Le pékan prend ses aises - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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Blogue de conservation

Le pékan prend ses aises

4 octobre 2016


Une équipe de biologistes de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) s’intéresse à l’agrandissement de l’aire de répartition du pékan. Cette expansion pourrait se traduire par une compétition plus importante avec la martre d’Amérique et une modification de leur utilisation respective des habitats.

Entre grosse martre et petit carcajou

Le pékan (Pekania pennanti) est un carnivore forestier appartenant à la famille des mustélidés. Il est un proche cousin de la martre d’Amérique (Martes americana) avec qui il convoite les mêmes ressources. Par sa taille plus imposante et son pelage plus foncé que la martre d’Amérique, on le confond souvent avec son autre cousin : le carcajou (Gulo gulo). Contrairement à ce dernier, le pékan est largement présent dans les forêts québécoises et semble même être de plus en plus nordique depuis les 20 dernières années. Comme l’aire de répartition du pékan chevauche celle de la martre d’Amérique (figure 1), leur utilisation de l’habitat pourrait être affectée par la relation de compétition entre ces 2 espèces. En effet, le régime alimentaire de la martre ressemble de très près à celui du pékan. En raison de sa taille supérieure, le pékan pourrait dominer et exclure la martre des secteurs qu’il occupe. Toutefois, le pékan pourrait être plus limité que la martre par un couvert de neige important. Nos objectifs sont d’acquérir des connaissances de base sur l’utilisation des habitats par le pékan et de déterminer son interaction avec la martre d’Amérique dans un environnement modifié par l’aménagement forestier et le climat.

Figure 1. Aire de répartition du pékan (à gauche) et de la martre d’Amérique (à droite), Powell et al. 2003

Où sont-ils?

Les mustélidés sont des animaux très discrets et difficiles à observer en milieu naturel. L’utilisation de caméras à détecteurs de mouvements nous permet de détecter leur présence de façon très efficace. Un dispositif de 50 caméras a ainsi été déployé sur le territoire du Témiscamingue, et notamment aux abords du parc national d’Opémican. Le suivi a été réalisé à l’automne 2015 et sera renouvelé à l’automne 2016. Chaque station de détection est composée d’une caméra installée sur un arbre et orientée vers une carcasse d’orignal qui sert d’appât. Pour attirer la martre et le pékan, on utilise également un leurre olfactif détectable par ces espèces sur une longue distance, déposé dans le champ de vision de la caméra. Grâce à ce dispositif, nous pourrons évaluer les caractéristiques de la forêt où nous retrouvons d’une part le pékan, d’autre part la martre d’Amérique, mais également les 2 espèces au même endroit.

Figure 2. Photo de pékan prise sur un site appâté avec une carcasse et un leurre olfactif, Pauline Suffice

Figure 3. Photo de martre d’Amérique prise sur un site appâté avec une carcasse et un leurre olfactif, Pauline Suffice

Pékan en mouvement

Afin de suivre leurs déplacements et ainsi pouvoir déterminer leur utilisation des habitats à plus fine échelle, nous avons équipé des pékans avec des colliers GPS. À l’automne 2015, un dispositif de capture vivante a été déployé sur le même territoire que les caméras. Le protocole de capture et de manipulation a préalablement été approuvé par le comité d’éthique animale de l’UQAT et le Gouvernement du Québec. Les cages ont été appâtées avec du castor, abritées d’une structure en bois et camouflées avec des branches de résineux et de l’écorce de bouleau blanc. Nous avons visité les installations tous les jours pendant 6 semaines, à raison d’une centaine de cages suivies par jour. Chaque pékan capturé était anesthésié par inhalation d’isoflurane, telle qu’utilisée par les vétérinaires, une méthode qui permet un réveil de l’animal très rapide (de l’ordre de quelques minutes seulement). Nous avons ainsi pu équiper 11 pékans (8 femelles et 3 mâles) avec des colliers GPS qui enregistrent les données d’activité dans une mémoire interne. Ces colliers de petite taille permettent non seulement de documenter leurs localisations, mais également leur niveau d’activité journalière grâce à un système d’accéléromètre. Les données récoltées nous permettront de distinguer les périodes de repos et les périodes d’activité. Grâce à ces données, nous espérons en apprendre davantage sur le mode de vie de cette espèce encore méconnue au Québec.

Figure 4. Installation d’un dispositif de capture vivante de pékan, Pauline Suffice

Figure 5. Installation d’un collier GPS sur un pékan anesthésié sous isoflurane, Pauline Suffice

Figure 6. Carte de localisations GPS d’une femelle pékan suivie pendant 4 mois aux abords de la partie sud du parc national d’Opémican, Pauline Suffice

Référence

Powell, R.A., S.W. Buskirk, and W.J. Zielinski. 2003. Fisher and marten: Martes pennanti and Martes americana. Dans : Wild mammals of North America : 635–649.


Dany Gareau est directeur du parc national d’Opémican. gareau.dany@sepaq.com

Pauline Suffice est étudiante au doctorat à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Photos du carrousel: Pauline Suffice.


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