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Quand les versants de Wiyâshâkimî s’expriment

15 November 2016


Dû aux dénivellations marquées du territoire, la région du lac Wiyâshâkimî, au sein du parc national Tursujuq, est le théâtre d’une multitude de mouvements gravitaires à la fois actuels et passés, qu’il s’agisse de chutes de blocs isolés, d’éboulis, d’avalanches de neige ou de glissements de terrain.

Où est-ce?

Le lac Wiyâshâkimî est situé à l’extrémité orientale du parc national Tursujuq à près de 150 km de la côte de la baie d’Hudson. Le lac Wiyâshâkimî est composé de 2 bassins circulaires, ouest et est, qui ont été créés voilà environ 290 millions d’années, à la suite d’un probable double impact météoritique. Le bassin ouest contient des îles disposées en anneau dont les plus grandes sont les îles Atkinson au sud-est, Aux Foreurs à l’est et Lepage au nord. Nos recherches ont porté sur les îles Aux Foreurs et Lepage, qui sont les plus proches de la station de recherche du Centre d’études nordiques (ULaval)-ARK dans le parc national Tursujuq.

Figure 1. La station de recherche du Centre d’études nordiques sur la rive nord du Lac à l’Eau Claire. On aperçoit les îles de l’anneau central à l’arrière-plan, Armelle Decaulne.

Comment reconnaît-on les mouvements gravitaires?

L’approche géomorphologique est la mieux adaptée à la reconnaissance des géodynamiques de pente, car tous ces processus construisent des formes particulières, aussi appelées modelés. Ces derniers sont quelquefois d’ampleur réduite et ponctuels (par exemple les blocs rocheux déposés par les avalanches de neige), quelquefois massifs et développés sur un linéaire de plusieurs centaines de mètres (comme les levées et chenaux des coulées de débris). Le travail géomorphologique consiste à mesurer la taille des modelés et l’orientation des éléments qui les composent.

Figure 2. Observation et mesure des blocs sur un versant dominé par l’activité d’éboulisation, sur un versant nord de l’île Aux Foreurs, Armelle Decaulne.

Peut-on vraiment déterminer si un modelé est récent ou ancien?

Tous les processus gravitaires produisent des formes d’accumulation et d’érosion de matériaux. Le dicton : « pierre qui roule n’amasse pas mousse » est particulièrement bien approprié à la géomorphologie dynamique, car il souligne le rôle de la couverture végétale sur le modelé pour savoir si celui-ci est dynamique, donc récent ou actif, ou au contraire stable, donc recouvert entièrement ou partiellement de végétation. Pour des événements encore plus anciens, on peut aussi recourir à la chrono-stratigraphie en creusant une fosse d’observation verticale des dépôts mettant en lumière des générations de processus gravitaires.

Changements climatiques et mouvements gravitaires

Les régions nordiques comme le Nunavik subissent des changements climatiques plus rapides qui se traduisent par une augmentation de la quantité et de l’intensité des précipitations, une plus grande variabilité des températures et une augmentation de la fréquence des tempêtes. Ces modifications climatiques sont susceptibles de créer les conditions propices au déclenchement de mouvements gravitaires sur les versants, qu’il s’agisse de chutes de blocs, d’éboulis, d’avalanches de neige ou de coulées de débris.

Quel est l’intérêt de l’étude des dépôts de versants?

L’étude géomorphologique des pentes peut avertir d’un danger potentiel en reconnaissant le degré d’activité passé et actuel de ces pentes. L’étude des dépôts de versants permet d’obtenir des connaissances scientifiques sur la nature des processus responsables de leur formation (p. ex. éboulements, glissements, avalanches), leur ampleur, leur récurrence et leur fréquence, tout comme l’étude de la zone-source des sédiments qui est également très utile, par exemple en observant la fracturation de la roche au niveau de la corniche sommitale. Les mouvements de versant constituent un aléa naturel parfois alarmant tant pour les infrastructures que pour les populations (locaux et touristes). Leur étude vise ainsi à connaître le risque et les travaux en cours documentent les secteurs dynamiques afin d’en informer les autorités du parc qui pourront adapter leurs activités en fonction de ces risques.

Nos travaux futurs dans le parc national Tursujuq porteront sur les dépôts de versant de l’île Lepage (lac Wiyâshâkimî) qui se déversent directement dans les eaux du lac. L’objectif sera de documenter l’érosion du bas des versants par les glaces printanières (le glaciel) créant un vide et accélérant la décente du matériel. Une caméra sera installée pour enregistrer ces processus glaciels. Nous envisageons aussi de travailler sur la limite nord-ouest du parc, près d’Umiujaq. Selon nos observations de cet été, la corniche formée d’une épaisse couche basaltique libère de gros blocs qui dévalent les pentes et descendent vers la route reliant Umiujaq au lac Tasiujaq; des dépôts de versant anciens se retrouvent au-delà de la route.


Véronique Nadeau est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national Tursujuq. vnadeau@krg.ca

Armelle Decaulne est chercheuse au Centre national de recherche scientifique (Nantes, France).

Najat Bhiry est professeure et directrice du Centre d’études nordiques, Université Laval.

Photos du carrousel: Armelle Decaulne


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