Blogue de conservation

Alerte à la châtaigne d’eau! L'Ouest du Québec est touché…

15 janvier 2013


Pour plusieurs, une châtaigne c’est une amande, le fruit du châtaignier. Une petite douceur gastronomique d’occasion ou de saison. Toutefois, depuis le début des années 2000, ce mot fait aussi référence à une plante faisant trembler l’ensemble des environnementalistes et des biologistes québécois. Objet d’une lutte sans merci dans les environs de la rivière Richelieu, voilà que la châtaigne d’eau vient de faire son apparition en Outaouais, dont au parc national de Plaisance. Le combat s’annonce difficile…

Qui est-elle?

La châtaigne d’eau (Trapa natans) est originaire d’Eurasie. Cultivée comme plante ornementale dans les jardins d’eau, elle fut introduite en Amérique du Nord à partir du milieu du 19e siècle. Difficile à contrôler, elle a réussi à s’échapper dans la nature américaine où elle a immédiatement commencé ses ravages. La première mention de sa présence au Québec, dans la rivière du Sud, date de 1998.

Un mode de propagation efficace!

Il s’agit d’une plante flottante, tel un nénuphar, qui se reproduit au moyen de ses fruits appelés châtaignes. Sous ses rosettes flottantes, composées de petites feuilles (ou folioles), elle peut produire plus d’une douzaine de noix qui, une fois rendues à maturité, vont se déposer au fond de l’eau. Chacune de ces noix germe et donne à son tour une douzaine de rosettes! Il est facile d’imaginer la vitesse exponentielle de propagation de cette plante si ce cycle se maintient pendant plusieurs années. Les noix, épineuses, peuvent aussi être transportées ailleurs en s’agrippant aux poils d’animaux à fourrure, comme le castor, ou au plumage des oiseaux aquatiques. On rapporte également le transport accidentel de châtaignes par les cordages de bateaux.

Ses ravages…

La châtaigne d’eau est donc extrêmement envahissante et ses feuilles finissent par couvrir entièrement la surface des milieux humides qu’elle colonise. Ce tapis opaque limite alors le passage de la lumière dans l’eau rendant impossible toute autre présence végétale. La quantité d’oxygène dissous dans le milieu est aussi diminuée de façon significative, perturbant grandement la vie animale. L’équilibre des écosystèmes est ainsi dangereusement menacé. Par ailleurs, les activités aquatiques récréatives, telles la pêche, le canotage, la navigation de plaisance ou la baignade, deviennent rapidement impraticables.

Nos armes pour lutter contre elle

Au Québec, depuis le début des années 2000, on a consacré beaucoup d’efforts et d’importantes sommes d’argent pour tenter de contenir la châtaigne d’eau, particulièrement dans la rivière du Sud et la rivière Richelieu. Jusqu’à maintenant, on utilise la cueillette précoce des rosettes (avant la maturité des noix) comme principale méthode de contrôle. Effectuée par des canoteurs, parfois à l’aide d’un peigne mécanique, cette cueillette doit être effectuée de façon soutenue chaque année afin de ne laisser aucun répit à la plante. Heureusement, on a pu voir que ces mesures donnent des résultats encourageants.

Le parc en état d’alerte!

Avisée de l’envahissement du parc Voyageur, situé à 60 km en aval sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais, l’équipe du service de la conservation et de l’éducation du parc national de Plaisance, a débuté, il y a trois ans, un programme annuel de détection de la châtaigne d’eau dans ses milieux humides. À l’été 2012, une patrouille repéra 3 petites colonies dans l’une des baies du parc et un total de 89 rosettes furent extirpées des eaux. Comme cette découverte eu lieu tard en saison, il est permis de croire qu’il s’agissait des premières générations, démontrant l’efficacité de notre programme de surveillance. Dans la semaine qui suivit, en collaboration avec le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), la baie fut scrutée « à la loupe » à l’aide d’un bateau adapté à la navigation à faible profondeur. Une seule rosette fut alors trouvée et récoltée.

On roule nos manches!

Si l’on se fie aux expériences vécues par nos collègues ailleurs au Québec, il semble que la bataille sera longue et difficile. C’est pourquoi, tôt ce printemps, l’équipe du parc concentrera ses efforts aux endroits ciblés de façon à tenter de limiter la propagation de la plante dès son apparition. Des cueillettes seront effectuées à la main, mais on examinera aussi, à l’aide de plongeurs, la possibilité de récupérer les noix directement au fond du plan d’eau.

C’est un dossier à suivre! En attendant, pour en savoir plus :

http://www.mddep.gouv.qc.ca/jeunesse/chronique/2004/0404-chataigne.htm
http://www.provancher.qc.ca/upload/file/133_2%20p%2008-14.pdf


Jean-François Houle, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Plaisance, houle.jeanfrancois@sepaq.com.

Photos : Jean-François Houle et Sépaq.


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