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Des fouilles aident à reconstituer le passé d’un territoire protégé

25 février 2014


Les découvertes réalisées au fil des années dans le cadre des nombreuses fouilles archéologiques effectuées au parc national d’Oka ont permis de reconstituer la séquence préhistorique et historique et le mode de vie des peuples amérindiens à travers les diverses périodes d’occupation du territoire.

Historique des fouilles archéologiques au parc

Ce sont les travaux de William D. Lighthall qui, en 1934, ont marqué le début des recherches archéologiques sur le territoire du parc national d’Oka. À l’époque, il avait découvert 162 tessons ou morceaux de poterie préhistoriques (Parc national d’Oka 2008). Un dénommé Pendergast aurait ensuite investigué les lieux en 1965, suivi par la Société d’Archéologie de la province de Québec en 1967 (Bellavance 2013). Ce n’est qu’en 1971 qu’un code archéologique officiel, le BiFm-1, fut attribué à ce site, suite aux travaux de Lorraine Létourneau-Parent ayant révélé la présence de nombreux indices archéologiques de présence amérindienne préhistorique (Parc national d’Oka 2008, Bellavance 2013).

De nombreux puits de sondage ont ensuite été fouillés par Chapdelaine (1988, 1990a) le long de la plage, afin de déterminer les limites du site BiFm-1. Puis, la construction du centre de services Le Littoral et des travaux reliés à la protection des berges contre l’érosion ont amené Dumais (2001) et une équipe du parc (2007) à effectuer des fouilles ciblées afin de retirer le matériel archéologique pouvant potentiellement se retrouver sur les sites de construction. Les fouilles de 2007 ont permis de récupérer une centaine d’artéfacts, dont 86 pièces de céramique et 38 objets historiques (Bellavance 2008).

Devant la menace à court terme que pose l’érosion des berges pour la conservation des artéfacts du site, d’autres fouilles ont été réalisées de 2008 à 2013, et ont permis de mettre à jour une structure s’apparentant à un foyer qui aurait pu servir à la cuisson de la poterie. Les motifs distinctifs des nombreux tessons récoltés indiquent une association au Sylvicole moyen ancien et tardif (entre 400 ans avant Jésus-Christ et 1000 ans de notre ère) (Bellavance 2013), ce qui fait de BiFm-1 l’un des plus anciens sites connus de cette période (Chapdelaine 1990a).

Il est cependant à noter que l’ensemble des recherches archéologiques effectuées sur le territoire du parc ont permis la découverte d’objets encore plus anciens, comme une pointe de projectile à encoches latérales de type « Brewerton », une grande pointe Lamoka, une pointe (ou couteau) en cornéenne et une hache, datant toutes de la période dite de l’Archaïque supérieur, soit 2 500 avant Jésus-Christ (Parc national d’Oka 2008). C’est donc dire que les plus anciennes traces de présence humaine sur le territoire du parc remonteraient à 4 500 ans!

Lèvre d'un tesson de bord récolté sur BiFm-1

Le fruit des découvertes : séquence historique reconstituée

Tel que mentionné ci-dessus, il semble que les premiers occupants de la plage du parc national d’Oka (site BiFm-1) étaient des Amérindiens nomades de la période Archaïque (remontant à 4 500 ans), qui occupaient le territoire de la rivière Outaouais et du fleuve Saint-Laurent afin d’y pratiquer la pêche, la chasse et la cueillette (Parc national d’Oka 2008). Cependant, ce n’est que vers l’an 1000 avant Jésus-Christ que les Amérindiens commencèrent véritablement la fabrication de poteries. Cette époque marque le début du Sylvicole inférieur (de l’an 1000 à l’an 400 avant Jésus-Christ), durant laquelle les vases, faits d’un mélange de sable et d’argile et cuits dans le feu, étaient dépourvus de décoration (Clermont et Chapdelaine 1982). Ces contenants servaient à l’entreposage et à la cuisson des aliments. La période archéologique suivante, dite du Sylvicole moyen ancien (de 400 ans avant Jésus-Christ à 500 ans de notre ère), a généré le plus grand nombre de tessons de poterie et de rebus de pâtes lors des fouilles. Cela indique une occupation plus intensive et régulière du territoire par les Amérindiens à cette époque (Parc national d’Oka 2008). Les rebuts de pâtes, ou morceaux d’argile non utilisés, étaient jetés dans le feu afin de vérifier la température de celui-ci pour une cuisson optimale des pots (Clermont et Chapdelaine 1982). Les vases de cette période étaient de plus toujours décorés. Les empreintes ondulantes caractéristiques étaient réalisées à l’aide du rebord d’un coquillage ou d’une écaille de tortue serpentine ou géographique, espèces que l’on retrouve toujours sur le territoire du parc de nos jours (Chapdelaine 1990b, Cadieux, communication personnelle 2001).

Décors des tessons de corps provenant des puits fouillés sur BiFm-1, de 2008 à 2012 (tiré de Bellavance 2013)

Étrangement, très peu d’artéfacts issus des 500 années suivantes ont pu être identifiés par l’ensemble des fouilles réalisées sur BiFm-1. L’hypothèse suggérée par Chapdelaine (1990b) à cet égard suggère un abandon du territoire dû à des relations difficiles entre les Iroquoiens du Saint-Laurent et les Algonquiens de l’Outaouais durant cette période. Ce n’est donc qu’en l’an 1000 (Sylvicole supérieur, de l’an 1000 à environ 1500) que la présence des Amérindiens s’est véritablement manifestée à nouveau, tel que suggèrent les quelques vases iroquoiens retrouvés lors des fouilles (Chapdelaine 1990a, Arkéos 2003). L’occupation définitive du site semble prendre fin à l’arrivée des premiers colons européens (Jacques Cartier en 1534 et Samuel de Champlain en 1608).

Aux truelles, citoyens!

La majorité des fouilles effectuées par les gestionnaires du parc de 2008 à 2013 ont été réalisées avec la participation active du public, dans le cadre du Mois de l’Archéologie du réseau Archéo-Québec. L’activité de découverte « L’apprenti archéo : une fouille dans le passé » a en effet été mise sur pied afin de permettre à la clientèle intéressée de se joindre à un archéologue professionnel et de contribuer à la conservation des sites archéologiques préhistoriques du parc. Par la même occasion, les visiteurs sont sensibilisés à l’importance de conserver ce patrimoine culturel et sont invités à contribuer à leur manière à la préservation de ces artéfacts témoins du passé, en ne fouillant jamais le sol par eux-mêmes à la recherche d’objets et en informant immédiatement les autorités du parc de toute découverte, sans déplacer l’objet en question. Trop de pièces ont été pillées depuis plusieurs années sur les divers sites archéologiques du parc, éliminant à chaque fois un indice supplémentaire pouvant résoudre les mystères encore nombreux de la présence amérindienne sur le territoire. Il est primordial de préserver ces précieuses richesses archéologiques et historiques afin de pouvoir les documenter convenablement.

Références

Bellavance, Francis. 2008. Inventaire archéologique le long de segments de plage qui devront être stabilisés afin de protéger les rives du lac des Deux Montagnes, Oka. Parc national d’Oka, Oka, 53 p.

Bellavance, Francis. 2013. Archéologie publique dans le parc national d’Oka – Août et octobre 2012. Parc national d’Oka, Oka, 47 p.

Chapdelaine, Claude. 1988. Évaluation archéologique sur le site préhistorique BiFm-1, Parc Paul-
Sauvé, Oka. Université de Montréal, département d’anthropologie, rapport inédit, 9 p.

Chapdelaine, Claude. 1990a. « Un site du Sylvicole moyen ancien sur la plage d’Oka (BiFm-1) ». Recherches amérindiennes au Québec, vol. XX, no. 1.

Chapdelaine, Claude. 1990b. « Le concept de sylvicole ou l’hégémonie de la poterie ». Recherches amérindiennes au Québec, vol. XX, no 1.

Clermont, Norman et Chapdelaine, Claude. 1982. Pointe-du-Buisson 4 : quarante siècles d’archives oubliées. Recherches amérindiennes au Québec, Montréal, 170 p.

Dumais, Pierre. 2001. Projet de construction d’un centre multiservice dans le parc d’Oka. Surveillance archéologique de trois sondages géotechniques. SÉPAQ, rapport inédit, 7 p.

Parc national d’Oka. 2008. Synthèse des connaissances. Rapport interne pour le parc national d’Oka, Oka, 197 p.


Raphaël Goulet est responsable du service de la conservation et de l’éducation au parc national d’Oka goulet.raphael@sepaq.com

Photos : Gabriel Trahan; Francis Bellavance et A. Chartrand.


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