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Blogue de conservation

Devoir de mémoire

9 janvier 2018


Avant d'être protégée par son statut de parc, la baie Éternité constituait un lieu de villégiature. En 1983, la création du parc national par le gouvernement du Québec selle la protection pour les générations futures des incroyables écosystèmes bordant le fjord. Il restait toutefois à conserver la mémoire de son histoire humaine. L'hiver dernier, une garde-parc est allée à la rencontre des « doyens » du canton Hébert, comme il était appelé autrefois, pour recueillir ces morceaux de mémoires si précieux.

Un besoin réciproque

Un village, et un parc qui a grandi dans sa périphérie voilà quelques décennies. Le décor est posé. On vit côte à côte, on travaille ensemble, mais il manque quelque chose… Une passation, un relais, pas imposé, mais choisi, non pas entre administrations, mais un pont entre les Hommes. Pour que l'Histoire, qui s'écrit de petites histoires, coule à nouveau fluide et sans blanc de mémoire.

Pour les Éternitois, il y avait ce besoin de reconnaissance, de savoir que leurs histoires individuelles et collectives continuaient d'enrichir et de porter le présent. Pour le parc, il était urgent d'honorer le passé et de sauver ces fragments de mémoires pour les générations futures. Alors, ce pont entre les Hommes et les époques, c’est la garde-parc Jacinthe Croteau qui l'a doucement et merveilleusement tricoté l'hiver dernier.

Un travail de patience

Pour rendre possible ce grand chantier, la garde-parc a su bâtir une fondation humaine faite de patience, de confiance et d'humour. Une fondation nécessaire pour permettre aux générations de s'apprivoiser, de s'ouvrir et de recevoir ces confidences sans prix. C'est ainsi qu'au fil des mots et à force de patience et de sourires, les bras se sont doucement décroisés, les visages se sont ouvert et, avec eux, les souvenirs se sont doucement échappés des bouches souvent émues des vieux Éternitois. Un à un, ils ouvrirent leur porte et leurs souvenirs à la jeune garde-parc. Moments privilégiés. Les mots d'autrefois retrouvèrent la vie, les noms des lieux d'alors revécurent pendant que « le bœuf », « les bômes », « les roules », « la côte à Pierre », et le chaudron de « Marie Chaput » retrouvaient chacun leur tour leur place dans la grande histoire de ces montagnes. L'enregistreur tournait en continu, avalant des heures et des heures de mémoires, tandis que la curiosité de l'une ravivait les souvenirs colorés des autres, derniers témoins d'un passé pas si lointain.

Un travail que le parc avait à cœur de réaliser depuis un certain temps, car ils sont de moins en moins nombreux ceux qui connurent la colonisation du hameau, et le temps des chevaux. Ceux qui se rappellent encore ce temps où la route n'existait pas et où il fallait marcher à travers bois pour rejoindre L'Anse-Saint-Jean.

Rivière éternité, une vieille histoire qui date « d'hier »

Bien que les récits semblent parler d'une époque très lointaine - une époque sans électricité, une époque de chevaux et de drave - l'histoire de Rivière-Éternité est en fait relativement récente. Cette histoire débuta en 1932, quand 35 familles quittèrent L'Anse-Saint-Jean à la recherche de meilleures conditions de vie et vinrent s'installer au sud de la baie Éternité, environ 7 kilomètres en amont de la baie du même nom. Là, isolées, la vie s'organise alors autour de la « mer » et de la forêt.

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Figure 1. Pêche à la fascine dans la baie Éternité, Roger Gagnon

Dans un territoire aussi montagneux, les ressources forestières disponibles et accessibles s’épuisèrent toutefois rapidement, et les gens durent alors se tourner vers d’autres secteurs d’activité pour tirer leur épingle du jeu. C'est ainsi qu'en 1972, les citoyens du village fondèrent la Société de développement touristique de Rivière-Éternité, qui perdra toutefois petit à petit son usage après 1983, année de création du parc.

Aujourd'hui, en se retournant vers ces mémoires du hameau et en tissant ces ponts humains, culturels et historiques, le parc s'assure non seulement de préserver la mémoire d'une époque importante, mais aussi de redonner aux premières familles Éternitoises, celles-là mêmes qui comprirent les premières la richesse de ces montagnes, une place centrale dans ce petit bout de la grande Histoire.

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Figure 2. Vue aérienne actuelle de la baie Éternité, Mathieu Dupuis


Yana Desautels est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Fjord-du-Saguenay. desautels.yana@sepaq.com

Corentin Chaillon est garde-parc technicien en milieu naturel au parc national du Fjord-du-Saguenay. 

Photo de couverture: Roger Gagnon


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