Plan de protection et de développement intégré du ravage de cerfs de La Macaza - Blogue de conservation - Parcs Québec - Sépaq

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Plan de protection et de développement intégré du ravage de cerfs de La Macaza

6 mai 2014


Le ravage du cerf de Virginie de La Macaza constitue le plus grand ravage de cerfs des Hautes-Laurentides. Par son étendue et le nombre de cerfs qu’il abrite en hiver, il compte parmi les plus importants dans l’aire de distribution du cerf au Québec. Situé en zone périphérique du parc national, il joue un rôle important dans l’équilibre écologique des processus naturels du parc puisqu’une bonne partie des cerfs de Virginie fréquentant le parc en été y passe l’hiver.

L’importance du ravage de La Macaza pour le parc national du Mont-Tremblant

Les pressions de développement anthropiques auxquelles le cerf est soumis commandent une approche de gestion participative intégrant les préoccupations de tous les acteurs concernés telles les autorités ministérielles, municipales, régionales et locales, ainsi que les propriétaires fonciers. Soucieuse de l’état de ce ravage, la Sépaq s’est alliée aux forces vives du milieu pour mandater le Centre d'enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy inc. (CERFO) afin de réaliser un diagnostic et d’émettre des recommandations.

Pendant la saison estivale, le cerf de Virginie figure parmi les mammifères les plus visibles du parc national. Hissé au rang d’animal vedette au côté de l’orignal, du castor, de l’ours et du loup, il est incontestablement la vedette la plus photographiée du territoire. Il tient ce prestige à son abondance sur le territoire et à son seuil élevé de tolérance à la présence humaine. Il est fréquent de le rencontrer le long des routes, dans les sentiers ou même dans les campings. Cette visibilité est cependant saisonnière – les rudes hivers sur le territoire poussent le cerf à migrer sur des sites au climat plus clément. Lors de la saison froide, il est quasi absent du parc. Aucun ravage n’y étant connu, exception faite d’infimes parties des ravages de La Macaza et du Mont-Tremblant, on comprend leur importance pour le maintien des populations estivales abondantes de cerf.

Le cerf de Virginie constitue, avec le castor et l’original, la principale source de nourriture du loup, le grand carnivore emblématique du parc national. La relation prédateur-proie entre ces grands mammifères est ainsi au cœur du maintien de l’équilibre écologique du territoire. La santé des meutes de loups dépend entre autres de la qualité des populations de cerfs.

La faune ignorant les limites administratives, l’équilibre écologique à l’intérieur des limites du parc est ainsi intimement liée à la qualité d’habitat des ravages de cerfs de Virginie situés à l’extérieur du parc.

En plus de cette importante valeur écologique des cerfs de Virginie, leur grande abondance contribue à la valeur touristique du parc national et de la région.

Objectifs du projet d’analyse et de recommandations pour la protection du ravage de La Macaza

Les répercussions du développement dans l’aire de confinement de Mont-Tremblant, le ravage adjacent à celui faisant l’objet de l’étude, nous enseignent que la conservation des attributs essentiels des habitats du cerf est complexe et que la concertation des décideurs régionaux est fondamentale. Ainsi, les objectifs de ce projet étaient de produire un document qui identifie les enjeux de conservation et de développement sur le territoire du ravage et qui propose des solutions qui intègrent à la fois la conservation de cet habitat essentiel qu’est le ravage de La Macaza tout en permettant un développement durable de ce secteur. Les propositions visent à la fois les parties publiques et privées du ravage. Ce document pourra servir d'intrant à la révision du schéma d'aménagement des MRC d’Antoine-Labelle et des Laurentides et poser des balises pour la révision des plans de zonage et d'affectation. Il sera également utile à la gestion des terres publiques intramunicipales et s’avérera un outil d'orientation et de solution aux enjeux pour les représentants fauniques aux Tables de gestion intégrée des ressources et du territoire concernés.

Portrait du ravage et ses défis

Dans le contexte du projet, le terme « ravage » désigne l’ensemble du territoire où les cerfs hivernent et représente l’aire d’étude. Cette zone couvre 386,5 km2. Le terme « aire légale » du ravage est utilisé pour désigner l’aire de confinement du cerf de Virginie (aussi connue comme l’aire fixe). Ce secteur couvre une superficie de 156,5 km2, dont la partie publique est légalement protégée. Les secteurs du ravage situés à l’extérieur de l’aire légale sont désignés comme des « aires d’extension » du ravage et couvrent 230 km2.

Seulement 11% du ravage est protégé par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (terres publiques de l’aire légale) et 58,5 % du ravage sont des terres privées où aucune disposition légale n’existe quant à la protection de l’habitat du cerf.

Près de 60 % de l’aire utilisée par les cerfs en hiver déborde à l’extérieur de l’aire légale (aires d’extension) et aucune modification n’a été apportée aux limites de l’aire de confinement de La Macaza depuis sa création en 1993 malgré une nette croissance des populations de cerfs.

Les effets cumulatifs du développement diminuent la qualité du ravage et sa superficie. Quoique ponctuelles ou locales, les pertes d’habitat dues au développement sont permanentes et cumulatives. Le développement contribue également à la fragmentation du ravage et constitue une source de dérangement accru qui influence la survie du cerf lors d’hivers rigoureux. Le développement en terres privées et publiques menace ainsi l’intégrité du ravage.

Il est important de mentionner que les municipalités concernées par le ravage possèdent un zonage qui prévoit certaines dispositions afin de protéger cet habitat. Toutefois, ces dispositions ne semblent pas permettre de maintenir adéquatement les habitats du cerf et rendent difficile la réalisation de projets de développement immobilier dans les municipalités concernées par l’aire légale.

Qualité des habitats du cerf au sein du ravage

La qualité du ravage en terres publiques et privées diminue et s’explique par plusieurs facteurs dont le développement, l’enffeuillement, les plans d’aménagement du ravage qui sont échus et le manque d’incitatifs pour aménager les peuplements forestiers en fonction des besoins du cerf. Ceci s’exprime par un manque d’habitat d’abri et de nourriture-abri dans le ravage de La Macaza. Plus de 90 % du territoire n’atteint pas les cibles d’habitat d’abri et de nourriture-abri telles que le recommande le Guide d’aménagement des ravages de cerfs de Virginie (Hébert et coll., sous presse).

La diminution de la qualité du ravage constitue un enjeu important puisque les hivers rigoureux sont réguliers dans ce secteur et les accumulations de neige augmentent rapidement, réduisant ainsi la possibilité de survie des cerfs isolés, qui deviennent plus vulnérables à la prédation et à l’inanition.

Enfin, les habitats du cerf en terres publiques sont fragmentés et manquent de connectivité.

Recommandations d’intérêt pour l’intégrité écologique du parc national

Les principales recommandations sont présentées ici.

Sur les terres publiques, il est proposé d’augmenter la superficie de l’aire légale sur la partie publique du ravage (aire d’extension). Cette nouvelle aire légale juxtaposerait les limites du parc national, ce qui lui apporterait une valeur ajoutée et jouerait un rôle complémentaire de zone tampon dans cette partie de la périphérie du parc national. L’augmentation de l’aire légale permettrait de protéger légalement une partie des terres publiques de l’aire d’extension par le biais de l’application du Règlement sur les habitats fauniques et du Règlement sur les normes d'intervention dans les forêts du domaine public. Cette désignation imposerait, entre autres, la réalisation d’un aménagement forestier adapté aux besoins du cerf, ce qui permettrait le maintien ou l’amélioration de l’habitat de cette espèce.

Comme l'aménagement forestier joue un petit rôle en terres privées, il est proposé de créer des corridors de déplacement sur ces terres dans le but de cibler des secteurs du ravage où la fragmentation serait réduite. En effet, le développement immobilier serait réduit à l’intérieur de ces corridors afin de conserver les habitats de qualité pour le cerf. En contrepartie, à l’extérieur des corridors, le développement immobilier serait plus permissif, mais tout de même adapté aux besoins du cerf. En effet, il est proposé de protéger les peuplements forestiers d’intérêt faunique à l’échelle du ravage (intérieur et extérieur des corridors). Dans la MRC des Laurentides, la création de corridors permet la protection efficace à l’état naturel de l’habitat du cerf et favorise, à long terme, le maintien des milieux naturels et de la biodiversité du secteur (Boucher et Fontaine 2010). En retour, on génère d’importantes et diversifiées retombées : chasse, pêche, piégeage, tourisme, randonnée pédestre, ski de fond, photographie, etc.

Finalement, il est recommandé de mettre à jour les plans d’aménagement du ravage et de revoir les mesures incitatives pour l’aménagement forestier sur les terres privées et publiques du ravage de La Macaza.

Références

BOUCHER, Isabelle, et Nicolas FONTAINE. 2010. La biodiversité et l’urbanisation, Guide de bonnes pratiques sur la planification territoriale et le développement durable, ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, coll. « Planification territoriale et développement durable », 178 p.
http://www.mamrot.gouv.qc.ca/pub/grands_dossiers/developpement_durable/biodiversite_urbanisation_complet.pdf

DUCLOS, I., et J. FINK. 2014. Proposition d’un plan de protection et de développement intégré du ravage de cerfs de La Macaza. Rapport final. Centre d’enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy inc. (CERFO). Rapport 2013-0681. 213 pages + 6 annexes.

HÉBERT, F., M. HÉNAULT, J. LAMOUREUX, M. BÉLANGER, M. VACHON et A. DUMONT. Guide d’aménagement des ravages de cerfs de Virginie, 4e édition. Ministère des Ressources naturelles et Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, 78 p.


Isabelle Duclos est biologiste au Centre d'enseignement et de recherche en foresterie de Sainte-Foy inc.

Hugues Tennier est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national du Mont-Tremblant. tennier.hugues@sepaq.com

Photos: Steve Deschênes, Sépaq Anticosti, Sépaq et Francis Gignac, Sépaq.


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