Chasse à l'orignal

Mercure élevé, stratégies adaptées!

Par Michel Therrien

Quiconque traque l'orignal a déjà pris une pause en forêt en se disant : « C'est vraiment trop chaud pour la chasse aujourd'hui! » Avec les derniers automnes que nous avons connus, la question est devenue un incontournable! Que faire quand la température incite davantage à la baignade qu'à la traque du roi de la sapinière?

Réserve faunique de Matane Réserve faunique de Matane
Réserve faunique de Matane Yan Kaczynski | © Sépaq

L'orignal et les enjeux climatiques

Un phénomène qui s'explique

On le nomme l'élan d'Amérique, mais la répartition du plus grand des cervidés ne se concentre que dans le nord de l'Amérique, si bien qu'il aurait pu se nommer l'élan boréal. En regardant son aire de répartition, nous comprenons rapidement que cette grosse bête affectionne une certaine nordicité, ce pourquoi il est absent des États du sud des États-Unis.

En fait, le cuir de l'orignal est très épais et il subit un grand stress thermique quand la repousse de son pelage est à point en automne (mue estivale complétée) et qu'au même moment nous avons l'impression d'être au Mexique. Dès lors, la quête d'une vie équilibrée repose sur des petites victoires quotidiennes dans la thermorégulation de son métabolisme. En bref, l'orignal accuse des pertes énergétiques dès qu'il a trop chaud, ce qui survient rapidement en septembre et octobre quand le thermomètre affiche au-dessus de 16 degrés. Sa sudation corporelle devient alors intense, mais instinctivement et en réponse à ça, il est devenu maître dans l'art de se faufiler dans des habitats que je nomme des « aires climatisées »!

Trouvez la fraîcheur et vous trouverez votre buck!

Je compare souvent ma quête d'orignaux par temps chaud à celle envers de belles truites mouchetées durant la canicule. Suivant le « prime time » printanier, les salmonidés se positionnent en profondeur dans la zone dite de thermocline. Métaphoriquement, l'orignal fait la même chose en choisissant des biotopes terrestres très précis tels des coulées fraîches, des pourtours bien aérés adjacents à des plans d'eau ainsi que des plateaux et sommets montagneux. L'orignal est bien au fait de son environnement et il se déplacera dans un habitat composé d'une canopée d'arbres qui forment un bouclier ou un parapluie naturel face au soleil. Ce type d'habitats doit être connu et analysé de préférence avant la chasse afin de ne pas improviser quand la chaleur s'installera.

Les cartes de la Sépaq (Avenza Maps) sont un bon point de départ pour localiser les habitats climatisés, mais pour être encore plus proactif, j'utilise des applications satellites. Je suis également un fan des cartes HYBRIDE PLUS qui exposent les dates précises des coupes forestières, des reboisements, ainsi qu'une panoplie d'indicateurs significatifs sur l'hydrographie et la foresterie.

Aussi, je fais travailler les caméras en ma faveur à titre de microstation d'espionnage de la météo au sein des écosystèmes ciblés. En effet, une caméra de surveillance affiche l'heure de la journée, la provenance et la direction de l'orignal, mais aussi la météo exactement à ce moment précis. Avec quelques caméras en place autour et à des endroits différents, il y aura assez d'évènements impliquant diverses bêtes autour pour vous convaincre qu'il est possible de faire des relevés de météo liés à vos divers écosystèmes. J'installe un pourcentage assez élevé de caméras afin d'espionner des milieux frais.

Souvent, il m'est arrivé de voir des « patterns » de comportement de fidélisation de l'achalandage envers une coulée fraîche et un sommet montagneux au même moment qu'un autre microhabitat plus ouvert et exposé au soleil était sporadiquement délaissé. Le facteur principal associé à ces changements comportementaux était la plupart du temps lié à des stress thermiques subis et vécus à cause de puits de chaleur agressants. Comme il existe plusieurs autres animaux que des orignaux pour faire déclencher nos appareils de détection de mouvement en toute circonstance, on se retrouve en possession de trésors d'informations météorologiques qu'il suffit de comparer entre eux.

À titre d'exemple, dans l'ouest de la réserve faunique de Portneuf se trouvait un étonnant petit étang situé au sommet d'une montagne. Il y avait là une surprenante communauté d'orignaux et le mercure affiché sur nos photos à cet endroit était entre 5 et 9 degrés plus frais à heure égale que dans le pourtour d'une coupe forestière pourtant située à 2,9 km de là. Quand le mercure montait en haut de 19 degrés, ce n'était que des ours ainsi que deux cerfs qui osaient se pointer devant la caméra caniculaire située près de la coupe. Bref, les orignaux délaissent sporadiquement des secteurs quand des enjeux d'adaptation climatiques surviennent. Comme on reconnaissait les orignaux, j'ai tout compris de leurs mœurs semi-nomades en regard à la météo grâce à nos photos. Cet exercice d'enquêteur m'a fasciné.

Autrement, je note au printemps les écosystèmes laissant voir de la neige au sol alors qu'elle avait déjà fondu partout ailleurs. Comprendre comment votre territoire est exposé ou non au soleil deviendra une information de plus en plus essentielle afin de savoir comment les orignaux s'adaptent eux aussi.

Yan Kaczynski | © Sépaq
Yan Kaczynski | © Sépaq

Chassons intelligemment!

Dans les journées précédant un séjour de chasse, je procède méticuleusement à une analyse de la météo qu'il fera une journée à la fois. Je regarde tout, soit la provenance des vents, la pluie, la couverture nuageuse et le mercure projeté tant de jour que de nuit.

Par temps chaud, j'exploite avec dynamisme les extrémités de journées, ce qui sous-entend parfois de mettre le cadran très tôt. Souvent en équipe, nous effectuons des offensives de chasse fine en effectuant des petits calls subtils dans les habitats de puits de fraîcheur. Je ne suggère pas les méthodes trop intrusives et bruyantes à grands coups de panaches sur les troncs d'arbres. Je préfère plutôt m'introduire à bon vent et un pas à la fois dans la « maison » des orignaux.

Mes appels sont souvent de faible ou moyenne tonalité et à chacun de mes pas, je me répète : « Reste dans le frais, reste avec eux, fais-toi accueillir! » Ce type de traque me passionne, car elle exige un certain état d'hypervigilance de nos sens envers la bête. Avec les années, j'estime avoir réellement amélioré mon rythme et j'ai compris l'importance capitale des pauses d'écoute.

Savoir maîtriser le langage de l'orignal est un savoir-faire qui s'apprend relativement facilement avec les outils académiques qui existent dorénavant. Cependant, adopter un bon rythme tient davantage parfois du savoir-être et de la personnalité du chasseur que du savoir-faire. C'est un état d'esprit.

Aussi, le fait qu'il fait chaud en automne amène des enjeux éthiques au chasseur, ce pourquoi je fais des rencontres stratégiques le matin avant de prendre le bois. Lors de ces rencontres, il est question des endroits et des heures de chasse en fonction de la venaison et même de la qualité des tirs à effectuer. On planifie en avance quel comportement logique nous allons devoir mettre en place si une bête est prélevée à tel endroit dans certaines circonstances de météo de chaleur accablante. Ce type d'échanges permet d'éviter des enjeux de perte de viande et de choix de secteurs de chasse suivant la météo des jours et des nuits à venir.

Dans un secteur très isolé de la Côte-Nord, nous savions que le seul endroit pour conserver la viande de notre orignal serait dans un bateau bien amarré dans le courant d'une rivière et à l'ombre des grands conifères de rivage. Cette dimension de l'expédition avait été soigneusement planifiée en avance.

Réserve faunique de Matane
Réserve faunique de Matane Yan Kaczynski | © Sépaq
© Sépaq

Mon plan de match par temps chaud

  • Repérer d'avance les « aires climatisées » : coulées fraîches, abords de plans d'eau, plateaux et sommets : carte en main (Avenza, cartes HYBRIDE PLUS, applis satellites).
  • Laisser les caméras espionner la météo : lire les « patterns », comparer les microclimats d'un secteur à l'autre.
  • Chasser aux extrémités de la journée, en approche fine : petits calls subtils, à bon vent, pauses d'écoute.
  • Planifier avant de prendre le bois : les rencontres du matin : où, quand, quelle venaison, comment conserver la viande.

Ainsi donc une large part des enjeux entourant la réussite d'une chasse par temps chaud repose sur l'organisation, la planification et une connaissance subtile du lieu qui sera le théâtre d'une traque stratégique envers « Mister Moose »!

Michel Therrien

À propos de Michel Therrien

Michel est guide, chroniqueur et conférencier dans le domaine de la chasse. Vous pouvez le suivre sur Facebook, Instagram et dans Aventure Chasse et Pêche.

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