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Pour que chantent les huards…

3 septembre 2013


Un suivi de la reproduction du plongeon huard est effectué sur dix lacs du parc national du Mont-Tremblant depuis dix ans. Les résultats de la première décennie de ce suivi sont très encourageants!

Notion de reproduction

Le parc national du Mont-Tremblant (PNMT) se caractérise entre autres par son vaste réseau hydrographique. Par conséquent, il accueille tous les ans un très grand nombre de couples nicheurs de plongeons huards.

Les huards y arrivent dès la mi-avril, au dégel des lacs. Les couples déjà formés regagnent ou instaurent leur territoire qu’ils défendront activement. Ils commencent par s’accoupler, puis procèdent à la construction ou la restauration du nid. La femelle y déposera 1, 2 ou (exceptionnellement) 3 œufs, qui seront couvés pendant environ 30 jours. La reproduction annuelle d’un couple dépend souvent d’un seul œuf!

Le nid, constitué d’une simple dépression dont le fond est garni de boue, de plantes aquatiques, de feuilles ou de mousse, est toujours situé très près de l’eau. L’adulte qui couve peut s’y glisser ou fuir rapidement en cas de danger. Cette caractéristique accroît sa vulnérabilité de façon considérable. Les variations du niveau de l’eau peuvent faire en sorte que le nid est submergé ou se retrouve loin de l’eau, ce qui mènera à son abandon.

Au parc, les nids se trouvent parfois sur d’anciennes huttes de rat musqué ou de castor, mais surtout sur les berges, et tout particulièrement celles des îles; les œufs y sont mieux protégés des prédateurs tels que le raton laveur et le renard. La période de nidification s’échelonne de la mi-mai à la mi-juillet. Les suivis ont permis de confirmer qu’un couple peut tenter et réussir une seconde couvée à la suite d’un échec.

La majorité des naissances surviennent autour du 24 juin. Le poussin quitte le nid en moins de 48 heures afin de suivre ses parents sur l’eau. Ses prédateurs étant principalement le grand brochet et la tortue serpentine, le huardeau passe plus de 50 % de son temps caché sur le dos de ses parents.

Le suivi du succès de reproduction

Depuis dix ans, une dizaine de lacs sont visités au moins trois fois au cours de l’été (tableau 1).  Ces lacs ont été choisis en fonction de leur fréquentation par les visiteurs, leur accessibilité et la disponibilité des données avant 2009. L’objectif du suivi est de mesurer l’évolution dans le temps du succès de reproduction sur les lacs à forte fréquentation. En juin, les couples territoriaux qui semblent nicher sont repérés. Vers la mi-juillet, le nombre de poussins par couple est observé. Le nombre de juvéniles qui survivent au-delà de la période critique de six semaines est évalué vers la fin août. Il est à noter que cette date correspond également à la fin de la haute saison touristique.

 Lacs
Superficie 
(ha)
Nombre 
moyen de 
couples
Indice de 
fréquentation
 humaine

Albert

285

1

Faible

Assomption

91

2

Élevée

Escalier

246

2

Moyenne

Hélène

21

1

Faible

Herman

41

1

Faible

Impérial

31

1

Nulle

Lajoie

58

1

Élevée

Grand Monroe

155

1

Élevée

Rossi

189

3

Moyenne

Savane

334

4

Moyenne

Moyenne

 130

1,7

 

Tendances observées dans le cadre du suivi

De 2003 à 2012, le nombre de couples aurait augmenté de 21 %, passant de 14 à 17 (figure 1). Ce constat est plutôt étonnant compte tenu du caractère stable des territoires de plongeon huards. La moyenne pour la décennie est de 16 couples nicheurs par année. Les années 2007 et 2008 ont été plus difficiles avec un creux à 15 couples. Le maximum a été atteint en 2011 avec 19 couples.  


Le nombre moyen de poussins par couple est de 0,9. Bien qu’en apparence stable, une régression linéaire témoigne d’une tendance à la hausse (figure 2). Cet indicateur n’est pas uniquement représentatif du taux d’éclosion, mais reflète également le taux de survie des huardeaux dans les premiers jours. Les années 2004, 2006, 2007 et 2008 ont été celles au cours desquelles on a enregistré les nombres de poussins par couple les plus bas. Les lacs Rossi et Savane, deux lacs à brochets, présentent une moyenne en deçà de la moyenne générale pour le nombre de poussins par couple. Le taux de survie jusqu’au stade « juvénile » y est cependant bon. Les lacs ayant eu la moyenne de poussins par couple la plus élevée sont les lacs Herman, Impérial et Lajoie, trois lacs où le grand brochet est absent.

Le nombre de huardeaux ayant franchi annuellement le stade juvénile a été de dix en moyenne. Encore ici, les années 2007 et 2008 ont été particulièrement difficiles avec seulement quatre et six huardeaux respectivement. Pour la décennie, il y a par contre une augmentation de 42 % avec un maximum de 17 huardeaux en 2012 (figure 3). Fait intéressant, cinq des six lacs avec une fréquentation humaine importante (Assomption, Escalier, Lajoie, Rossi, Savane) présentent un nombre total de juvéniles en dix ans au-dessus de la moyenne (Figure 4). Phénomène encourageant, le lac Monroe, qui a la plus forte fréquentation, enregistre pour la décennie un nombre moyen de juvéniles par couple au-dessus de la moyenne. En général, on dénote une tendance à la croissance pour le nombre annuel total de juvéniles par lac, exception faite du lac L’Assomption (Figure 4).

Le taux de survie moyen des huardeaux jusqu’au stade « juvénile » pendant la décennie est de 77 %. De 2003 à 2012, il est passé de 71 % à 87 %. Ce taux est calculé en fonction de l’écart entre le nombre de poussins et le nombre de juvéniles. Étant donné que le nombre de poussins est calculé dans les jours qui suivent l’éclosion, nous ne percevons pas les mortalités des tout premiers jours. Pour parvenir à une estimation plus précise, il faudrait connaitre le nombre d’œufs éclos par couple.

Mesures de protection

Dans le but de protéger les aires de nidification, l’accès aux îles du parc est interdit depuis 2003 sous peine d’amende. Sur les lacs très utilisés par les canoteurs et baigneurs, des panneaux de réglementation flottants ceinturent les îles à quinze mètres de la berge (lacs L’Assomption, Lajoie, Escalier, Monroe et Rossi).

La sensibilisation du public prend différentes formes : activités de découverte, articles dans le journal, patrouilles d’information et de surveillance. Des panneaux d’interprétation sont également présents aux sites de location de canots. En 2013, des panneaux ont été ajoutés sur les berges des lacs Savane, Rossi, Monroe, Escalier, L’Assomption et des Sables. Ils expliquent notamment les bonnes pratiques d’observation du plongeon huard.

Conclusion

Les plongeons huards sont sensibles au dérangement humain. Le stress causé par les embarcations nautiques qui s’approchent des familles de huards nuit à l’alimentation, augmente la dépense énergétique et affecte la survie générale des jeunes. Par contre, nos résultats semblent indiquer une certaine accoutumance à la présence humaine, ainsi qu’une possible cohabitation.

Le parc représente un territoire important pour le plongeon huard. Même si sa population n’est pas menacée, son succès de reproduction demeure fragile. C’est pourquoi il est important de suivre l’état des populations de ce magnifique oiseau aquatique sur les lacs fréquentés par la clientèle.

Pour en savoir plus, participez à notre activité de tourisme d’apprentissage sur le suivi de la reproduction du plongeon huard en kayak de mer.


Hugues Tennier est responsable du service de la conservation et de l’éducation. tennier.hugues@sepaq.com

Sophie Dion et Éric Normandeau sont gardes-parc naturalistes.


Photos : Jean Jolicoeur ; Jacques Tremblay ; Sophie Dion.


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