Une terre (fragile) née de l'eau - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

COVID-19 : mesures préventives, guide du visiteur, ainsi qu'activités et services offerts


Vous avez des questions? Consultez les réponses aux questions fréquemment posées par nos clients.

Blogue de conservation

Une terre (fragile) née de l'eau

4 février 2014


Une péninsule sablonneuse s’étire à la confluence du lac Saint-Jean et de la rivière Péribonka. En effet, le patient travail de l’eau y a érigé et façonné une presqu’île. Dans l’évolution de la terre, l’existence de la pointe Taillon est toute récente. Pourtant, la fragilité de ses rives sablonneuses laisse croire à une existence bien éphémère. Voici son histoire…

Une terre née de l’eau

La terre est en continuel changement. De façon lente et imperceptible ou par secousses, notre environnement se transforme. Il y a à peine 10 000 ans, un glacier occupait l’emplacement actuel du lac Saint-Jean. Les eaux de fonte qui s’en échappaient charriaient quantité de débris qui, en se déposant, ont modelé des paysages qui nous sont aujourd’hui familiers. À cette époque la rivière Péribonka a transporté de grandes quantités de sable vers la cuvette du lac Saint-Jean. Le courant s’est déchargé d’une partie des matériaux qu’il transportait en ralentissant au point de rencontre de la rivière et de la mer. Des portions du delta, alors formé sous l’eau, ont émergé suite au retrait des eaux marines. La pointe Taillon constitue la portion terminale du vaste delta de la rivière Péribonka. Elle prend la forme d’une longue flèche de sable façonnée par l’action des vagues. L’histoire de la pointe Taillon ne s’arrête pas là, autour du lac Saint-Jean la mobilisation des sédiments arrachés aux rives par les courants et les vagues s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. Dès la fin de la formation de la pointe Taillon a débuté naturellement une phase de régression attribuable à une diminution des apports sédimentaires.

Des paysages marqués par l’Homme

Les ressources hydrauliques de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont bercé les rêves d’hommes d’affaires ambitieux. Dès la mise en eau du réservoir hydroélectrique du lac Saint-Jean en 1926 des inquiétudes se manifestèrent au sein de la population. Des terres furent ennoyées et des agriculteurs durent quitter leur propriété. Habitée par plus de 300 personnes réparties en 52 familles, la pointe Taillon fut graduellement désertée. Au cours des années qui suivirent, l’extrémité occidentale de la Pointe se détacha pour former une île. Furtivement, les courants et les vagues poursuivirent le gommage du profil sablonneux de la Pointe, la faisant régresser lentement.

Désignée parc à vocation de conservation en 1985 l’attrition de la pointe Taillon préoccupe. Comment aborder une telle problématique ? Stabiliser l’ensemble des berges ? Tenter de ralentir le processus de régression ? Ou demeurer simple spectateur d’un bref épisode de cette transformation? De quoi sera fait demain sous l’influence des changements climatiques appréhendés ? L’armure de glace qui enserre les rives en hiver fondra-t-elle plus rapidement au printemps, exposant davantage les berges aux tempêtes ?

Comprendre pour contrer l’érosion

Au cours des dernières années, des comités ont été constitués pour étudier la problématique d’érosion des berges du parc national de la Pointe-Taillon. Des études ont été réalisées et des structures de stabilisation implantées sur des sites sensibles. En 2002, 115 systèmes de bornes ont été implantés tout autour de la pointe Taillon et de l’île Bouliane (Les consultants RSA, 2003). Des mesures prises à partir de ces bornes sont effectuées annuellement par le service de la conservation du parc national afin de documenter le travail de l’érosion.

Figure 1 : Borne utilisée pour le suivi de l’érosion des berges au parc national de la Pointe-Taillon 


Depuis le début du suivi, un recul moyen annuel de la berge de 0,2 mètre a été enregistré (Figure 2) ce qui confirme les estimations proposées antérieurement. Bien sûr ce taux de recul n’est pas uniforme autour de la péninsule. Par endroits, un recul moyen annuel de 2 à 3 mètres a été mesuré alors qu’ailleurs la rive est restée intacte.

Figure 2 - Érosion moyenne annuelle pour l'ensemble des systèmes de bornes pour chaque année du suivi.


Le flanc sud-ouest de la presqu’île est principalement affecté par l’érosion comme le montre la figure 3 et comme l’atteste la silhouette arquée de la Pointe. Les vents dominants, d’orientation nord-ouest, influencent la circulation des courants côtiers et poussent plus fréquemment les vagues du lac Saint-Jean dans cette direction.

Figure 3 : Interprétation du recul cumulatif de la berge au parc national de la Pointe-Taillon de 2002 à 2013

Un groupe de travail constitué par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) se penche sur cette problématique de conservation depuis décembre 2011. Le comité technique sur l’érosion des berges du parc national de la Pointe-Taillon est composé de représentants du MDDEFP, du ministère des Ressources naturelles(MRN), des municipalités régionales de comtés de Lac-Saint-Jean-Est et de Maria-Chapdelaine, de Rio Tinto Alcan, de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et du parc national. Il a pour mandat d’analyser, dans son ensemble, la problématique d’érosion des berges de la pointe Taillon en tenant compte de la vocation de conservation du territoire et de sa valeur récréotouristique régionale et nationale élevée.

À l’été 2011 ont aussi débuté des études conjointes menées par des chercheurs des universités de Montpellier, Perpignan, Strasbourg et de l’UQAC. Ces recherches visent à mieux connaître la dynamique côtière passée et présente du lac Saint-Jean. À ces travaux devraient se joindre bientôt d’autres chercheurs universitaires du Québec.

Les résultats de ces études ajouteront aux connaissances de la dynamique des grands bassins d’eau peu profonde à travers le monde. Ils permettront également d’apporter des éléments susceptibles d’enrichir la compréhension de la dynamique d’érosion de la pointe Taillon.

Concilier protection, développement, évolution

Gardien de biodiversité, lieu de ressourcement, la pointe Taillon semble vouée à une existence éphémère. La fragilité de ses rives sablonneuses, son évolution au sein d’écosystème partiellement régi par l’Homme sont des éléments qui suscitent la réflexion et bousculent nos conceptions en termes de maintien de l’intégrité écologique. Cependant, pour les générations actuelles et futures cette longue péninsule qui s’avance dans le lac Saint-Jean restera encore longtemps un lieu privilégié de contemplation des merveilles que nous offre la nature.

Références

- Les Consultants RSA. 2003. Parc de la Pointe-Taillon. Étude sur l’érosion des berges. N/Dossier : 115921-0001. 30 p.


Dominique Crépin est biologiste au parc national de la Pointe-Taillon; Claude Pelletier est responsable du service de la conservation et de l'éducation au parc national de la Pointe-Taillon pelletier.claude@sepaq.com

Photos: Dominique Crépin; Mathieu Dupuis.


Soyez informé

Inscrivez-vous aux courriels de la Sépaq et soyez le premier à connaître nos nouveautés, nos offres et nos promotions spéciales.

S'inscrire