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Le phoque commun : un résidant énigmatique du fleuve Saint-Laurent

1 octobre 2013


Au Québec, le phoque commun fait l’objet d’une attention grandissante de la part de l’industrie récréotouristique. Afin de bien protéger cette espèce, les employés du parc marin se doivent d’approfondir leurs connaissances sur la population du Saint-Laurent, laquelle réserve encore beaucoup de mystères à la communauté scientifique.

Une espèce clé de l’écosystème

Durant la période estivale, les eaux du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent peuvent accueillir jusqu’à quinze espèces de mammifères marins. Parmi les pinnipèdes, le phoque gris, le phoque du Groenland et le phoque commun sont les plus abondants. Mis à part le béluga, le phoque commun est le seul mammifère marin à résider de façon permanente dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Situé au sommet de la chaîne alimentaire, il se nourrit des proies les plus abondantes selon la région qu’il occupe. Dans l’estuaire du Saint-Laurent, ce sont des espèces comme le capelan, le lançon et certains invertébrés qui semblent combler ses besoins alimentaires. Sa grande longévité (20 à 30 ans) fait en sorte qu’il peut subir plusieurs perturbations d’origine humaine tout au cours de sa vie. Au parc marin, cette espèce est considérée comme un excellent indicateur de santé écologique du milieu. Le phoque commun est très sensible aux changements dans son environnement. Ainsi, une diminution de son abondance peut signaler une perte dans la qualité de son habitat, si minime soit-elle. Inévitablement, cela pourrait affecter d’autres espèces.

Sensible aux activités humaines

C’est la chasse qui a d’abord fait chuter la taille de la population de phoques communs dans l’estuaire du Saint-Laurent lorsqu’un programme à primes a encouragé la récolte de l’animal entre 1927 et 1976. Bien que cette pratique soit à présent interdite, la contamination chimique du milieu marin qui s’accumule dans la chaine alimentaire, le braconnage et le dérangement humain sur les sites de reproduction représentent une menace pour l’espèce.

L’état de la population encore méconnu

Les phoques communs de la sous-espèce de l’Atlantique Nord et de l’est de l’Arctique sont distribués sur les côtes en petites colonies locales discontinues. Selon la dernière évaluation de 2007, ils sont, pour le moment, classés « non en péril » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). On estime le nombre de phoques communs dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent à 2 600 individus. Cependant, aucune information n'est disponible quant au nombre de phoques communs qui fréquentent le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, ni en ce concerne la tendance actuelle de cette communauté locale. Ce manque de connaissances est une menace pour ces animaux difficiles à étudier dans leur milieu naturel.

Un rassemblement estival

Le fjord du Saguenay est un lieu de prédilection pour le phoque commun. Des sites appelés échoueries sont constitués de secteurs rocheux le long des berges du fjord. Les phoques y sont à l’abri des prédateurs. Ces échoueries sont utilisées comme aire de reproduction, de mue et de repos. Les animaux y minimisent leurs dépenses énergétiques entre les périodes aquatiques de recherche alimentaire. Les échoueries sont également d’une importance cruciale pour ces phoques dont la vie aquatique ne peut se poursuivre sans un retour périodique en milieu terrestre.

Une nouvelle méthodologie pour améliorer nos connaissances

En 2010, le Réseau d’observation des mammifères marins (ROMM) et l’Université Laval, en partenariat avec le parc national de Forillon, ont conjointement décidé de développer un protocole de suivi comportemental et d’abondance du phoque commun. Le parc marin s’est donc basé sur la recommandation de ces experts pour construire sa méthodologie.

Ces scientifiques ont démontré qu’il ne suffit pas de dénombrer les individus sur un site donné pour obtenir une image représentative de l’état de la population. Comme les femelles reproductrices vivent parfois jusqu’à une trentaine d’années et donnent naissance à un seul petit (chiot) par année, il est possible que le nombre total d’individus soit stable pendant plusieurs années, mais que la survie des chiots soit compromise. En ce qui concerne les mâles, ils ont souvent tendance à se déplacer d’un site à l’autre, comparativement aux femelles qui sont généralement fidèles à leur lieu de reproduction. C’est pourquoi compter un nombre d’individus total, sans distinction des cycles de vie, risquerait de refléter une image faussée de l’état de la population.

Chaque échouerie est donc photographiée et découpée en sections continues lors des inventaires. On obtient alors une image panoramique complète de celle-ci, ce qui facilite la distinction entre les chiots, les juvéniles et les adultes. Au besoin, des observations comportementales sont notées afin de déceler d’éventuels problèmes de dérangement causés par l’humain sur les échoueries. Effectivement, l’approche répétée des visiteurs (kayakistes, croisiéristes, etc.) à proximité des échoueries représente une source de stress non négligeable pour l’espèce.

Ultimement, ces résultats seront intégrés dans le cadre du Programme de suivi de la santé écologique du parc marin à Parcs Québec et viendront bonifier les relevés qu’effectue Parcs Canada depuis plusieurs années. Dans ce cas, la totalité du fjord est parcourue en une seule journée et tous les individus présents sur les rives au moment du passage du bateau sont dénombrés. Ce suivi permet notamment de trouver les nouvelles échoueries. Ces deux gestionnaires (Parcs Québec et Parcs Canada) unissent donc leurs forces pour mieux comprendre la situation du phoque commun. Voilà donc un pas de plus vers l’accomplissement de la mission du parc marin, qui consiste à rehausser, au profit des générations actuelles et futures, le niveau de protection des écosystèmes du fjord du Saguenay et de l’estuaire du Saint-Laurent.


Audrey Jobin-Piché est garde-parc technicienne du milieu naturel au parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. jobinpiche.audrey@sepaq.com

Photos : Audrey Jobin-Piché; Parcs Canada/M. Conversano


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