La renouée japonaise: une espèce exotique envahissante indésirable - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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La renouée japonaise: une espèce exotique envahissante indésirable

23 octobre 2012


La découverte et l’identification en 2009 de trois petites populations de renouée japonaise à proximité de la baie du Ha! Ha! sonne l’alerte… C’est confirmé, cette plante exotique envahissante s’est introduite dans les limites du parc.

Mise en contexte

Sous la supervision de Claude Lavoie, professeur à l’École d’aménagement du territoire de l’Université Laval, des travaux de recherche sur l’historique de la flore du parc national du Bic, combinés à l’intégration du programme de suivi de l’intégrité écologique dans le réseau des parcs nationaux du Québec, ont amené l’équipe du service de la conservation et de l’éducation du parc à s’attarder à la problématique des espèces envahissantes.

Le travail de Claude Lavoie et de son équipe avait pour objectif de déterminer, en comparant des données historiques à des inventaires actualisés, si la création d’une aire protégée comme le parc national du Bic constituait une bonne mesure pour la conservation de sa flore. Cet imposant  travail d’analyse de recensement historique des observations floristiques ainsi que deux campagnes de terrain réalisées en 2004 et 2005 ont permis d’affirmer que 731 espèces de plantes vasculaires furent recensées de manière certaine depuis le début du 20e siècle sur le territoire actuel du parc. De ce nombre, l’observation de 670 espèces est officiellement confirmée depuis 1993, soit près de 92 % du total, ce qui inclut 19 espèces rares sur un potentiel de 24.

Après ces travaux, Claude Lavoie mentionne que « malgré sa faible superficie, le parc national du Bic protège avec succès sa flore ». En contre partie, l’étude réalisée confirme que le pourcentage d’espèces exotiques est passé de 16 % avant la création du parc à 25 % aujourd’hui. « Des changements dans l’utilisation des terres, une augmentation du nombre de visiteurs et la plantation d’espèces ornementales ont contribué à augmenter le nombre de taxons exotiques dans le parc au cours des 21 dernières années ». Une situation qui amène à réfléchir…

Qu’est-ce qu’une plante exotique envahissante?

Il s’agit d’une plante qui provient en général d’un autre continent ou d’une région biogéographiquement éloignée. Cette plante, introduite intentionnellement ou accidentellement, s’établit et se reproduit rapidement aux dépens des espèces indigènes.

Mieux connaître pour mieux protéger

Conscient des impacts de l’introduction de ces espèces, la direction du parc prend l’initiative, en mai 2007, de faire parvenir à l’ensemble des résidences situées en périphérie du parc un éventail de fascicules de sensibilisation sur la présence, les caractéristiques et la propagation des espèces de plantes exotiques envahissantes. Suivent des rencontres avec les exploitants des jardins horticoles avoisinants afin d’effectuer une sensibilisation visant idéalement l’élimination de la vente ou, à tout le moins, l’information des acheteurs sur la gravité de planter ces espèces.

De plus, la programmation des activités de découverte estivale du parc offerte aux visiteurs s’est enrichie de diverses présentations visant à faire connaître les plantes exotiques envahissantes et les conséquences que peuvent avoir leur propagation sur la diversité floristique.

Découverte de trois populations de plants de renouée japonaise au parc…

Le 17 août 2009, un naturaliste du parc constate la présence de renouée japonaise à proximité de la baie du Ha! Ha!. Des vérifications subséquentes confirment la présence de trois populations distinctes dans un même secteur. Cette plante originaire d’Asie a d’abord été introduite comme plante ornementale aux États-Unis vers la fin du 19e siècle. Elle s’est par la suite rapidement propagée à l’intérieur du continent. Au Québec, la première mention de sa présence remonte à 1918 (Dunham). La renouée japonaise atteint une hauteur variant entre 75 et 300 cm. On la reconnaît facilement par sa tige creuse dressée, simple ou ramifiée, ronde, lisse et souvent tachetée de rouge violet, d’un diamètre variant entre 1 à 2 cm. Elle arbore un feuillage composé de feuilles alternes, ovées, relativement grandes (5 à 12 cm de large et 7 à 15 cm de longueur). En période de floraison, de juillet à septembre, elle se pare de nombreuses petites fleurs blanchâtres réunies en grappes présentant la forme de gouttes d’eau.

A première vue, sa facilité de propagation, sa croissance rapide, ses grandes feuilles et ses jolies grappes de fleurs blanches en font une espèce de choix pour la création de haies ou comme plante ornementale. C’est d’ailleurs en raison de ces particularités que les gens se transmettent des boutures et contribuent à sa dissémination rapide.

Cependant, cette plante vivace peut devenir un vrai casse-tête pour qui veut s’en débarrasser. Effectivement, sa capacité à se reproduire à partir de minuscules portions de tige ou de racine qui peuvent demeurer en dormance jusqu’à 10 ans dans le sol rend pratiquement impossible son élimination complète et définitive. Le réchauffement du climat permet maintenant à cette plante, qui produit ses graines tard à l’automne, de se reproduire aussi de manière sexuée. La limite latitudinale connue de la reproduction sexuée en Amérique du Nord se situe dans les environs de la ville de Québec. Des tests effectués en 2011 dans le Bas-Saint-Laurent ont montré que le climat n’y est pas encore assez chaud pour permettre à la plante de produire des graines viables.

Sur la liste des 100 pires espèces envahissantes de la planète…

Voilà la classification que lui a attribuée l’Union internationale de la conservation de la nature, en raison des dommages qu’elle cause à l’environnement. Effectivement, en s’appropriant toute la place et en limitant la survie des autres espèces floristiques par la libération de toxines dans le sol, la renouée japonaise limite la diversité biologique et menace l’intégrité et l’équilibre des écosystèmes. De plus, sa facilité d’implantation et l’absence d’ennemi naturel semblent la rendre invulnérable…

Nos interventions…

Comme mentionné précédemment, il n’existe pas à ce jour de recette éprouvée pour se débarrasser de cette espèce exotique envahissante très résistante. Après discussion avec le spécialiste Claude Lavoie et en fonction de l’impact possible de sa dissémination et des connaissances acquises sur les particularités de l’espèce, nous avons pris la décision d’intervenir dès l’automne 2009 pour éradiquer les spécimens de renouée japonaise présents près de la baie du Ha! Ha!.

Pour ce faire, nous avons procédé en trois étapes, soit :

Étape 1 : Les 1er et 2 septembre 2009, soit au début de la floraison, nous avons procédé à la coupe et au brûlage des parties aériennes de la plante. À cette période, certains plants commençaient leur floraison.

Étape 2 : Le 14 septembre, nous avons supervisé le prélèvement du reste des plants ainsi que des racines, travail fait à l’aide d’une rétrocaveuse. Afin d’augmenter les chances d’éradication complète de la plante et de toutes les racines, le substrat et la végétation furent prélevés sur un diamètre d’une fois et demie la surface occupée par les plants et à une profondeur approximative de 1 mètre.

Étape 3 : Le 18 septembre, nous avons procédé à la mise en place, à la pelle, d’environ 273 kilos de sel de glace. Ce dernier fut saupoudré un peu partout sur les superficies excavées.

Afin de suivre l’évolution de la situation et de ne pas stimuler la reprise, nous n’avons pas comblé les dépressions créées. Ainsi, nous croyions que la dissolution progressive du sel dans le sol pourrait brûler les minuscules fragments de racines potentiellement laissés sur place. Cette option nous permettrait également de visualiser et d’agir rapidement chaque printemps si un résidu de racine, demeuré en profondeur, produisait une nouvelle repousse. Il est prévu de combler les dépressions créées, uniquement après quelques saisons concluantes, donc sans repousses. Tout signe de reprise relancera une prompte intervention grâce au suivi continu du site qui se poursuit en parallèle.

Une préoccupation constante …et la recherche de solution permanente

En 2010, Claude Lavoie et un représentant du parc ont participé à une rencontre avec  les propriétaires de résidences de St-Fabien-sur-Mer, secteur situé en périphérie du parc, afin de les sensibiliser à cette menace. Informés sur les effets dévastateurs que peuvent avoir certaines espèces dont la renouée japonaise, les propriétaires ont manifesté beaucoup d’intérêt pour le sujet. Après une présentation des espèces exotiques envahissantes, quelques–uns ont eu la surprise d’y identifier certaines espèces présentes sur leur propriété. Lors de cette rencontre, des éléments de solution ont été proposés afin d’éviter la propagation des dites espèces. Plusieurs études, dont celle du secteur de la Baie du Ha! Ha!, sont en cours en vue de trouver une façon d’éliminer de manière définitive la renouée japonaise.

Depuis l’intervention réalisée en 2009 sur les populations de la Baie du Ha! Ha!, nous effectuons des suivis réguliers pour évaluer la situation. En 2010 et 2011, quelques nouveaux plants ont fait leur apparition et furent arrachés manuellement. Cette année, après trois ans de suivi intensif, nous récoltons enfin le fruit de notre labeur, car aucun nouveau plant ne fut répertorié. Mais, l’histoire reste à suivre… et la vigilance est de mise.

Références

Lavoie, C et A. Saint-Louis, 2008. Can a small park preserve its flora? A historical study at Bic National Park, Quebec. Botany, 86:26-35.

Godmaire, H et Stéphane Côté. Surveillez votre jardin! : Connaissez-vous cette espèce exotique envahissante? La renouée japonaise. Union St-Laurent Grand Lacs et Nature-Action Québec, fascicule.


Marlène Dionne, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Bic, dionne.marlene@sepaq.com.

Photos : Marie-Claire Leblanc et Sépaq.


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