Une première mention pour l’Est de l’Amérique du Nord au parc national de la Gaspésie - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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Une première mention pour l’Est de l’Amérique du Nord au parc national de la Gaspésie

25 septembre 2012


Du 2 au 5 juillet 2012, un groupe de 19 spécialistes des lichens s’est rencontré au parc national de la Gaspésie. Lors de ces inventaires, un lichen nouveau pour l’Est de l’Amérique du Nord a été trouvé dans une sapinière près du lac aux Américains. Puttea margaritella, un microlichen connu à ce jour en Scandinavie et dans l’Ouest du continent.

Un événement important pour l’acquisition de connaissances

Tous les ans, ces spécialistes en provenance du nord-est américain se rencontrent lors du Tuckerman Workshop pour partager et vivre leur passion. Cette année, c'est au parc national de la Gaspésie que leur atelier a eu lieu. Ces experts contribuent ainsi à bonifier les connaissances souvent fragmentaires sur les lichens des territoires qu’ils visitent dans l’Est de l’Amérique du Nord. Les lichens sont constitués d’un champignon et d’une algue vivants en symbiose. L’algue, avec ses chloroplastes, capte l’énergie solaire pour la transformer en composés chimiques et le champignon, avec ses nombreux hyphes, puise dans le substrat environnant des nutriments essentiels à la croissance du lichen. Cette symbiose permet aux lichens de croître dans une diversité d’habitats et de substrats, allant des milieux humides de basse altitude jusqu’aux sommets secs et exposés. Ils constituent d’ailleurs un aliment de choix pour le caribou de la Gaspésie.

Contrairement aux plantes vasculaires comme les arbres, arbustes et plantes herbacées, les lichens sont moins étudiés. Ainsi, au cours des dernières années, les lichénologues du Tuckerman Workshop ont étoffé la liste des lichens de Terre-Neuve (2007), de l’Ontario (2008) et du Nouveau-Brunswick (2011). De plus, grâce à leurs efforts en juillet 2012, la liste du parc national de la Gaspésie sera augmentée de façon significative. Plusieurs des lichens récoltés n’ont pu être identifiés sur le terrain et nécessitent des tests en laboratoire avant de leur apposer un nom.

Un point chaud de la biodiversité

Plusieurs botanistes ont récolté des lichens au parc national de la Gaspésie au cours des 130 dernières années. L’un des tout premiers était le botaniste John Macoun de la Commission géologique du Canada dont l’un des sommets du parc honore sa mémoire. Un lichénologue du groupe, Troy McMullen de l’Université Guelph en Ontario a effectué une compilation de toutes les espèces de lichens récoltées au parc national de la Gaspésie depuis John Macoun. En consultant la littérature et en visitant les principaux herbiers de l’Est de l’Amérique du Nord, ses travaux ont permis de répertorier jusqu’à ce jour 320 taxons de lichens pour le parc. En parallèle, précisons qu’en 2012, le nombre de taxons de lichens pour le Québec est évalué à environ 1100 espèces. L’une des études les plus détaillées menée au parc national de la Gaspésie est celle de Sirois et collaborateurs en 1988 qui ont étudié les lichens sur serpentine et amphibolite du plateau du mont Albert. Ils ont notamment listé un total de 202 taxons dont plusieurs d’affinité arctique. De ce nombre, 36 représentaient une première mention pour le Québec, dont 16 pour le Canada et 11 pour l’Amérique du Nord.

La contribution du Tuckerman Workshop

Lors de l’inventaire de juillet 2012, quatre secteurs précis ont été visités par le groupe de lichénologues, soient les monts Olivine et Jacques-Cartier, les vieilles forêts de la vallée de la rivière Ste-Anne et le secteur du lac aux Américains. Plusieurs spécimens récoltés sont en cours d’identification. On peut s’attendre à l’ajout d’une centaine de taxons à l’actuelle liste des lichens répertoriés à ce jour dans le parc national de la Gaspésie.

Des taxons rares et intéressants

Un lichen rare en Amérique du Nord, Hypogymnia pulverata a été trouvé dans le secteur du mont Olivine, ainsi que le long de la rivière Ste-Anne. Il s’agit d’une quatrième localité pour l’Amérique du Nord. Ce lichen a d’abord été découvert au Québec (baie d’Hudson) puis en Orégon et en Alaska. L’aire principale de répartition de cette espèce est en Asie et en Australie. Plusieurs espèces de lichens arctiques-alpins ont également été recensées au mont Jacques-Cartier, principalement des microlichens dits crustacés car incrustés dans la roche. Pour sa part, le Puttea margaritella, est bryophile, car il pousse sur de la mousse. Plus précisément, il a été trouvé sur une hépatique Ptilidium pulcherrinum. On peut comprendre qu’encore aujourd’hui, de nombreuses découvertes sont faites dans ce domaine peu étudié car cette partie du monde du vivant est microscopique.

Hypogymnia pulverata, lichen rare en Amérique du Nord présent dans le parc national de la Gaspésie

L’exploration des vieilles cédrières en bordure de la rivière Ste-Anne s’est avérée également très intéressante, notamment en ce qui a trait à certains macrolichens dont l’association symbiotique est formée d’un champignon et d’une cyanobactérie au lieu d’une algue.

Une précieuse contribution

Avec les résultats de l’inventaire 2012 qui nous parviendront à mesure que les espèces récoltées seront identifiées, le parc national de la Gaspésie sera l’un des sites les mieux documentés pour sa flore lichénique dans tout l’Est de l’Amérique du Nord. La collaboration du parc et de ce groupe de gens passionnés aura contribué à bonifier les connaissances dans ce domaine pour cette aire protégée mais aussi pour tout le Québec. C’est à travers des événements ou des actions de ce genre que la mission de conservation des parcs nationaux est atteinte. De plus, ceci aide à mieux connaître pour mieux protéger notre environnement que nous avons emprunté à nos enfants.


Jean Gagnon, biologiste en conservation au Service des parcs du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).

Claude Isabel, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de la Gaspésie, isabel.claude@sepaq.com.

Photos : Marc L'italien, Jean Gagnon et Claude Isabel.


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