Québec.

Photos du carrousel: Éric Savard et François Fabianek.


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