La saison préférée des ornithologues

En collaboration avec QuébecOiseaux

Demandez à une ou un ornithologue de vous nommer sa saison favorite et il vous répondra presque assurément qu’il s’agit du printemps, le mois de mai en particulier. Bien qu’on puisse faire de très belles observations en hiver, avoir un peu plus de diversité dans les jumelles ne déçoit personne après quelques mois à regarder un nombre limité d’espèces.

Julie Audet | © Sépaq

À partir du mois de mars, ce nombre augmente graduellement, atteignant son apogée en mai. Quelques espèces resteront dans le sud de la province pendant l’été, alors que d’autres poursuivront leur route vers la forêt boréale, ou même l’Arctique. Puis, à compter du mois d’août, elles commenceront le périple inverse.

Julie Audet | © Sépaq
Jean-Sébastien Guénette | © Sépaq

Pourquoi les oiseaux migrent-ils?

D’un point de vue humain, la migration est un phénomène spectaculaire, mais pour les oiseaux, c’est un long chemin parsemé de dangers : conditions météorologiques hasardeuses, recherche de nourriture dans des habitats auxquels ils ne sont pas habitués, collisions avec des bâtiments en tous genres, etc. Beaucoup d’oiseaux n’y survivent pas.

Dans ce cas, pourquoi la majorité des oiseaux qu’on trouve au Québec migrent-ils? Ne serait-il pas plus simple pour eux de rester au même endroit toute l’année?

Contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas tant le froid que les oiseaux fuient, mais plutôt le manque de nourriture. Pour les insectivores, c’est sans équivoque. Certaines espèces vont réussir à trouver quelques insectes, dans les anfractuosités de troncs d’arbres, par exemple, mais pour les hirondelles, parulines et autres insectivores aériens, bonne chance pour attraper des moustiques en janvier!

Même chose du côté des oiseaux aquatiques. Mis à part quelques canards qui trouveront à manger dans les eaux du fleuve Saint-Laurent ou d’une étendue d’eau non glacée, la grande majorité s’en ira un peu plus au sud à l’automne.

OK, mais vous me direz : s’ils peuvent trouver des insectes et de la nourriture à longueur d’année au sud, pourquoi se donnent-ils la peine de revenir au nord chaque printemps?

Les adeptes de plein air connaissent la réponse. En été, nos forêts et nos marais sont particulièrement riches en insectes. La ressource est plus qu’abondante et peut aisément remplir tous les petits becs à nourrir. On peut aussi imaginer que la compétition pour la nourriture entre les oiseaux migrateurs et les espèces nicheuses locales ne pourrait pas se maintenir toute l’année. Dans ces circonstances, plusieurs retournent vers les vastes étendues et le buffet à volonté de la forêt boréale.

Jean-Sébastien Guénette | © Sépaq
Jean-Sébastien Guénette | © Sépaq

La Journée mondiale des oiseaux migrateurs

Au Québec, on assiste à deux saisons de migration très différentes. Celle du printemps débute en douceur au mois de mars. Les goélands à bec cerclé, les carouges à épaulettes et les bruants chanteurs donnent le ton, puis, en avril, les espèces s’ajoutent au compte-gouttes, surtout des canards et des oies. Du côté des passereaux, c’est lors des 2e et 3e semaines de mai que le « robinet à migrateurs » coule à flots. Les parulines, les viréos, les moucherolles, etc. sont alors partout, et souvent pour quelques jours seulement.

C’est d’ailleurs le 2e samedi de mai qu’on célèbre chaque année la Journée mondiale des oiseaux migrateurs. Pour l’occasion, la plupart des clubs d’ornithologie offrent des randonnées guidées et, depuis quelques années, le Cornell Lab of Ornithology et ses partenaires, incluant QuébecOiseaux, organisent une journée d’observation d’oiseaux intensive. Le 14 mai 2022, plus de 48 000 personnes ont participé à l’événement, recensant 7 500 des 10 000 espèces dans le monde. Au Québec, 245 espèces d’oiseaux ont été enregistrées lors de cette journée.

La migration d’automne est un peu plus étendue dans le temps. Les oiseaux de rivage, qui ont niché dans la toundra, nous reviennent généralement les premiers, dès la fin juillet et pendant tout le mois d’août. Le passage des parulines, des hirondelles et des autres insectivores a plutôt lieu entre la mi-août et la fin septembre. Puis, le mois d’octobre voit passer les oies, les canards et les bruants. En novembre, la majorité des migrateurs sont déjà partis, mais les surprises ne manquent pas, puisque des oiseaux qui se sont éloignés de leur aire de distribution habituelle peuvent être observés.

Une journée d’observation est aussi organisée pour profiter de la migration automnale, aux environs du 2e samedi d’octobre. La date officielle n’a pas encore été annoncée, mais si vous voulez participer, réservez votre 8 octobre 2022.

Comment prédire les migrations?

Depuis quelques années, des ornithologues ont développé une expertise en prédiction des bonnes matinées d’observation grâce à l’analyse et à l’interprétation des images de radars météorologiques. En effet, presque tous les oiseaux migrent pendant la nuit, et ces radars détectent les masses d’oiseaux qui prennent leur envol en fin de journée. On peut ainsi prévoir si le lendemain sera un matin plutôt calme ou avec des oiseaux partout.

© Sépaq
Jean-Sébastien Guénette | © Sépaq

Pour anticiper les déplacements, on peut aussi se fier aux conditions météorologiques, particulièrement à la direction des vents. Au printemps, les oiseaux vont surtout bouger lorsque le vent souffle du sud ou du sud-ouest. À l’automne, ils chercheront surtout les vents du nord ou du nord-ouest.

Il existe maintenant des outils spécialisés dans la prévision des migrations aviaires :

La migration printanière tire à sa fin, mais il vous reste encore quelques jours pour en profiter. Pour voir un maximum d’oiseaux, sortez à l’extérieur le plus souvent possible et, idéalement, très tôt le matin!

Jean-Sébastien Guénette

À propos de Jean-Sébastien Guénette

Biologiste de formation, Jean-Sébastien a complété une maîtrise à l’Université de Moncton sur les seuils de tolérance des oiseaux forestiers à l’altération de leur habitat. Il a ensuite travaillé comme agent de recherche pour la Chaire de recherche du Canada en conservation des paysages, puis dans le domaine privé ainsi qu’à l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac. C’est en 2005 qu’il a accédé à la direction de QuébecOiseaux. En plus de l’ornithologie, à laquelle il voue une véritable passion, Jean-Sébastien s’intéresse beaucoup à la technologie, aux voyages et à la photographie.

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