L'échographie du garde-manger des baleines - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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Blogue de conservation

L'échographie du garde-manger des baleines

14 mai 2013


Les baleines sont friandes de zooplancton et de poissons pélagiques. Pour faire le plein d’énergie, elles consomment quotidiennement de très grandes quantités de capelan, d’éperlan ou bien de krill, un petit crustacé qui ressemble à une crevette. D’ailleurs, en raison des quantités énormes de nourriture qu’elles consomment, la présence de baleines témoigne de la richesse biologique et de la disponibilité de nourriture d’un milieu.

Un regard nouveau sur le fonctionnement des écosystèmes du parc marin

Motivées par la recherche d’aires d’alimentation très productives, certaines espèces de cétacés effectuent de longues migrations. C’est ainsi que chaque été, une dizaine d’espèces de baleines converge vers les eaux du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, qui constituent une aire d’alimentation estivale convoitée aussi par plusieurs autres prédateurs comme les oiseaux et les phoques. La présence de grandes quantités de nourriture dans les eaux du parc marin est favorisée par les courants et la forme du fond marin de l’estuaire maritime.

Au cours des 20 dernières années, certains travaux de recherche ont porté sur les mammifères marins, leurs proies et les conditions océanographiques. Malgré l’importance de ces études, plusieurs points essentiels à la compréhension de l’écosystème restent en suspens : la provenance des proies (zooplancton et petits poissons); les facteurs qui en contrôlent l’abondance; la diversité et les assemblages des espèces; l’exploitation des ressources alimentaires disponibles dans le milieu par diverses espèces; l’évolution de la disponibilité des proies et des prédateurs au cours des prochaines années; etc. Le projet de suivi sur les proies pélagiques permettra de répondre à une partie de ces questions.

L’échographie des mers

À bord du bateau de Parcs Canada, les biologistes sillonnent le parc marin pour étudier ce qui est au menu des baleines, des phoques et des oiseaux. Pour détecter la présence de proies, les chercheurs utilisent un échosondeur. L’échogramme obtenu permet de visualiser les structures présentes dans la colonne d’eau, comme la biomasse. Les échosondeurs scientifiques permettent de mesurer l’abondance, la densité et la taille des organismes sous l’eau. Par ailleurs, l’utilisation de trois fréquences différentes permet de distinguer le zooplancton du poisson. En fait, grâce à des méthodes développées à Pêches et Océans Canada, la précision de la méthode permet même de distinguer Thysanoessa raschii de Meganyctiphanes norvegica, deux espèces de krill. L’échantillonnage hebdomadaire le long d’un même transect permet de caractériser le type et la quantité de biomasse disponible aux grands rorquals et aux autres prédateurs recensés lors des travaux en mer.

Les prédateurs au rendez-vous

Pour bien comprendre la relation entre les prédateurs et les proies, un dénombrement des oiseaux, des phoques et des baleines dans un rayon d’un km est fait simultanément au sondage hydroacoustique par deux observateurs. Toutes ces données sont géoréférencées pour être ensuite cartographiées dans un système d’information géographique, ce qui permet de confirmer la présence et le type de prédateurs. Parallèlement, le GREMM réalise un recensement visuel et photographique systématique des grands rorquals dans le but de mieux connaître le nombre de rorquals qui migrent dans le parc marin, leur temps de résidence et de cartographier les aires utilisées par les différentes espèces. 

L’union fait la force...

Les résultats montrent que le type de proie influence la façon dont les baleines et les phoques se nourrissent. En 2010 et en 2011, il y a eu abondance de petits poissons qui vivent en bancs, tels le capelan et le lançon. Pour attraper ces proies rapides, il semble que la chasse en groupe soit la meilleure stratégie. Les phoques gris se sont rassemblés par centaines. Les rorquals communs, quant à eux, chassaient en groupes d’une à deux dizaines d’animaux. Leurs déplacements synchronisés créaient un impressionnant ballet de géants.

... Ou chacun pour soi

À l’été 2012, la nature a offert un tout autre spectacle. Les poissons étaient plus dispersés et moins abondants, alors qu’il y avait une quantité exceptionnelle de krill. Ces bancs de krill ont attiré une dizaine de rorquals bleus. Le plus étonnant : les rorquals bleus se sont nourris sans arrêt, jour et nuit, pendant plusieurs semaines! Comme le krill se déplace lentement, il n’est pas nécessaire de le chasser en groupe. Les rorquals communs ont adapté leur stratégie, chassant le plus souvent seuls, comme le font les rorquals bleus.

Petits rorquals et rorquals à bosse ont été présents de façon constante. Les premiers, petits et rapides, sont d’habiles chasseurs qui se satisfont de bancs de poissons peu concentrés. Les seconds peuvent se nourrir tant de poissons que de krill.

La recherche au cœur de la mission du parc marin

La recherche scientifique est inscrite au sein même du mandat légal du parc marin ce qui témoigne de son importance comme outil de conservation. Les cogestionnaires, Parcs Québec et Parcs Canada, s’appuient sur ces connaissances pour prendre les décisions de gestion appropriées.


Nathaël Bergeron de Parcs Québec est co-directrice au Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent bergeron.nathael@sepaq.com

Nadia Ménard de Parcs Canada est écologiste au Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent nadia.menard@pc.gc.ca

Photos : Jean-Guy Béliveau; Pêches et Océans Canada (J.-F. St-Pierre); Parcs Canada (J.-L. Provencher; D. Rosset).


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