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Blogue de conservation

Trésors botaniques

29 avril 2014


Dans le contexte du projet d’agrandissement du parc national de la Pointe-Taillon, il faut procéder à des inventaires des ressources à une mise à jour des connaissances sur le milieu naturel. De récents inventaires de la végétation de certaines îles du lac Saint-Jean ont permis de faire de belles découvertes.

Un projet d’agrandissement du parc

En 2006, la Municipalité régionale de comté de Lac-Saint-Jean-Est déposait une demande au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs afin d’intégrer dans le parc national de la Pointe-Taillon de nouveaux territoires ayant un potentiel de mise en valeur récréotouristique. Le territoire qui devrait être annexé au parc actuel comprend :

  • Une trentaine d’îles le long du littoral est du lac Saint — Jean. Citons, parmi les principales îles de l’archipel, la Grosse et la Petite île Verte, l’île Beemer, l’île Connely, les îles à Tremblay et des Cauchon.
  • Le site de l’ancien camp de touage, qui servait lors du flottage du bois situé à Saint-Gédéon
  • Quelques lots et parcelles à Saint-Henri-de-Taillon, dont le Centre plein air Les Amicaux où l’on retrouve entre autres, une cédrière à orchidées, un écosystème forestier exceptionnel ayant une grande valeur écologique

Particularités végétales

Le parc national de la Pointe-Taillon est déjà reconnu pour la richesse de sa végétation. Les territoires que l’on propose d’annexer au parc comportent plusieurs types d’habitats, tant sur les îles que sur la terre ferme : marécages arbustifs, marécages boisés, marais, prairies, dunes, platières graveleuses et chenaux. Aussi, on y recense une bonne variété de groupements végétaux, notamment des pinèdes à pin gris et à pin rouge, des sapinières et des pessières blanches à thuya de même que des bétulaies à peuplier faux-tremble. En outre, 84 sites de plantes rares ont été répertoriés en 2000 (MDDEFP, 2008), et ce, uniquement sur les îles et le littoral de Saint — Gédéon. Certaines de ces espèces s’avèrent d’autant plus intéressantes que les botanistes les considèrent comme des espèces relictes d’un passé maritime, à l’époque où le lac Saint-Jean était un bras de mer. Afin de bonifier les différents inventaires floristiques réalisés jusqu’à présent, les services de Norman Dignard (2013), botaniste au ministère des Ressources naturelles (MRN), ont été retenus. Au mois d’août 2013, la Grosse île Verte et une partie de la Petite île Verte, l’île Connelly, l’île Beemer, l’île à Caron, l’île à Tremblay, l’île aux Poires, l’île des Girard et l’île des Cauchon et le secteur du Centre plein air Les Amicaux ont été visités.

Pour les plantes vasculaires, 422 taxons appartenant à 86 familles ont été recensés. Les taxons indigènes (370) représentent 87,7 % de la flore des sites contre 12,3 % pour les taxons introduits (52). Le nombre d’espèces introduites est beaucoup plus faible sur les îles (16) que sur la terre ferme (49), représentant respectivement 3,8 % et 11,6 %, et témoigne de la bonne condition du couvert végétal. Les familles les mieux représentées sont les cypéracées (49 taxons), les astéracées (46 taxons), les poacées (34 taxons), les rosacées (27 taxons), les orchidacées (20 taxons), les éricacées (18 taxons), les renonculacées (11 taxons), les fabacées (10 taxons) et les lamiacées (9 taxons). À elles seules, ces 9 familles représentent un peu plus de 50 % de la flore vasculaire totale des sites visités. Aux plantes vasculaires, s’ajoutent 29 bryophytes (23 mousses et 6 hépatiques) et 10 lichens notés au passage sur l’un ou l’autre des sites visités (Dignard, 2013).

Des espèces et des sites d’intérêt

L’inventaire a permis de confirmer la présence d’espèces d’intérêt comme celles relictes de la transgression marine de Laflamme (Tableau 1), des espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables (Tableau 2) et d’autres espèces qui atteignent leur limite nord de répartition au Québec (Tableau 3).

Tableau 1 : Taxons considérés comme des reliques de la transgression marine de Laflamme

Tableau 2 : Espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables (MDDEFP. 2013.)

Tableau 3 : Taxons atteignant la limite de leur répartition québécoise vers le nord dans la région ou les environs immédiats selon FNAEC, 1993+ et Rousseau, 1974

1 : FNAEC 1993+
2 : Rousseau 1974
* : Limite nordique du côté nord du Saint-Laurent

Des découvertes à faire

La végétation des autres îles sera inventoriée prochainement afin de préciser les caractérisations générales déjà réalisées et conséquemment de mieux assurer la conservation de ces parcelles de nature au cœur du lac Saint-Jean.

L’agrandissement du parc national de la Pointe-Taillon offrira aux visiteurs la chance de découvrir de nouveaux espaces naturels et de voir le lac Saint-Jean sous un autre œil. Les amateurs de détente et de vastes espaces seront servis avec des paysages d’une grande beauté. Dans les années à venir, les travaux d’acquisition de connaissances se poursuivront et qui sait, ils pourraient mener à d’autres belles découvertes! Longue vie au « nouveau » parc national de la Pointe-Taillon!

Références

Dignard, N. 2013. Projet d’agrandissement du parc national de la Pointe-Taillon — Inventaire floristique des nouveaux territoires —. Rapport technique non publié, 29 p.

FNAEC [Flora of North America Editorial Commitee], 1993+. eFloras (Flora of North America online). http://www.efloras.org/flora_page.aspx?flora_id=1 (consulté le 31 octobre 2013)

MDDEFP. 2008. Le projet d’agrandissement du parc national de la Pointe-Taillon : un appel à tous. Disponible en ligne au http://www.mddep.gouv.qc.ca/parcs/projets/Pointe-Taillon/Pointe-Taillon.pdf (consulté le 2014-01-26)

MDDEFP. 2014. Liste des plantes vasculaires susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables. Disponible en ligne au : http://www.mddep.gouv.qc.ca/biodiversite/especes/listes/vasculaires.pdf (consulté le 2014-04-01].

ROUSSEAU, C., 1974. Géographie floristique du Québec/Labrador. Distribution des principales espèces vasculaires. Travaux et documents du Centre d’études nordiques no 7. Presses de l’Université Laval, Québec. 799 p.


Claude Pelletier est responsable du service de la conservation et de l’éducation aux parcs nationaux des Monts-Valin et de la Pointe-Taillon. pelletier.claude@sepaq.com

Photos : Dominique Crépin et Serge Gauthier.


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