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L’agrile du frêne et le transport du bois de chauffage par la clientèle

21 février 2012


Pour plusieurs fervents du plein air qui pratiquent le camping dans les parcs nationaux, finir la journée autour d’un feu de camp est un scénario commun. Pour profiter plus longuement de ce plaisir, certains visiteurs apportent avec eux une réserve de bois de chauffage, qu’ils transportent à même leur véhicule automobile, leur remorque ou leur motorisé. Il est bien connu que le bois de chauffage abrite souvent des larves d’insectes sous l’écorce. Ainsi, ces campeurs, qui transportent du bois de chauffage d’une région à une autre, peuvent, par mégarde, favoriser la propagation de ravageurs. Ces derniers, comme l’agrile du frêne, peuvent causer des maladies préjudiciables à la santé de la forêt lorsqu’ils sont introduits dans de nouvelles régions. Pour préserver l’intégrité des forêts, faudrait-il aller jusqu’à interdire le transport de bois de chauffage par les visiteurs en séjour dans toutes les régions à risque?

Le cas de l’agrile du frêne

L’agrile du frêne (Agrilus planipennis) est un insecte exotique envahissant. Bien qu’il ne présente aucun risque pour la santé humaine, ce petit coléoptère xylophage, extrêmement destructeur, s’attaque à toutes les essences de frênes (genre Fraxinus). L’agrile du frêne se reconnaît à sa couleur vert émeraude ou vert cuivré. Originaire d’Asie, l’insecte n’a pas d’ennemis naturels en Amérique du Nord. Au stade adulte, les femelles pondent leurs œufs dans les fissures de l’écorce. C’est à l’éclosion que les larves blanches se nourrissent entre l’aubier et l’écorce, creusant des galeries qui entravent la circulation des éléments nutritifs, jusqu’à provoquer la mort de l’arbre.

L’agrile du frêne aurait été introduit accidentellement en Amérique du Nord dans des caisses d’emballage en bois, probablement au début des années 1990. Il a été découvert pour la première fois en 2002 dans le sud du Michigan aux États-Unis, puis la même année dans le comté d’Essex en Ontario. Dès ce moment, les relevés ont permis d’établir que l’espèce était déjà bien implantée dans toute la grande région de Détroit et de Windsor. Malgré des efforts de recherche et de contrôle, le ravageur a continué à se propager dans de nouveaux secteurs. Dans le sud de l’Ontario, une partie de cette dispersion s’est faite de façon naturelle, mais la propagation sur de longues distances s’est notamment effectuée par le transport de bois de chauffage infesté. Au Québec, l’agrile du frêne a été dépisté en 2008, dans les régions de Carignan et de Gatineau/Ottawa.

Les mesures de confinement

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) est l’organisme qui surveille l’introduction et la propagation de ravageurs exotiques au pays. Elle mène une campagne nationale d’information sur la menace que représente le transport de bois de chauffage dans la propagation des ravageurs exotiques et elle diffuse notamment de l’information concernant les dommages causés par l’agrile du frêne.

L’objectif de l’ACIA consiste à freiner la propagation de cet insecte ravageur à partir de zones de confinement réglementées. Les zones déclarées infestées par l’agrile du frêne deviennent strictement réglementées par des arrêtés ministériels, interdisant à toute personne de déplacer des matières ligneuses, telles que les billes, les branches, le matériel de pépinière, les copeaux de bois et le bois de chauffage de toutes essences d’arbres, à l’extérieur des zones infestées. Les restrictions s’appliquent également aux véhicules utilisés pour le transport de ces produits réglementés.

Malgré ces efforts, l’agrile du frêne connaît une expansion. Au cours de l’été 2011, l’ACIA confirmait sa présence sur l’île de Montréal et dans la région de Gatineau, à l’extérieur de la zone qui était déjà réglementée. L’organisme entend augmenter le nombre de régions réglementées pour s’assurer de ralentir sa propagation. Des chercheurs au Canada et aux États-Unis en sont venus à la conclusion que cette espèce exotique envahissante ne pouvait être éradiquée.

Une station de dépistage au parc

La proximité du foyer d’infestation de Carignan, à quelque 70 km à l’ouest du parc national de la Yamaska, fait craindre la possibilité d’une propagation de l’agrile du frêne dans le contexte des activités du camping. En partenariat avec l’ACIA, une enquête de dépistage est conduite depuis 2010 dans le camping du parc. La station d’échantillonnage consiste en un piège passif aux surfaces collantes et imprégnées d’un concentré du feuillage de frêne. Ce dispositif est suspendu à la branche d’un grand frêne d’Amérique, à une hauteur minimale de 5 m, et changé à tous les mois que dure la période de vol de l’insecte. Jusqu'à maintenant, l’opération de dépistage n'a heureusement pas relevé la présence de l’agrile du frêne au parc.

Une approche axée sur la sensibilisation

Le parc national de la Yamaska et le réseau Parcs Québec privilégient une approche de sensibilisation en diffusant une mise en garde invitant les visiteurs à laisser leur bois de chauffage à la maison et à plutôt se le procurer sur place lors de leur séjour (www.sepaq.com/pq/conserver/reglementation.dot). Le message insiste sur la provenance locale du bois de chauffage vendu dans les parcs et reprend globalement les recommandations d’usage de l’ACIA, qui se déclinent comme suit : « Ne déplacez pas de bois de chauffage. Achetez-le localement. Brûlez-le sur place. Ne le rapportez jamais à la maison. » (www.inspection.gc.ca).

Depuis quelques années, le parc national de la Yamaska, via des articles dans son journal annuel, sensibilise ses visiteurs à la menace du bois de chauffage transporté dans le contexte de l’agrile du frêne. De plus, durant l’opération de dépistage, des dépliants d’information fournis par l’ACIA sont mis à la disposition de la clientèle en séjour dans les bâtiments sanitaires du camping.

Le déplacement du bois de chauffage d’une région à une autre est clairement un facteur de risque à la propagation de l’agrile du frêne. On le voit bien, préserver l’intégrité naturelle de ce territoire exceptionnel est un défi de taille. Cependant, c’est avec enthousiasme que toute l’équipe du parc s’empresse à le relever au quotidien.


Alain Mochon, responsable du Service de la conservation et de l’éducation au parc national de la Yamaska, mochon.alain@sepaq.com.

Photos : ACIA, Alain Mochon, Sépaq.


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