Les fous de Bassan de l’île Bonaventure : une situation inquiétante - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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Les fous de Bassan de l’île Bonaventure : une situation inquiétante

30 octobre 2012


La saison 2012 aura été une année difficile pour les fous de Bassan du parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. En effet, si une diminution du succès reproducteur des fous de Bassan avait déjà été observée depuis quelques années, il a atteint cet été un triste record avec seulement 8 % des œufs pondus qui ont produit un poussin prêt à l’envol (contre 75 % en temps normal).

Succès reproducteur catastrophique

Chaque année, vers le mois d’avril, les fous de Bassan reviennent à l’île Bonaventure pour s’y reproduire, retrouvant  leur partenaire et le nid qu’ils occupaient l’année précédente. L’unique œuf pondu début mai est couvé tour à tour par le mâle et la femelle jusqu’à l’éclosion 43 jours plus tard. Les partenaires se relaient par la suite pour nourrir le poussin pendant les 90 jours de sa croissance, de façon à ce qu’il y ait toujours un des deux parents au nid pour protéger le poussin contre les intempéries, la prédation ou les agressions des autres individus.

Étonnamment cet été, de nombreux poussins ont été observés seuls au nid durant plusieurs heures. Une situation inusitée, qui a malheureusement entrainé la mortalité de nombreux poussins, morts principalement de faim ou victimes de prédation par les renards. Les résultats de succès reproducteur obtenus en septembre sont venus confirmer l’ampleur du phénomène observé durant l’été puisqu’en effet seulement 8 % des œufs pondus ont produit un poussin prêt à l’envol, comparativement à 75 % en temps normal.

Où sont les poissons?

Selon les chercheurs, la disponibilité des ressources alimentaires serait vraisemblablement en cause. En effet, durant l’été, de nombreux individus ont été observés s’alimentant beaucoup plus loin de la colonie qu’à l’accoutumée. Ces observations ont également été confirmées par les données obtenues grâce aux GPS posés sur certains individus de la colonie et qui révèlent des voyages de plus de 600 km pour s’alimenter (soit jusqu’en Basse Côte-Nord; Figure 1).

Figure 1 : Trajet réalisé entre le 30 juillet et le 8 août 2012 par un fou de Bassan nichant sur l’île Bonaventure (Gracieuseté David Pelletier).

Des changements dans le golfe du Saint-Laurent?

Une hypothèse avancée pour expliquer ce changement dans les ressources alimentaires du fou de Bassan repose sur la température de l’eau de surface du golfe du Saint-Laurent, qui a été plus élevée cet été de 2 degrés, selon des chercheurs de Pêches et Océans Canada. Cette variation importante dans l’habitat marin a pu influencer la répartition des ressources halieutiques, rendant les proies des fous de Bassan, telles que le maquereau, moins accessibles. Ces proies ce seraient ainsi adaptées au changement de température soit en migrant vers d’autres régions, soit en s’enfonçant plus en profondeur dans la colonne d’eau, les rendant alors inaccessibles aux fous de Bassan qui ne peuvent poursuivre ces proies au-delà de 20 mètres.

Une diminution du succès reproducteur a également été observée à la colonie de fous de Bassan de Cape St. Mary’s, à Terre-Neuve. Ceci laisse donc présager des changements importants dans les chaînes trophiques non seulement dans la région de Percé, mais dans le golfe du Saint-Laurent dans son ensemble, ce qui est d’autant plus inquiétant pour la population de fous de Bassan.

Déclin de la colonie

Ce problème survient dans un contexte plus général de déclin de la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure. Ce déclin observé depuis 2 ans fait suite à 35 ans de croissance ininterrompue.  Le nombre de couples nicheurs a ainsi baissé de 20 % entre 2009 et 2011, ce qui représente une perte de 12 000 couples nicheurs en 2 ans. Bien qu’il soit pour l’instant inexpliqué, plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce déclin. Parmi celles-ci on retrouve évidemment le déversement pétrolier qui s’est produit en 2010 dans le golfe du Mexique, l’aire d’hivernage de 25 % des fous de la colonie. Parmi les autres causes possibles, mentionnons également une possible diminution de la quantité et qualité de la nourriture, de mauvaises conditions climatiques durant la période d’incubation, la maladie, le dérangement ou la prédation.

Des chercheurs en action

Depuis 2010, suite à l’explosion de la plate-forme pétrolière dans le golfe du Mexique, plusieurs équipes de chercheurs viennent chaque été dans la colonie afin de récolter des données sur les fous de Bassan. On mesure, par exemple, le taux de contaminants dans le sang et les œufs, ainsi que le succès reproducteur. On suit également à l’aide de consignateurs de données les déplacements des oiseaux vers les aires d’hivernage et d’alimentation. Cette surveillance accrue permettra, nous l’espérons, de  faire la lumière sur ce qui menace la population de fous de Bassan, afin de nous aider à mieux les protéger.

Le programme Adoptez un animal du Fonds Parcs Québec permet de contribuer personnellement à la protection et à la conservation des fous de Bassan.


Mélanie Sabourin, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, sabourin.melanie@sepaq.com.

Photos : Laetitia Desbordes et Corentin Chaillon.


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