La gélinotte huppée, reine du sous‑bois québécois
Par Michel Therrien
S'il y a bien un petit gibier qui me ramène instantanément aux souvenirs de mes premières sorties en forêt, c'est la gélinotte huppée. Plus connue sous le nom de perdrix, elle demeure pour moi l'oiseau idéal pour faire découvrir la chasse à la relève. Malgré sa popularité, ce volatile offre un défi de taille : il est passé maître dans l'art de la fuite rapide et excelle littéralement en mode de camouflage ninja.
Une gélinotte tapie sous un amoncellement de souches et d'arbustes est quasi invisible. Lorsqu'on la traque et qu'on s'approche de trop près, elle a ce don de décoller soudainement avec la physionomie d'un mini-avion F-16, déclenchant un véritable tonnerre de battements d'ailes quasiment sous nos bottes! Ce départ explosif prend souvent le chasseur au dépourvu, si bien qu'il oublie parfois de lever son arme. C'est précisément cette dose d'adrénaline qui rend cet oiseau nord-américain si prisé. Mais pour garnir sa gibecière, encore faut-il bien le connaître.
Réserve faunique Mastigouche
Dans quel type d'habitat trouver la gélinotte?
Le succès de votre récolte dépend d'abord de votre capacité à cibler le bon territoire. Inutile de chercher la gélinotte dans des coupes forestières toutes récentes ou, à l'inverse, dans de vieilles forêts très matures. Son écosystème de prédilection se trouve dans les zones de transition, là où s'entremêlent des repousses arbustives de différents âges.
Il ne faut pas oublier que la perdrix occupe une place très vulnérable dans la hiérarchie animale. Au sol, les coyotes, renards, loups et toute la famille des mustélidés (martres, hermines, pékans) raffolent de sa chair. Dans les airs, les éperviers, faucons et buses la surveillent. Pour survivre, l'oiseau a absolument besoin d'une bonne couverture végétale au sol et d'une obstruction aérienne. Concentrez donc vos efforts dans les forêts mixtes au relief légèrement accidenté ou près des cours d'eau. C'est là, parmi les jeunes feuillus, qu'elle trouvera ses cachettes et sa nourriture de choix (champignons, petits fruits sauvages et bourgeons).
Les techniques de chasse
J'ai un faible pour la chasse à la perdrix en vélo de montagne. Explorer les sentiers forestiers sur deux roues permet de couvrir un immense territoire tout en profitant d'une excellente séance d'activité physique. J'ai d'ailleurs un long sentier de prédilection dans une réserve faunique près de Québec que j'explore à chaque saison et qui m'apporte du succès année après année.
Lorsque je suis accompagné, la méthode en duo s'avère redoutable. Je recommande de marcher en parallèle, séparés d'environ 45 à 75 verges selon le type de couvert forestier. Plus le bois est clair, plus on peut s'éloigner; à l'inverse, dans les zones denses (qui sont les meilleures cachettes pour l'oiseau), il faut resserrer les rangs et réduire le rythme. En avançant ainsi, les chasseurs finissent souvent par rabattre l'oiseau en direction de leur coéquipier.
La chasse en solitaire offre aussi de superbes opportunités, surtout en fin de journée. Au crépuscule, les perdrix aiment quitter le sol pour se jucher dans les branches des bouleaux, trembles ou merisiers afin d'y manger. On dit qu'elles bourgeonnent. C'est d'autant plus vrai tard en saison, lorsque la neige recouvre la nourriture au sol. Soyez dynamique et scrutez attentivement les arbres, vous garnirez assurément votre gibecière! La chasse à l'aide d'un chien entraîné et spécialisé réserve aussi beaucoup d'émotions fortes.
Le bon équipement
Côté équipement, mon arme de prédilection reste le calibre 20. En début de saison, j'opte pour une taille de plomb numéro 7 et demi. Puis, lorsque l'hiver approche et que l'oiseau revêt un plumage hivernal, je passe au numéro 6. Un fusil de calibre 12 fera tout aussi bien l'affaire. Toutefois, je me fais un devoir d'effectuer au moins une sortie annuelle avec mon petit calibre .410, celui-là même que j'ai reçu en cadeau pour mes 12 ans.
Pour les amateurs de randonnée ou de raquette, la chasse à la perdrix est l'excuse parfaite pour sortir en nature.
« À mes yeux, chasser la perdrix, c'est comme faire une saine activité physique de marche concentrée tout en ajoutant un volet épicerie bio en forêt à notre journée. »
J'ai eu le bonheur d'initier de nombreuses personnes et des jeunes à cette pratique, et je vous garantis qu'au retour au chalet, les bonnes histoires fusent de partout!
Un délice dans l'assiette!
La chair blanche de la gélinotte est délicate et s'apparente à celle du poulet, ce qui en fait un mets de choix qui plaît instantanément aux plus jeunes dès la première bouchée. Vous pouvez d'ailleurs substituer le poulet par de la perdrix dans la plupart de vos recettes favorites.
Au camp de chasse, un classique incontournable consiste à la cuire avec une bonne chaudronnée de fèves au lard. Puisque c'est une viande très maigre, le secret est d'envelopper les poitrines de lanières de bacon pour éviter qu'elles ne s'assèchent. De mon côté, j'aime bien l'apprêter en fajitas, en fondue, en croquettes ou simplement avec un beurre à l'ail sur le feu de camp. Mais je dois avouer que mon péché mignon ultime est un mijoté de gélinotte mariant bacon, sirop d'érable et foie gras : un délice absolu qui vient couronner en beauté une journée passée à scruter notre riche terroir forestier.

À propos de Michel Therrien
Michel est guide, chroniqueur et conférencier dans le domaine de la chasse. Vous pouvez le suivre sur Facebook, Instagram et dans Aventure Chasse et Pêche.