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Le carex des glaces : un enjeu de conservation

18 septembre 2012


Le carex des glaces (Carex glacialis) est une espèce exceptionnelle pour la région de la Haute-Côte-Nord. Une occurrence à Tadoussac constitue la limite sud de cette espèce sur le continent nord-américain. Cette colonie possède ainsi une très grande valeur de conservation et ne compte en 2012 que 36 individus vivants. Sa situation est inquiétante. Les mesures de conservation entreprises seront-elles suffisantes?

Au Québec, on ne connaît que trois occurrences du carex des glaces dans la portion méridionale du territoire. La seule occurrence viable se situe sur les terrasses marines de Tadoussac appelées communément dunes. Deux autres populations fortement disjointes sont situées sur la Côte-Nord mais ne sont composées que d’un individu chacun (à Havre-Saint-Pierre et à la tête de la rivière Magpie). Depuis 2010, la population de carex des glaces de la Côte-Nord bénéficie d’une protection juridique à titre d’espèce menacée. Sa situation est aussi considérée comme précaire en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et à Terre-Neuve. Le carex des glaces se rencontre normalement dans les milieux ouverts et sablonneux du nord du Québec, au nord du 55e degré de latitude, à la hauteur de Schefferville.

Un habitat aride et fragile

Les terrasses marines de Tadoussac ne résultent pas d’une accumulation de sable soufflé par les vents, comme de véritables dunes. Elles sont en fait formées par la fonte d’un immense glacier qui s’est amorcée il y a quelque 10 500 ans. Libérée d’un poids énorme, la croûte terrestre s’est progressivement relevée, entraînant le retrait de la mer. Ce phénomène s’est produit par étapes, dessinant les deux niveaux de terrasses que nous observons de nos jours.

En plus d’offrir un paysage hors du commun, les terrasses marines de Tadoussac, présentement considérées comme un territoire réservé pour fin de parc (et qui conséquemment ne jouit pas encore du statut de protection d'un parc national), est le théâtre d’activités motorisées. Elles réservent aussi des découvertes captivantes à ceux et celles qui s’y intéressent de près. Le carex des glaces n’est pas la seule plante exceptionnelle sur les terrasses marines. On y trouve aussi le carex de Bigelow (Carex Bigelowii) qui a été répertorié dans la région sur seulement un ou deux sommets le long du Saguenay et dans les monts Valin. Quoique ce dernier n’ait pas de statut légal de protection, il demeure inhabituel dans la région. Que peut-on faire pour assurer la protection de ces végétaux si spéciaux dans un territoire en voie de devenir parc? Des études sont en cours pour mieux cerner les solutions à mettre en œuvre.

Une découverte intéressante

C’est le botaniste Norman Dignard qui eut la surprise de découvrir le carex des glaces aux terrasses marines de Tadoussac, il y a près d’une dizaine d’années. Cette petite plante, de la famille des Cyperacées, ressemble à une graminée. Discrète, elle pousse en touffes compactes ornées d’épis miniatures, comme le blé. « Mais comment cette plante a-t-elle pu se retrouver à 450 kilomètres au sud de son territoire habituel? » s’est-il demandé. « Est-il possible qu’elle se soit maintenue ici depuis la fonte des glaciers, il y a quelque 10 500 ans, à l’époque où la toundra occupait toute la région? Ou se peut-il que des oiseaux migrateurs, en provenance du nord, aient transporté dans leurs fientes des graines de ce carex? » Il y a fort à parier que ce mystère demeurera à jamais irrésolu.

Des chiffres inquiétants

Chaque année, l’équipe du parc national du Fjord-du-Saguenay travaille à acquérir un maximum de connaissances sur la biologie et l’habitat de ces deux carex. Pour chaque plant, des données sont compilées sur le pourcentage de tiges mortes, la dimension du plant et la présence d’autres espèces végétales. La comparaison d’un même plant de carex d’une année à l’autre illustre bien les difficultés que connaît le carex des glaces.

Depuis 1998, le nombre de plants de carex des glaces diminue sans cesse. La sous-population qui se retrouve à l’ouest des terrasses marines compte, en 2012, 36 individus vivants et 21 individus complètement morts. Tous les individus de la sous-population de l’est sont morts. Ils étaient 6 en 1998. Depuis 1998, la densité des plants est restée stable ou a légèrement augmenté pour cinq individus seulement (11,6 % de la population). La tendance observée suppose que les individus n’ont pas une grande capacité de rétablissement lorsqu’ils sont faibles. Les individus les plus vigoureux et ayant moins de 50 % de pieds morts semblent plus jeunes. Ils sont de plus faible diamètre et ont une densité plus grande. Plusieurs de ces individus n’ont d’ailleurs pas été observés par Dignard en 1998.

Des actions ont été mises en branle par le parc national du Fjord-du-Saguenay, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) au cours des deux dernières années pour tenter de freiner, et même d’inverser, le processus de raréfaction du carex des glaces et du carex de Bigelow sur les terrasses marines de Tadoussac. Un plan de protection prend forme. Dans cette optique de conservation, une tentative de germination de graines en milieu contrôlé a été réalisée par le MNRF en collaboration avec le Jardin botanique de Montréal. Pour l’instant, les résultats sont menus mais tout de même encourageants. Des 100 graines récoltées sur des individus de la population de Tadoussac, moins d’une dizaine ont germé et survécu. Ces jeunes plants seront prochainement introduits en milieu naturel.

Menaces anthropiques et naturelles

Des perturbations d’origine anthropique ont probablement causé le déclin et la disparition de certaines colonies de carex des glaces et carex de Bigelow. La fréquentation des terrasses marines par les véhicules tout-terrain nuit certes à la croissance de certaines colonies. Un des objectifs des travaux est d'ailleurs de documenter la circulation en VTT et de les dévier par une barrière physique. De grosses roches ont été disposées soit pour encercler le secteur colonisé par la majorité des carex des glaces et d’autres roches pour protéger des individus isolés. Les résultats actuels permettent de déceler une tendance décroissante dans la fréquentation par les VTT. Nous pouvons quantifier le nombre de passage par les empreintes de roues et par les vidéos et photographies prises par une caméra de surveillance.

La compétition interspécifique et l’avancée du couvert végétal, muscinal et lichénique sont maintenant les menaces écologiques les plus évidentes. En effet, les végétaux qui recolonisent graduellement les terrasses marines constituent une menace pour les carex, qui ne tolèrent ni ombrage, ni compétition. Des questions sur l’avenir des terrasses marines et sur leur recolonisation par les végétaux s’imposent maintenant.


Nancy Lavoie, technicienne en milieu naturel au parc national du Fjord-du-Saguenay, lavoie.nancy@sepaq.com.

Photos : Norman Dignard et Nancy Lavoie.


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