Une étude importante sur les loups du parc

Entre 2015 et 2018, plusieurs loups du parc ont été suivis par satellite au moyen de colliers émetteurs. Ce projet de recherche d'envergure a permis de cartographier le domaine vital de plusieurs meutes de loups et ainsi de mieux comprendre de quelle façon ces grands prédateurs utilisent le territoire du parc et sa périphérie.

L’un des 21 canidés (portant une muselière) capturés lors de l’étude sur les loups du parc national du Mont-Tremblant. Émilie Dorion | © Sépaq
L’un des 21 canidés (portant une muselière) capturés lors de l’étude sur les loups du parc national du Mont-Tremblant.

Méthodologie

Objectifs de l’étude

L’aire d’étude comprend le parc national du Mont-Tremblant ainsi qu’un rayon de 15 km en périphérie du territoire. © Sépaq

Cette étude d’envergure sur l’écologie et la génétique du loup est un partenariat entre le parc national du Mont-Tremblant, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Elle s’est déroulée de 2015 à 2018, et les deux premières années ont permis la capture de canidés et leur suivi télémétrique. La troisième année a servi à l’analyse des données recueillies. Les principaux objectifs de ce projet de recherche étaient les suivants :

  • Amasser des données sur l’écologie des loups;
  • Clarifier la génétique des canidés;
  • Cartographier leurs domaines vitaux pour mieux comprendre l’utilisation du territoire et sa périphérie;
  • Localiser les tanières et les principaux sites de rendez-vous, deux habitats où le dérangement humain est à proscrire.

Séances de capture

Une technicienne de la faune du parc, accompagnée d’un louveteau de 15 kg, quelques minutes avant sa remise en liberté. Nicolas Trudel | © Sépaq

Plusieurs facteurs ont été pris en compte pour l’établissement des sites de capture, soit la biologie des canidés, les conditions environnementales et la présence humaine. L’effort de piégeage s’est réparti initialement en trois séances, soit à l’automne 2015, au printemps 2016 et à la fin de l’été 2016. Une quatrième séance a été ajoutée au printemps 2017 afin de tenter de capturer des individus au cœur du territoire, qui est plus difficile d’accès.

Pour les besoins du projet, les animaux devaient évidemment être capturés et relâchés vivants. Un permis SEG et un Certificat de bons soins aux animaux ont été obtenus après évaluation du projet de la part du Comité de protection des animaux. De plus, la procédure normalisée de fonctionnement du MFFP concernant la manipulation des canidés a été appliquée. Ce document décrit les précautions minimales que tout détenteur de Certificat de bons soins aux animaux doit appliquer lors des manipulations d’animaux vivants sauvages du Québec. Dans ce cas, il oblige, entre autres, l’usage d’engins de capture et de produits attractifs qui ciblent spécifiquement les canidés afin de réduire de manière importante le risque de captures accidentelles.

Le volet terrain du projet était sous la responsabilité du MFFP, qui a fourni tout le matériel de piégeage, de capture et de manipulation. Plusieurs types de pièges à mâchoires ont été utilisés, tous conçus pour ne pas blesser l’animal et certifiés selon les Normes internationales de piégeage sans cruauté. À noter que le Québec est un chef de file en matière de recherche sur les pièges afin de les rendre humanitaires, puisque 90 % des tests de conformité des pièges, en vue de leur certification, sont faits au Québec.

Le parc national du Mont-Tremblant étant un vaste territoire, une phase préliminaire de prospection a été réalisée. La collaboration de tous les employés du parc a été sollicitée afin d’identifier des endroits présentant de forte concentration de signes de présence de canidés (pistes et fèces) relativement récents. Tous ces renseignements ont été colligés sur une carte et combinés avec les connaissances empiriques accumulées au fil des ans. La participation des employés à cet égard a été maintenue pendant toute la durée du projet. Le déploiement des engins de capture s’est effectué d’abord à l’intérieur des limites du parc national. À mesure que des captures ont été effectuées, et en fonction de signes d’activité plus frais qui se sont présentés, les équipes se sont déplacés progressivement en périphérie du territoire.

L’installation des pièges a été effectuée par les techniciens du MFFP, qui ont de l’expérience en piégeage des canidés. Le travail a été réparti entre deux équipes, chaque technicien étant généralement accompagné d’un assistant (étudiante à la recherche, biologiste du MFFP ou du parc, technicien du parc ou d’un bureau régional du MFFP). Le positionnement des pièges s’est fait soit à l’intersection des chemins et des sentiers, soit en bordure de ceux-ci. Ils ont tous été enfouis afin d’éliminer la probabilité de captures accidentelles d’oiseaux de proie. Le choix des leurres et des urines et leur combinaison a été laissé à la discrétion du technicien. Leur combinaison a été déterminée en fonction de la distance du site précédent, et ce, afin d’éviter la répétition. Aussi, des fèces de loup trouvées lors des déplacements ont été ramassées et utilisées pour les attirer.

Manipulations et prise de données

On remarque bien l’étiquette verte (oreille droite) et le collier émetteur que porte cette femelle adulte de 26 kg, qui repose sur le filet ayant servi à sa pesée. Émilie Dorion | © Sépaq

Tout comme c’est le cas pour les captures, les manipulations effectuées sur les animaux étaient encadrées par le Certificat de bons soins aux animaux émis pour le projet. Seulement les techniciens possédant les qualifications requises étaient autorisés à les réaliser. Un maximum de 20 minutes était nécessaire pour effectuer l’ensemble des manipulations, ces dernières étant consignées dans un formulaire destiné à cet effet. Voici, dans l’ordre, un résumé de celles-ci :

  • Immobilisation de l’animal à l’aide d’un bâton en « Y »;
  • Pose de la muselière;
  • Retrait de l’animal du piège à patte;
  • Contention physique à l’aide de ruban pour attacher les pattes ensemble (aucune drogue n’a été administrée pour éviter des dommages au système nerveux et ainsi prolonger le temps de contention ou nuire aux activités usuelles de l’animal par la suite);
  • Pesée de l’animal;
  • Marquage (étiquette à l’oreille droite et puce électronique sous-cutanée);
  • Pose du collier émetteur;
  • Prélèvement d’un échantillon de tissus à l’oreille (pour analyse génétique);
  • Prise de mesures : circonférence du cou et de la poitrine, hauteur au garrot et longueur totale;
  • Remise en liberté.

Colliers émetteurs

Un technicien du gouvernement manipule un des colliers émetteurs conçus précisément pour cette étude. Hugues Tennier | © Sépaq

Avec des dimensions (longueur et largeur de la bande d’ajustement au cou) plus petites que celles des colliers autorisés pour le même type de recherches sur les loups dans le Nord-du-Québec, les colliers télémétriques ont été précisément conçus pour cette étude par la compagnie Telonics. Ils ont été programmés de manière à enregistrer une position GPS toutes les trois heures pendant environ un an. Tous les deux jours, l’émetteur tentait une connexion afin d’effectuer une transmission de ses données. Après le transfert satellitaire, les données étaient téléchargées afin d’être converties dans un format permettant leur traitement et leur affichage. Par la suite, elles ont été visualisées au moyen d’une application de cartographie comme Google Earth et ArcGIS.

Les colliers étaient aussi munis d’un système de relâchement automatisé (« drop-off ») qui se déploie automatiquement à une date précise, soit environ un an après la pose. Ceci permettait de libérer les loups de leur collier sans avoir à les capturer à nouveau. Les dernières positions transmises par les colliers ont été téléchargées et analysées. Ceux que l’on a considérés comme étant situés à un emplacement relativement facile d’accès ont fait l’objet d’une recherche sur le terrain. Dans la plupart des cas, l’usage du GPS seul a été suffisant pour les retrouver, les données de positionnement étant suffisamment précises. Les colliers étant également muni d’un émetteur VHF, une antenne de radio télémétrie a parfois servi à circonscrire la zone de recherche. Évidemment, certains colliers n’ont pas pu être retrouvés probablement parce que, lorsqu’ils sont tombés au sol, l’antenne s’est retrouvée dans une mauvaise position (vers le bas) ou bien enfouie sous différents débris (boue, fond d’un étang de castor, sous des roches).

Résultats

Détails des captures

Tableau des captures de canidés identifiant, en rouge, les individus ayant porté un collier émetteur. © Sépaq

Au total, 21 canidés ont été capturés. Parmi ceux-ci, dix loups et un coyote ont été équipés d’un collier télémétrique. La majorité des individus sans collier étaient des juvéniles, donc trop jeunes pour porter ce dispositif, puisque ce dernier doit peser moins de 4 % du poids de l’animal. Certains canidés adultes ont été capturés, mais n’ont pu être équipés d’un collier pour diverses raisons. Adrianne (CMT-07) a été capturée de nouveau quelques jours après la tombée de son premier collier, ce qui a permis de recueillir deux ans de données pour cette louve.

Hybridation

Les analyses en laboratoire effectuées sur plus d’une trentaine d’échantillons de matériel génétique, dont plusieurs récoltés avant cette étude, ont démontré que les grands canidés présents sur le territoire du parc ne sont pas des loups propre à une seule espèce ou sous-espèce mais bien une hybridation à divers degrés de loup de l’Est, de loup boréal, de loup gris et de coyote de l’Est. À noter qu’il peut y avoir divergence entre les résultats d’un même échantillon selon le laboratoire qui en fait l’analyse, étant donné les disparités entre leur banque de données servant à comparer les marqueurs génétiques des différents canidés entre eux. Cette forte hybridation dans la génétique des grands canidés du parc démontre bien l’importance que la conservation du loup y dépasse les limites du territoire.

Domaines vitaux

Carte présentant le domaine vital de cinq loups suivis par satellite au moyen de colliers émetteurs, allant de la plus petite superficie en vert (227 km²) observée lors de l’étude à la plus grande en bleu (3233 km²). © Sépaq

Cette étude a permis de confirmer la présence d’au moins six meutes de loups sur le territoire du parc national du Mont-Tremblant. Cependant, étant donné l’accessibilité restreinte de certains secteurs du parc, il a été impossible de capturer et de suivre les déplacements des loups appartenant à la totalité des meutes qui se trouvent sur le territoire. Aussi, la dynamique et les limites des territoires de chaque meute sont relativement variables dans le temps, principalement en raison de la mortalité anthropique hors parc. Au total, il y aurait probablement jusqu’à huit ou neuf meutes de loups dont une partie, petite ou grande, du domaine vital serait à l’intérieur des limites du parc.

Le territoire utilisé par une meute de loups n’est pas nécessairement le même selon la période de l’année, car celui-ci varie selon leurs besoins. Leur territoire est plus petit lors de la période de tanière, plus grand lors de la période de sites de rendez-vous et encore plus vaste lors de la période nomade. Le domaine vital est en quelque sorte la superposition de tous ces territoires, donc la plus grande superficie utilisée par les loups pendant une période d’un an. Couvrant une superficie de 1510 km², le parc national du Mont-Tremblant est le plus grand territoire voué à la conservation du sud du Québec. Les activités humaines sont alors réduites au minimum et plusieurs activités y sont interdites, par exemple, l’exploitation forestière, la chasse et le piégeage. La carte ci-contre démontre très bien que toutes les meutes de loups qui fréquentent le territoire protégé quittent celui-ci à une période ou à une autre pour subvenir à leurs besoins. C’est à ce moment qu’ils deviennent vulnérables à la mortalité d’origine humaine.

Exemples de dispersion

Résumé des déplacements de Lucé (CMT-11) et de sa dispersion de près de 200 km vers l’est. © Sépaq

Une dispersion est un déplacement définitif en dehors du territoire de la meute. Ce type de mouvement peut être solitaire ou en compagnie d’autres individus, et être précédé de plusieurs tentatives. Ce comportement est essentiel pour éviter la consanguinité et répandre le bagage génétique, assurant la pérennité de l’espèce à long terme.

Généralement, les loups se dispersent à quelques dizaines de kilomètres de leur territoire natal. La distance record de dispersion appartient à un loup de Slovénie capturé par des biologistes et équipé d’un collier émetteur. Il a parcouru environ 2000 km en quelques semaines, traversant une variété de milieux tels un fleuve de 280 mètres de largeur et des autoroutes avant d’arriver en Italie où il a rencontré une femelle en provenance des Alpes occidentales. Les plus longues distances de dispersion de loups en Amérique du Nord sont semblables à celles qui sont enregistrées en Europe.

Deux loups suivis lors de l’étude au parc national du Mont-Tremblant ont effectué ce type de déplacements. Libeau (CMT-10) s’est dispersé sur une distance de plus de 200 km vers le nord, près de La Tuque, tandis que Lucé (CMT-11) a quitté l’aire d’étude vers la fin avril pour se rendre dans la partie ouest du parc national de la Mauricie. Elle aurait traversé la route 131 dans un milieu forestier aux alentours du lac de la Cabane. La louve est demeurée au parc national de la Mauricie jusqu’à la tombée de son collier télémétrique. Elle a même été observée par des employés du parc le 7 juin 2016, alors qu’elle portait toujours son collier émetteur.

La suite : plan de conservation 2022-2027

Une louve, captée par une caméra du parc, marque son territoire.

Pour bien protéger une espèce, il faut bien la connaitre. L’étude de 2015-2018 sur les loups du parc national du Mont-Tremblant a permis d’en apprendre beaucoup sur l’animal emblème du parc. Ces connaissances ont donné naissance au premier plan de protection des loups. Cependant, les efforts de conservation entrepris par le parc national du Mont-Tremblant ne sont pas suffisants pour protéger les loups qui fréquentent le parc, puisque tous les domaines vitaux de ces grands canidés excèdent les limites du territoire protégé. C’est pourquoi un plan de communication a vu le jour en 2020 afin de sensibiliser les citoyens en périphérie du parc sur le rôle écologique du loup et l’importance de ces grands prédateurs pour la santé des écosystèmes.

Le plan de conservation 2022-2027 permettra de continuer à accumuler des informations importantes sur les loups du parc national du Mont-Tremblant. Pour ce faire, plusieurs caméras seront déployées à différents endroits stratégiques, principalement près des tanières et des sites de rendez-vous, dans le but, entre autres, d’évaluer le taux de mortalité des louveteaux. Les premières caméras de ce projet de recherche ont été installées par les techniciens de la faune à l’automne 2021.

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