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Fenêtre sur la préhistoire régionale au parc national de la Yamaska

1 février 2012


Une excursion pédestre toute simple, réalisée au mois d’août dernier sur les abords du réservoir Choinière, s’est soldée par une découverte exceptionnelle. Dans les faits, cette découverte vient confirmer une présence amérindienne ancienne sur les rives de la rivière Yamaska Nord, dans le piémont des Appalaches.

Une trouvaille inédite

L’objet trouvé est une pointe de projectile fragmentaire en pierre de schiste gris noir poli. Sa morphologie générale, lancéolée avec un pédoncule portant des encoches latérales, est typique de la période archéologique de l’Archaïque laurentien, phase Vergennes, datant d’environ 6 000 ans à 5 000 ans AA (avant aujourd’hui).

Une arme pour le gros gibier

Il s’agit d’une arme de chasse associée à un javelot (lancé à la main) ou à une sagaie (lancée au propulseur). Elle devait être utilisée pour chasser les mammifères, tels que le cerf de Virginie, l’orignal ou l’ours noir.

L’artefact semble complet au premier coup d’œil. Toutefois, il montre, de biais sur la lame, une cassure droite, de sorte que l’apex est manquant. Cette cassure résulte d’une faiblesse naturelle de la pièce et a sans doute eu lieu après son utilisation, et non pendant sa fabrication.

La pièce a été trouvée de façon fortuite en surface d’une berge exondée. L’action du va-et-vient des vagues sur la berge l’aurait progressivement mise à jour. Malgré la brisure, son état de conservation est remarquable.

L’Archaïque, une période déterminante de la préhistoire humaine

L’Archaïque est une période culturelle de la préhistoire humaine du nord-est de l’Amérique du Nord. Elle couvre une immense fourchette de temps de plus de sept millénaires, antérieure à la période du Sylvicole (3 000 ans AA à 400 ans AA). Si la période du Sylvicole coïncide avec l'introduction de l'usage de la poterie et, un peu plus tard, avec la graduelle mise en place de la production alimentaire (l'agriculture), la période Archaïque correspond à des changements importants reliés aux activités de subsistance. Elle voit apparaître des améliorations techniques par rapport à la fabrication des outils. Ainsi, en plus de tailler, les Amérindiens polissent maintenant leurs outils en pierre et martèlent le cuivre natif, ce qui permet l’avènement d’une nouvelle panoplie d’objets : haches, herminettes, poids de filets, meules, gouges, poids de propulseurs, etc. Dans un environnement qui, à la suite du retrait glaciaire, se stabilise, la mobilité territoriale de ces groupes devient moins grande. Commence alors régionalement une longue différenciation culturelle entre ces groupes, qui deviendront les ancêtres des nations autochtones que les Européens rencontreront à leur arrivée.

Une fenêtre sur la présence amérindienne

Cette trouvaille inédite, pour le bassin de la rivière Yamaska, permet d’entrouvrir une fenêtre sur la présence amérindienne, bien antérieure à l’arrivée des premiers Européens. Elle révèle que la région du parc national de la Yamaska, et plus spécifiquement les rives forestières de la rivière Yamaska Nord, a été visitée de façon sporadique par des groupes de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, et ce, depuis au moins l’Archaïque récent (6 000 ans à 3 000 ans AA). Toutefois, le caractère fortuit de la découverte et le contexte imprécis de son prélèvement en surface ne permettent pas d'élaborer sur la nature précise de cette occupation humaine ancienne dans le haut bassin de la rivière Yamaska. Seules des fouilles systématiques autoriseraient d’établir un tel diagnostic.

Dans la grande région, les indices d’une occupation humaine pendant l’Archaïque demeurent ténus. Une vingtaine de sites de cette période archéologique ont déjà été trouvés dans la région de l’Estrie. Et, dans la partie de la Montérégie située à l'est de la rivière Richelieu, quelques rares sites ont pu livrer du matériel contemporain. De cet ensemble, très peu ont fait l'objet de fouilles archéologiques. Aucune pièce de cette époque n’avait encore jamais été découverte dans l’est de la Montérégie.

Les responsables du parc national de la Yamaska ont fait l’annonce de cette découverte à l’occasion d’une conférence de presse qui s'est tenue au parc le 13 décembre dernier. Ils entendent procéder à la réalisation d’une reproduction de la pointe de projectile et déposer la pièce originale dans la collection nationale du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec. Par la suite, ils projettent ajouter à l’offre éducative du parc une présentation scolaire destinée à faire connaître l’archéologie régionale auprès des écoles en lien avec le programme d’univers social. Cette initiative s’inscrit en droite ligne dans la mission des parcs nationaux du Québec, qui est de mettre en valeur notre patrimoine naturel, historique et culturel.


Alain Mochon¹ et Roland Tremblay²

¹ Biologiste, responsable du Service de la conservation et de l’éducation au parc national de la Yamaska depuis 2002
mochon.alain@sepaq.com
450 776-7183

² Archéologue préhistorien consultant
honguedo@sympatico.ca

Photos: Roland Tremblay, Suzie Laliberté, Parc national de la Yamaska


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