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Les strigidés : des oiseaux nocturnes et pas frileux!

10 avril 2012


Rapaces nocturnes, les strigidés (chouettes, hiboux, etc.) sont des nicheurs très hâtifs. Le hululement de certaines espèces se fait entendre dès le mois de décembre, lorsqu’elles s’approprient leur territoire. Ces chants propres à la nuit pourront être perçus jusqu’à la fin du printemps. Le froid et la noirceur, deux particularités qui rendent unique l’observation de ces oiseaux, compliquent la tâche de ceux qui tentent de les recenser. Pour effectuer un bon suivi dans un territoire aussi vaste que celui du parc national des Grands-Jardins, il est important de bien sélectionner les espèces et les habitats à inventorier. Des défis stimulants, car une liste d’oiseaux est incomplète sans les hiboux et les chouettes!

L’une des pièces d’un grand casse-tête

Mieux connaître ce qui nous entoure aide à bien protéger les milieux fragiles ou exceptionnels. Dans les parcs nationaux du Québec, cette vision est souvent à l’origine des projets d’acquisition de connaissances. Le projet de mise à jour de la liste d’oiseaux du parc national des Grands-Jardins a débuté en 2007. Le service de la conservation se donnait alors cinq ans pour le réaliser. Pour ce faire, plusieurs types d’inventaires ont été réalisés, dont celui des rapaces nocturnes. L’équipe sur le terrain était chargée de bonifier le peu de connaissances sur ces espèces peu communes et difficiles à observer en raison de leurs activités nocturnes et hivernales.

Une base de données des observations fauniques : un outil important

Depuis 2000, toutes les observations fauniques déclarées par les visiteurs et le personnel du parc sont compilées dans une grande base de données. Travail colossal, vous dites, mais ces données sont d’une grande importance et sont utilisées en maintes occasions, comme lors de la réalisation du présent inventaire. Depuis la création de cette base de données, nous avons enregistré treize mentions de strigidés. Ces dernières font ressortir la présence de trois espèces dans le parc avec, évidemment, une présence majoritaire du grand-duc d’Amérique, hibou le plus présent au Québec. Le hibou des marais et la petite nyctale sont les deux autres espèces répertoriées. Comme la base de données indique aussi le lieu d’observation, elle nous a permis de faire ressortir deux secteurs à prioriser, soit les lacs Étang Malbaie et Arthabaska. Toutes ces précieuses informations ont été le point de départ d’un inventaire qui a duré trois ans.

Comment, où, quoi et quand?

Le but premier de l’inventaire était de déterminer la diversité des strigidés dans le parc. Le type d’inventaire qui a été choisi est un échantillonnage dit "stratifié". Dans ce genre d’inventaire, l’équipe terrain choisit le nombre et la localisation des placettes en fonction des écosystèmes présents et des contraintes du site. Au cours des deux premières années, l’inventaire effectué dans les Grands-Jardins s’est appuyé sur le protocole « Inventaire des rapaces nocturnes dans les réserves écologiques du Québec » (Balej, R. 2006). La méthode appelée « repasse de chants » ou « playback » a été utilisée. Elle consiste à diffuser des cris d’oiseaux préenregistrés et à attendre, dans le silence le plus complet, une manifestation, une approche ou un hululement de la part de l’espèce ciblée. Cette méthode a été utilisée dans plusieurs stations réparties sur tout le territoire qui couvrait, entre autres, les deux secteurs identifiés ci-haut comme étant prioritaires. Au cours de la troisième année de l’inventaire, nous avons opté pour des stations d’écoute sans repasse de chants. Le fait de ne diffuser aucun chant nous a permis non seulement d’économiser beaucoup de temps, mais aussi d’augmenter la superficie du territoire inventorié ainsi que le nombre de stations d’écoute.

On veut les entendre mais pas à tout prix

Si la repasse de chants est une option intéressante, elle n’est pas sans conséquences pour les rapaces nocturnes. En effet, elle est une source de dérangement pour les espèces recherchées et peut augmenter la prédation à une période critique de leur existence. Il fallait faire preuve de vigilance dans l’approche à adopter pour les inventaires. Ainsi, le choix d’utiliser le protocole créé pour les réserves écologiques, qui détiennent le niveau de protection le plus élevé au Québec, répondait bien à nos objectifs de protection. Ce protocole respecte une règle importante concernant la repasse de chants qui tend à minimiser le dérangement : celle-ci doit être arrêtée à deux moments, soit une fois l’espèce confirmée sur le territoire, soit lorsque l’espèce est en période de nidification. De plus, tel qu’indiqué précédemment, nous avons choisi au cours de la dernière année d’abandonner les repasses de chants et de les remplacer par des stations d’écoute seules afin de diminuer le dérangement au maximum.

Avec beaucoup de patience, on y arrive!

Entrepris à l’hiver 2010, les inventaires ont pris fin en mars 2012. Après trois ans d’inventaire, 23 points d’écoute et 25 stations d’écoute avec repasse de chants, plusieurs kilomètres de raquette et de motoneige (et bon nombre d’orteils gelés!), la présence de deux espèces de strigidés est confirmée. La première est une espèce encore jamais répertoriée dans le parc national des Grands-Jardins, soit la nyctale de Tengmalm. La deuxième, l’espèce attendue et espérée, est le grand-duc d’Amérique!

La collaboration, une autre mission

Les strigidés sont des espèces peu documentées puisque leurs périodes de reproduction hivernale et d’activité crépusculaire sont peu couvertes par les inventaires au Québec. Les données recueillies sur les comportements nicheurs de ces espèces sont donc très importantes. En ce moment, l’Atlas des oiseaux nicheurs en est à sa troisième année de réalisation et les données recueillies seront transmises aux responsables. La diffusion de l’information acquise sur le terrain est très importante et le parc national des Grands-Jardins collabore d’ailleurs à plusieurs autres projets d’acquisition de connaissances sur la faune aviaire : la base de données de l’Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ), le suivi des espèces d’oiseaux en péril (SOS-POP) et le suivi des oiseaux nichant en altitude (SONA).

N’essayez pas ça à la maison, à moins d’être des professionnels!

Les hiboux et les chouettes sont très territoriaux et la repasse de chants n’est pas sans danger. Un oiseau qui répond à l’appel pourrait être la cible d’un prédateur ou un grand-duc pourrait s’attaquer au faux conquérant (en l’occurrence, celui ou celle qui tient le haut-parleur) qui le titille sur son territoire! Une témérité d’ailleurs rapportée occasionnellement par les médias dans différentes régions du Québec au cours de l’hiver. Une méthodologie bien appliquée et quelques précautions techniques sont à prendre afin d’éviter les ennuis.

Un travail sans fin…

Un inventaire ou la mise à jour d’une liste d’oiseaux ne se terminent jamais. Ceci est d’autant plus vrai que la base de données du parc indique qu’il reste encore deux espèces de strigidés potentiels qui n’ont pas été confirmées, soit le hibou des marais et la petite nyctale. Cette tâche risque d’être difficile à réaliser, puisque l’inventaire doit être réalisé en avril et, qu’à cette période, les déplacements sont difficiles dans les hauteurs du parc national des Grands-Jardins. Toutefois, avec du temps et de la persévérance, on arrive à faire bien des découvertes !

Merci aux accompagnateurs de terrain qui ont accepté de venir se geler les orteils au nom de la science :
Yannick Tremblay et Philippe Lavoie!

Référence

BALEJ, R. 2006. Inventaire des rapaces nocturnes dans les réserves écologiques du Québec. Hiver 2006-2007, Service des aires protégées, Direction du patrimoine écologiques et des parcs, ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 15 p.


Adine Séguin, garde-parc technicienne en milieu naturel au parc national des Grands-Jardins.

Sandra Garneau, responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national des Grands-Jardins, garneau.sandra@sepaq.com.

Photos : Parc national des Grands-Jardins et Wikipédia.


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