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Blogue de conservation

Plus grand, plus riche, plus diversifié!

9 October 2012


Depuis 2006, le parc national du Mont-Orford est en processus d’agrandissement. L’objectif du gouvernement est clair : doubler la superficie de son territoire pour atteindre près de 108 km2. Non seulement la chose est exceptionnelle étant donnée la rareté des terres publiques au sud du Québec, mais aussi très intéressante d’un point de vue écologique, car certaines terres acquises sont d’une qualité remarquable.

De plus en plus grand

Créé en 1938, le parc national du Mont-Orford possède une histoire riche en rebondissements. Sa genèse, issue d’une volonté collective régionale, le distingue du processus habituel de création de parcs. En effet, les premières terres furent acquises grâce à la contribution financière de 27 municipalités.

Au cours de son histoire, quatre phases d’agrandissement se sont succédé. Dès sa création, le parc avait une superficie de 40 km2. En 1975, un agrandissement majeur le fit passer à 57 km2. Des terres à l’est et au nord du parc furent alors acquises afin d’assurer une meilleure protection de la richesse faunique et permettre l’accroissement de l’offre récréative. En 1979, le parc est passé à 58,37 km2 avec l’acquisition des terres au pied du mont Chauve et dans le secteur du Lac-Fraser. En 2008, le gouvernement du Québec a entamé une quatrième phase d’agrandissement par l’acquisition de près de 36 km2 de terrain au nord du parc. À la fin du processus d’acquisition, le parc protégera un territoire d’une superficie d’environ 108 km2 et ajoutera une nouvelle région naturelle à sa mission de conservation : les chaînons de l’Estrie, de la Beauce et de Bellechasse.

Le Philosophat Saint-Charles

En 2010, le territoire voué à l’agrandissement du parc national du Mont-Orford s’est enrichi de 54,5 hectares additionnels. En effet, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) a fait l’acquisition d’une propriété appartenant au Philosophat Saint-Charles. Celle-ci, située en bordure du lac Montjoie, inclut les berges de deux superbes baies et plusieurs bâtiments dont une grange, une cabane à sucre et une chapelle datant de 1919. Cette propriété ayant appartenu au clergé depuis 1888 servait de lieu de retraite fermée pour les groupes de séminaristes du Séminaire Saint-Charles. Le couvert forestier du terrain est principalement composé d’érables à sucre et de pins blancs.

Gardes-parcs à l’affût!

C’est en 2009 que le MDDEP a confié à la Sépaq un mandat de surveillance des terres vouées à l’agrandissement du parc national du Mont-Orford. Outre les patrouilles visant à faire respecter la réglementation applicable en terre publique, les gardes-parcs se sont employés à documenter les usages du territoire, à consolider les infrastructures en place (chemins forestiers, sentiers, stationnement, etc.) et à approfondir les connaissances sur le milieu naturel. Leur travail nous permet d’évaluer les potentiels de mise en valeur ainsi que d’apprécier la grande richesse écologique de ce nouveau territoire.

Riche et diversifié

Le territoire du futur agrandissement se compose de milieux de toute sorte. On y retrouve des forêts, des lacs, des montagnes, des falaises et une multitude de ruisseaux de montagnes. Parmi les habitats dignes de mention, une pinède rouge à hamamélis de Virginie a été répertoriée. Elle figure au rang des écosystèmes forestiers exceptionnels. Tout comme dans le territoire actuel, on retrouve aussi des affleurements de serpentine (type de roche assez rare dans les Appalaches et en Amérique du Nord) favorable à l’implantation d’une végétation particulière qui y est associée notamment l’adiante des montagnes vertes (Adiantum viridimontanum).

Témoignant d’un riche potentiel écologique, plusieurs espèces à statut précaire sont bien établies sur les terres prochainement intégrées aux limites du parc actuel. Voici quelques-unes des observations particulières.

Tableau 1: Liste des espèces floristiques à statut précaire observée sur le territoire voué à l'agrandissement du parc national du Mont-Orford.

Nom commun Nom latin Statut
Adiante du Canada Adiantum pedatum Vulnérable
Adiante des montagnes vertes Adiantum viridimontnum Susceptible
Ail des bois Allium tricoccum Vulnérable
Ginseng à cinq folioles Panax quiquefolius Menacé
Asaret du Canada Asarum canadense Vulnérable
Uvulaire grande-fleur Uvularia grandiflora Vulnérable
Verge d’or de la serpentine Solidago simplex subsp. Randii var. monticola Susceptible
Pelléade glabre Pellaea glabella Susceptible

Tableau 2: Liste des espèces fauniques à statut précaire observées sur le territoire voué à l'agrandissement du parc national du Mont-Orford.

Nom commun Nom latin Statut
Salamandre pourpre Gyrinophilus porphyriticus Vulnérable
Salamandre sombre du Nord Desmognathus fuscus Susceptible
Grenouille des marais Lithobates palustris Susceptible
Couleuvre à collier Diadophis punctatus Susceptible
Faucon pèlerin Falco peregrinus anatum Vulnérable

Connaître pour mieux protéger

Les gardes-parcs qui sillonnent le territoire sont souvent témoins de phénomènes naturels intéressants. Ils en profitent donc pour commencer à instaurer certains suivis et inventaires dans l’objectif de caractériser l’agrandissement. Ainsi, à la suite de l’observation de deux faucons pèlerins (Falco peregrinus anatum) survolant le mont Cathédrale, un protocole de suivi hebdomadaire a été implanté. Celui-ci a permis de confirmer la nidification du couple et d’assister à l’envol d’un fauconneau.

Un inventaire des salamandres de ruisseaux a aussi permis de découvrir la présence d’une autre espèce vulnérable au Québec. Il s’agit de la salamandre pourpre. Cet amphibien, d’une flamboyante couleur saumon, habite les ruisseaux montagneux à fond rocheux. Absente du reste du Canada, cette salamandre ne s’observe au Québec que dans les Appalaches et sur certaines collines montérégiennes. Une présence rare et précieuse!

Un parc agrandi pour le privilège de tous!

L’agrandissement du parc national du Mont-Orford est salutaire surtout au sud du Québec où les terres privées dominent. Dans un contexte où le développement domiciliaire prend de plus en plus d’ampleur, il contribuera à protéger une plus grande portion du territoire estrien tout en permettant la connectivité avec les terres environnantes.


Claudia Lascelles, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Mont-Orford, lascelles.claudia@sepaq.com.

Photos : Alain Thibault, Jean-Philippe Genest et Denis Houle.


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