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La gestion intégrée du roseau commun aux Îles-de-Boucherville

17 décembre 2013


Au cours des dernières décennies, le roseau commun (Phragmites australis) a connu une progression spectaculaire en sol québécois et tout particulièrement dans le secteur des îles de Boucherville, où la superficie occupée par la plante est passée de 1 à 33 hectares (ha) en une vingtaine d'années. Se produisant au détriment de la biodiversité indigène, cette invasion amène les gestionnaires du parc national des Îles-de-Boucherville et les chercheurs universitaires à redoubler d’efforts afin de freiner cet envahisseur. Un défi à la hauteur!

FREINER L'EXPANSION DU ROSEAU AFIN DE MAINTENIR LA BIODIVERSITÉ

Le roseau commun est une plante indigène au Québec, mais c'est une sous-espèce exotique originaire d'Europe, Phragmites australis ssp. australis, à laquelle on doit les invasions foudroyantes observées de plus en plus fréquemment le long du Saint-Laurent. Au parc, on retrouve ce roseau exotique en grande partie le long des sentiers sur l’île Sainte-Marguerite et dans le chenal du Courant, où se situe le plus vaste peuplement de cette plante au Québec. Le roseau est également présent sur les îles de la Commune et Grosbois, où on l'observe majoritairement en petites populations isolées ainsi que le long des fossés agricoles. Le roseau, reconnu pour son opportunisme sur les anciennes terres agricoles et autres sols perturbés, représente une menace pour la biodiversité sur ces terres vouées à la naturalisation.

C’est donc dans l’optique de trouver des solutions pour freiner l'expansion du roseau commun que nous avons entamé un projet au printemps 2013, en collaboration avec l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV), l’Université de Montréal et l’Université Laval. L'objectif de cette collaboration : développer un programme de gestion intégrée du roseau et tester l’efficacité de différentes approches afin de limiter son invasion sur les anciennes parcelles agricoles.

ENSEMENCEMENT ET PLANTATION

Lors des premières phases de retrait des terres agricoles, soit en 2009 et 2012, un mélange de semences a été semé afin de contrer la propagation du roseau commun dans les champs. Parallèlement, des efforts de reboisement ont été effectués et 1900 arbres indigènes ont été plantés à l'intérieur de quatre exclos, périmètres clôturés mis en place autour des plantations afin d'assurer la protection des arbres contre le broutage effectué par le cerf de Virginie, présent en abondance dans le parc. Ces actions ne peuvent toutefois pas freiner la propagation du roseau à elles seules.

LA LUTTE INTÉGRÉE

Les ensemencements et les plantations sont des éléments importants afin de limiter l'expansion du roseau. Mais quels sont les meilleurs mélanges de semences à utiliser? De quelles façons les plantations doivent-elles être conçues afin de stopper cette plante? Quelles sont les autres approches pouvant être efficaces afin de prévenir, confiner ou éradiquer le roseau? Ces questions font partie des interrogations pour lesquelles le projet de recherche en cours tentera de trouver des réponses.

En Amérique du Nord, l'application massive d'herbicides est la méthode la plus utilisée actuellement pour la maîtrise du roseau. Cette approche présente toutefois des limites et ne se prête pas à toutes les situations. Conséquemment, le recours à la gestion intégrée, préconisant la combinaison judicieuse de plusieurs approches et limitant au nécessaire l'utilisation de pesticides, est pertinent dans plusieurs contextes d'intervention. Les milieux naturels protégés tels les parcs nationaux représentent de bons exemples de pareils contextes.

LES TRAVAUX DE RECHERCHE

Afin de trouver réponse à nos questions, plusieurs expérimentations ont été mises en branle en 2013 sur une ancienne parcelle agricole de 42 ha. Sur cette dernière, des dispositifs expérimentaux ont été mis en place autant dans des secteurs hautement envahis, tels les fossés, que dans des secteurs non envahis mais sujets à l'envahissement, tels les champs. Les traitements combinent des approches mécaniques (fauchage répété, bâchage, excavation), culturales (plantations, ensemencements) et chimiques (application manuelle ciblée d'herbicides), adaptées selon les différents contextes rencontrés.

Plusieurs tests portant sur des combinaisons de traitements expérimentaux sont en cours, dont une technique d'éradication novatrice consistant à excaver et enfouir le roseau sur place, en combinaison avec la plantation de saules indigènes à croissance rapide et l'utilisation ciblée d'herbicides homologués pour la gestion du roseau. D'autres techniques d'éradication sont également testées, en plus de techniques visant à confiner ou prévenir les invasions.

DES RÉSULTATS BIEN ATTENDUS

Ce projet se poursuivra dès le printemps prochain et l’équipe de recherche sera en mesure d’analyser l’efficacité des différentes approches au cours de l’automne 2014. Il va sans dire que les résultats de cette recherche seront utiles pour la gestion du roseau au parc, mais également pour tout gestionnaire de territoire aux prises avec des problématiques en lien avec le roseau commun.


Lectures supplémentaires :

Hudon, C., Gagnon, P., et Jean, M. (2005). Hydrological factors controlling the spread of common reed (Phragmites australis) in the St. Lawrence River (Québec, Canada). Ecoscience, 12(3), 347-357. doi: 10.2980/i1195-6860-12-3-347.1

Lavoie, C. (2007). Le roseau commun au Québec: enquête sur une invasion. Naturaliste canadien, 131 (2), 5-9.

Le groupe PHRAGMITES (2012). Le roseau envahisseur : la dynamique, l’impact et le contrôle d’une invasion d’envergure. Le Naturaliste canadien, 136. Repéré à http://id.erudit.org/iderudit/1009238ar


Nathalie Rivard est responsable de la conservation aux parcs nationaux des Iles-de-Boucherville et du Mont-Saint-Bruno. rivard.natahlie@sepaq.com

Sam Karathanos est étudiant à la Maîtrise à l’Université de Montréal.

Photos: Sam Karathanos


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