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Mais… elle n’a que quatre orteils!

15 octobre 2013


En 2008, lors d’une visite sur le terrain dans le cadre de fouilles archéologiques, une belle surprise attendait sous une pierre : une salamandre à quatre orteils. La découverte subséquente de sites de reproduction pour cette espèce à statut précaire a suscité l’intérêt d’instaurer un suivi à long terme pour assurer sa conservation et l’intégrité écologique de son milieu.

Un peu de biologie

Cette salamandre au dos brun-rouge se reconnait facilement à son ventre blanc parsemé de petits points noirs et à la présence d’un rétrécissement à la base de sa queue. Elle ne mesure qu’à peine dix centimètres de longueur. Difficile, donc, de l’apercevoir par hasard! Elle fait partie de la famille des Pléthodontidés qui ont comme particularité de ne pas avoir de poumons. Elles « respirent » par la peau et par les tissus situés à l'intérieur de leur bouche. Contrairement aux autres membres de sa famille qui ont tous cinq orteils, cette petite salamandre n’en a que quatre.

Comme la majorité des amphibiens, la salamandre à quatre orteils (Hemidactylium scutatum) dépend d’un milieu humide pour sa reproduction puisque son stade larvaire est aquatique. Pour établir son nid, la femelle est très sélective. Elle a besoin de parois verticales recouvertes de sphaigne, de mousse ou de plantes assez denses pour conserver un bon niveau d’humidité et soutenir sa grappe d’œufs. Ces parois doivent aussi se situer au-dessus d’une eau stagnante pour que les larves n’aient qu’à s’y laisser tomber au moment de l’éclosion. Elles  passeront ensuite une partie de l’été dans le marécage avant de gagner le milieu terrestre où elles resteront pour la majorité de leur vie adulte.

Une espèce peu commune…

Au Québec, la salamandre à quatre orteils  fait partie de la liste des espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables. Quoique de nouvelles populations aient été répertoriées ces dernières années, elles sont souvent isolées et de petites dimensions. Cette faible présence s’explique en partie par le fait que le Québec se situe à la limite nord de leur distribution géographique. De plus, leurs besoins particuliers pour la reproduction les rendent sensibles aux perturbations humaines.

Un suivi s’impose!

Suite à la découverte d’une salamandre adulte en 2008, près du projet d’aménagement d’une piste cyclable, l’équipe de la conservation du parc s’est mise à la recherche de sites de reproduction afin d’assurer leur protection. L’espèce étant réputée pour ne pas se déplacer sur de longues distances, un site de ponte devait se trouver à proximité! Le secteur a donc été quadrillé et, à partir du printemps suivant, une recherche de nids fut menée dans tous les marécages propices à la ponte. Les premiers nids ont été découverts en 2010 dans deux milieux humides différents alors que d’autres ont été trouvés sur un troisième site en 2011.

Comme les amphibiens sont reconnus pour être de bons bio-indicateurs et que l’espèce est rare au Québec, il devenait fort intéressant d’instaurer un suivi, d’autant qu’il existe peu d’études à long terme concernant la fluctuation des populations de la salamandre à quatre orteils. Un suivi a donc été mis en place comme un des indicateurs du maintien de l’intégrité écologique du parc national de Plaisance.

Deux sites de reproduction ont été sélectionnés : celui où la plus importante concentration de nids avait été trouvée et celui le plus exposé aux dérangements humains. Pour chacun des ces deux milieux, le suivi consiste à fouiller l’ensemble des microhabitats susceptibles de contenir des nids. On l’effectue deux années consécutives puisque qu’il arrive que les femelles sautent une année de ponte. En plus du nombre de nids trouvés, on fait une caractérisation précise de chacun d’eux ainsi que du milieu environnant. Un grand nombre de données sont ainsi consignées afin de mieux étudier l’évolution de la population. Puis une pause de trois années est observée afin de limiter le dérangement et d’éviter que le milieu se dégrade.

Suivi amorcé!

Les deux premières années de ce suivi ont eu lieu en 2012 et 2013. Pour évaluer l’état de la population, un système indiciel a été établi. L’indice tient compte, bien sûr, du nombre de nids, mais également du nombre d’œufs par nid et de leur état. L’indice final est la somme du pointage pour 2012 et 2013. Un nid en mauvais état ne contribue pas autant au maintien de la population qu’un nid en bon état et se voit conséquemment attribuer un facteur multiplicatif de 0,5. D’autre part, chez cette espèce, il arrive que plusieurs femelles utilisent un nid existant pour pondre leurs œufs. Ainsi, après avoir consulté la littérature sur le sujet, nous considérons les nids contenant plus de 40 œufs comme étant deux nids (facteur multiplicatif de 2).

Tableau 1.    Nombre total de nids pour chacun des milieux en 2012 et 2013 ainsi que le pointage selon l’état des nids et le nombre d’œufs qu’ils contiennent. Indice final : 83.5
 

Les prochains suivis seront effectués en 2017 et 2018. Plusieurs années seront nécessaires pour mieux comprendre les fluctuations des populations de la salamandre à quatre orteils au parc. L’équipe du parc national de Plaisance veillera d’ici là à ce qu’aucun projet ne vienne altérer les milieux de reproduction de cette espèce fragile.


Maude Côté-Bédard est garde-parc technicienne du milieu naturel au parc national de Plaisance cotebedard.maude@sepaq.com

Jean-François Houle est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de Plaisance houle.jeanfrancois@sepaq.com

Photos : Jean-Marc Vallières; Maude Côté-Bédard; Todd Pierson.


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