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La mye commune : un mollusque qui en dit long!

22 avril 2014


La contamination du milieu aquatique représente un enjeu important pour la santé des écosystèmes du parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. Pour étudier cette problématique, on utilise des indicateurs permettant de mesurer des changements qui se produisent directement dans les habitats d'espèces sensibles. La mye commune étant une espèce sentinelle vulnérable aux modifications de son environnement, elle peut être utilisée comme bio-indicateur de la qualité de l'écosystème qui la caractérise. Ce mollusque pourra nous en dire beaucoup sur les menaces qui pèsent sur son environnement!

D'où vient la pollution aquatique dans le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent?

Depuis le début de l'aire industrielle, les sources de contamination du milieu aquatique dans le fjord du Saguenay et dans le fleuve Saint-Laurent sont multiples. Par exemple, les industries situées en amont du fjord du Saguenay ont libéré des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans l’atmosphère dès les années 1940. Ces derniers se sont vite retrouvés dans les bassins versants du fjord du Saguenay. Plus tard, des systèmes de filtration ont été installés sur les cheminées des industries dans le but d’améliorer la qualité de l’air. En contrepartie, ces particules chimiques ont été évacuées dans l’eau des rivières, pour ensuite se retrouver dans le fjord du Saguenay. Ce n’est qu’à partir de 1972 que des normes environnementales plus strictes ont été établies. Bien que, à l’heure actuelle, les industries de la région (papeteries, alumineries, etc.) maximisent leurs efforts pour réduire la contamination de leurs effluents, d'autres contaminants sont inévitablement rejetés dans l'environnement. C'est le cas, notamment, des composés organochlorés et des métaux lourds. De plus, les rejets d'eaux usées ainsi que la pollution d'origine portuaire (bateaux commerciaux ou de plaisance), s'ajoutent à la donne. Il existe aussi d'autres émissions sous forme diffuse, par exemple les résidus de pesticides et de nutriments provenant de pratiques agricoles. Tous ces contaminants, retrouvés à concentrations variables dans le fjord du Saguenay et l'estuaire du Saint-Laurent, influencent l'état de santé des organismes aquatiques, qui sont sensibles à la qualité de l'eau de leur milieu.

Une espèce révélatrice

La mye commune (Mya arenaria) est un mollusque que nous trouvons à grande échelle dans le fjord du Saguenay et dans le fleuve Saint-Laurent. Son espérance de vie (15 ans) et son mode de vie sédentaire permettent d’étudier précisément la dynamique des populations sur un site donné. La mye est suspensivore, c'est-à-dire qu’elle se nourrit d’organismes microscopiques en suspension en filtrant l’eau dans la colonne d’eau. Elle peut filtrer jusqu’à 54 litres d’eau par jour! Vu cette impressionnante capacité de filtration, son potentiel d’accumulation de polluants est important. Les contaminants qui s’accumulent dans l’organisme de la mye commune peuvent engendrer des effets négatifs sur sa croissance, sur sa reproduction et sur sa santé. Ainsi, en étudiant l'état de santé des myes communes, il est possible de déceler de façon précoce une dégradation du milieu aquatique qui pourrait, éventuellement, affecter d’autres espèces.

Une cueillette fructueuse

En juin 2013, le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent, en collaboration avec l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), a effectué une campagne d’échantillonnage de myes communes. Cette période de l'année, qui correspond à la préponte des myes, est idéale pour la récolte, puisque les gonades (organes reproducteurs) ont atteint la maturité. Au total, sept secteurs ont été échantillonnés le long du fjord et de son embouchure. À marée basse, les scientifiques ont parcouru les berges des sites à la recherche de ces mollusques enfouis dans la boue. Les petits trous créés par leur siphon pour atteindre l'eau en surface permettent de bien les repérer. Ensuite, le travail consiste à creuser délicatement ces secteurs afin de déloger ces mollusques bien camouflés. Parfois, les myes pouvaient se trouver jusqu’à 90 cm de profondeur! Les échantillons ont ensuite été congelés et transportés au laboratoire où les analyses sont effectuées.

Figure 1 : Localisation des sites d’échantillonnage des myes le long du fjord du Saguenay et son embouchure.

Une excellente façon de mesurer globalement l’état de santé des myes communes est de mesurer le niveau de peroxydation des lipides (LPO) dans différents organes et tissus de la mye. La LPO correspond à la mesure d'un composé présent naturellement dans les tissus de la mye dont la concentration augmente à la suite d'un stress oxydant. En effet, des études démontrent qu'une augmentation de la LPO peut être corrélée avec la présence de butylétains, d’hydrocarbures et de coliformes fécaux dans la colonne d’eau et les sédiments. Ainsi, ce biomarqueur permet à la fois d’évaluer l’état de santé des populations de myes communes et d’estimer localement la qualité bactériologique et physicochimique de l’eau.

Des résultats préliminaires prometteurs

Les résultats de la campagne d'échantillonnage 2013 sont plausibles. Les sites les plus isolés de toute pollution aquatique obtiennent les résultats de LPO les plus faibles (anse Saint-Étienne et baie Sainte-Marguerite), tandis que ceux soumis à de la contamination obtiennent des niveaux plus élevés. Cela confirme que ce suivi représente une bonne façon d'estimer l'intensité des pressions anthropiques que subissent ces organismes et le milieu aquatique. Comme l'étude s'insère dans le cadre du Programme de suivi de la santé écologique du parc marin, il sera possible de répéter l'expérience tous les trois ans afin de déceler toute modification de l'état de santé des myes communes sur chacun de ces sites. Qui sait ce que ce mollusque aura à nous divulguer dans le futur?

Figure 2 : Péroxydation des lipides dans les homogénats de gonades de myes pour les 7 sites échantillonnés (valeur moyenne ± écart type, N=15). Les différentes lettres signent une différence statistiquement significative (ANOVA, suivie d’un test post hoc de Tukey).

Références

Brulotte, S. et Giguère, M. 2007. Reproduction et taille à maturité sexuelle de la mye commune (mya arenaria) au Québec. Rapport technique canadien des sciences halieutiques et aquatiques, MPO, 40 P.

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Gagné, F., Blaise C., Pellerin, J. Fournier, M. Durand, J et Talbot, A. 2008. Relationships between intertidal clam population and health status of the soft-shell clam Mya arenaria in the St. Lawrence Estuary and Saguenay Fjord (Québec, Canada). Environment international, Vol. 34, p. 30-43.

Gagné, F., C. Blaise, J. Pellerin et M. Fournier. 2009. Études de biomarqueurs chez la mye commune (Mya arenaria) du fjord du Saguenay : bilan de recherches (1997 à 2006). Journal of Water Science, vol. 22 (2), p. 253-269.

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Lacaze, E., Beaudry, A., Jobin-Piché, A., Fortier, M. , Gagné, F., Blaise, C., Brousseau, P., Fournier, M. (2014). Campagne de suivi environnemental du fjord du Saguenay : étude chez la mye commune Mya arenaria., INRS, 5; 1-7.

Pelletier, E. et Viglino, L. 2006. Butylétains dans les eaux du Fjord du Saguenay (Canada) : Menace pour l’écosystème d’un milieu semi- fermé ? Revue des Sciences de l’Eau 19 (1), p. 11-22.


Audrey Jobin Piché est technicienne en milieu naturel au parc marin du Saguenay-Saint-Laurent. jobinpiche.audrey@sepaq.com

Photos : Émilie Lacaze et Audrey Jobin Piché.


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