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Migration climatique : le parc national du Mont-Mégantic comme laboratoire

21 avril 2015


Afin de mieux prévoir les effets des changements climatiques sur la migration des espèces, Carissa Brown, alors étudiante au doctorat en écologie végétale à l’Université de Sherbrooke, a mené un projet de recherche sur les pentes du mont St-Joseph entre 2011 et 2013. En transplantant les semences de l’érable à sucre ainsi que des échantillons de sol provenant de différentes altitudes, l’équipe a pu mimer le changement du climat et déterminer l’importance des facteurs climatiques et non climatiques sur la migration de l’érable.

Il est maintenant reconnu que les changements climatiques engendrent de nombreux effets globaux et préoccupants, dont la modification des aires de répartition de nombreuses espèces. De manière générale, on s’attend à ce que les espèces se déplacent vers des latitudes plus nordiques ou qu’elles montent en altitude avec l’augmentation des températures. Pour les espèces végétales, cette migration est d’autant plus difficile de par leur nature non mobile que par des facteurs non climatiques comme la nature des sols. Prédire de manière fiable le « remaniement géographique » de ces espèces est donc particulièrement ardu.

Altitude et latitude

Avec son plus haut sommet à 1105 mètres et l’étagement de sa végétation sur toute sa
hauteur, le massif du Mont-Mégantic est un laboratoire idéal pour étudier les effets du climat sur la flore. Au bas des pentes, on côtoie les érables à sucre et les bouleaux jaunes. Avec l’altitude, les érables se font rares, les bouleaux blancs de plus en plus nombreux et le couvert forestier du sommet est dominé par le sapin baumier. Changer de climat est donc aussi facile que de monter plus haut. C’est cette particularité qui a amené Carissa Brown, Mark Vellend et leur équipe à utiliser le mont St-Joseph pour étudier la migration climatique de l’érable à sucre.

Figure 1 Étagement de la végétation

Opération déménagement

Le plan : analyser la régénération des semences en les déplaçant sur la montagne tout en
déménageant des échantillons de sol forestiers pour connaître l’influence du sol sur la
repousse. Les résultats de la première année d’étude révèlent que la nature du sol a bel et bien une influence importante sur la capacité de migration et qu’elle doit être prise en compte dans les modèles puisque la régénération était beaucoup plus faible quand le sol provenait de l’extérieur de la zone habituelle de l’érable.

Un obstacle insoupçonné

Plus intéressant encore, il n’y avait pratiquement aucune repousse en altitude. Les observations de l’équipe ont toutefois indiqué que cette faible régénération semblait être liée à la prédation des semences par de petits rongeurs. Pour vérifier cette hypothèse, l’équipe a répété l’expérience l’année suivante en y ajoutant des cages pour empêcher l’accès aux graines. Au printemps, l’effet des granivores était évident : non seulement la prédation se révélait comme un facteur important sur la régénération des graines, mais son effet était encore plus important en altitude. De plus, la survie des graines a permis à l’équipe de découvrir que les repousses en altitudes étaient plus souvent porteuses d’infections fongiques. Un autre obstacle à la migration!

Figure 2 Cage protectrice pour les semences

Une meilleure connaissance des contraintes

Ainsi, l’ingénieuse expérience de la professeure Brown a non seulement confirmé l’effet du sol dans la capacité à limiter la migration climatique de ces espèces, mais elle a aussi mis en lumière les interactions biotiques comme facteurs devant être mieux compris pour réussir à prédire la relocalisation des espèces dans le futur.

Références

Brown, C.D., Vellend, M. 2014 Non-climatic constraints on upper elevational plant species’range expansion under climate change. Proc. R. Soc. B 281: 20141779.


Rémi Boucher est garde-parc technicien au parc national du Mont-Mégantic.

Photos: Carissa Brown; Mark Vellend et Rémi Boucher.


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