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Chasse à l’orignal

Les apprentissages de 4 grandes passionnées

Propos recueillis et mis en contexte par le chasseur Émile David.

D’abord, je dois vous dire que je ne suis pas un expert de la chasse à l’orignal. J’y vais quand l’occasion se présente et je filme des aventures sur le terrain depuis deux ans de manière intensive avec l’équipe de Chasse Québec, mais je n’oserais pas vous dire quoi faire pour améliorer votre taux de succès.

Quand la Sépaq m’a approché pour que je rédige un article sur les erreurs courantes commises à la chasse à l’orignal, j’ai vite constaté que j’aurais besoin des conseils de meilleurs chasseurs que moi. C’est ainsi que l’équipe de la Sépaq m’a proposé de donner la tribune aux femmes. J’ai commencé à travailler cet article en me disant : «facile, je dois seulement trouver une femme experte qui va nous livrer ses secrets. » Mais pour être bien honnête, je ne savais pas vers qui me tourner. Il faut dire qu’en matière de chasse, la plupart du temps, les femmes sont discrètes. Elles guident, elles accompagnent, elles initient d’autres femmes, elles chassent avec leur conjoint ou leur famille, mais en général, elles partagent moins leurs exploits que les chasseurs. Cependant, au-delà de leur modestie, de nombreuses chasseuses ont des compétences réellement aiguisées. Et puis certaines d’entre elles sont si passionnées, qu’elles racontent souvent des histoires avec des étincelles dans la voix et formulent des réflexions sur la chasse qui méritent d’être partagées.

Je vous présente donc, à travers les histoires de quatre grandes passionnées de chasse, les erreurs courantes à éviter à la chasse à l’orignal.

Mélanie Dion Émile David | © Sépaq

1. Le conseil de Véronique : rester à l’affût

La première femme avec qui je me suis entretenu se nomme Véronique Gagnon, une chasseuse de Stoneham, dans la région de Québec, avec plus de 10 ans d’expérience. Elle chasse la plupart du temps en compagnie de son conjoint, le guide de chasse David Falardeau. Son histoire est particulièrement pertinente pour ceux qui font appel aux services d’un guide ou qui accompagnent quelqu’un de plus expérimenté qu’eux en forêt.

« Un matin frisquet de fin septembre, nous montons, David et moi, dans une montagne de feuillus, lorsque soudain, le langoureux « call » d’une femelle se fait entendre. Je suis impressionnée par la courte distance qui nous sépare. Nous pressons le pas et arrivons dans une éclaircie. La femelle est là, à moins de 50 mètres de nous. David se met à parler à l’orignal. Comme je suis habituée d’exécuter ce que David me demande, j’attends, à quelques pas de lui. J’admire ce que je vois et ce que j’entends : la femelle qui « call » et un gros « buck » qui répond juste un peu plus loin. David enchaîne les sons, et moi, fascinée, j’observe le spectacle sans bouger, en attendant le signal de tirer. Je fixe le gros « buck » au loin qui répond sans cesse à David. Je suis tellement absorbée que je ne remarque même pas le beau petit « buck » qui s’approche à découvert, à quelque 40 mètres devant nous. Je me fie clairement trop au signal de mon guide. À un moment, la femelle s’éloigne, suivie du petit « buck ». Finalement, le plus gros « buck » délaisse lui aussi les « calls » de David pour aller la rejoindre.


David se tourne alors vers moi et me lance un regard mi-découragé, mi-fâché, me suppliant de tirer. Je m’exécute finalement. Sitôt l’orignal au sol, mon conjoint me dit : « J’avais assez hâte que tu tires! Tu faisais quoi? Il allait partir! Et tu as laissé passer le petit « buck » sans réagir! »


« J’attendais que tu me le donnes le GO! » lui répondis-je.


Et lui de conclure : « Tu n’auras pas toujours deux « bucks » devant toi. C’est préférable que tu sois plus rapide et que tu tires sans attendre la prochaine fois. Il y a des gens qui rêvent de voir la scène que tu avais devant les yeux. La prochaine fois, fais-toi davantage confiance et tire. »


Une erreur que je commets très souvent en tant que chasseuse est de trop compter sur l’autre et de me laisser guider sans rester à l’affût. Comme je succède mon guide, armée de mon arbalète ou de ma carabine, je suis moins à l’écoute de ce qui nous entoure. J’attends un signe de mon guide plutôt que d’écouter et d’analyser plus attentivement ce qui se passe autour. C’est une erreur qui, à plusieurs reprises, a bien failli me coûter ma récolte. Même si ce n’est pas facile de se faire confiance quand on suit quelqu’un de plus expérimenté que soi, il faut rester bien aux aguets lorsqu’on est en situation de chasse et contribuer par sa vigilance, sans toujours attendre de se faire dire quoi faire. Car il suffit d’une seconde de trop pour manquer son « buck » de rêve! Avoir un guide, c’est merveilleux, mais pour que la réussite soit au rendez-vous, il faut faire équipe avec lui et non seulement être à son service. Bref, il faut se faire confiance. »

2. Le conseil de Corinne : l’importance du contexte

La seconde femme avec qui j’ai discuté se nomme Corinne Gariépy. Ayant grandi dans une famille de chasseurs, elle a repris en 2009 la boutique d’articles de chasse et de pêche de ses parents, située à Prévost, dans les Laurentides. Chroniqueuse à l’émission QVO depuis 2015, elle chasse l’orignal avec son conjoint chaque année. Voici ce qu’elle avait à me raconter.

« À l’automne 2017, j’étais enceinte de 7 mois. Ça n’a pas tellement de lien avec l’histoire que je vais te raconter, mais quand même, je te mets en contexte. On arrive tôt le matin dans un bûcher et rapidement, on entend des orignaux au loin. Mon conjoint agit comme « calleur » et est un peu à l’écart dans le bois. Moi je suis avec un caméraman et je marche dans le chemin. Tu sais comment c’est, une personne dans le bois, c’est une personne de trop, alors trois personnes, tu imagines bien... Quand même, on s’approche et à un certain moment, on obtient un visuel sur l’orignal. Il est à l’orée de la forêt en bas de la côte et, derrière lui, le soleil se lève tout juste au-dessus des arbres. Un contre-jour immense.


Comme on fait toujours dans ces cas, on se met à bouger très lentement pour se mettre en position. On calcule chacun de nos gestes et on se sent quand même en contrôle, surtout que l’orignal se montrait bien réceptif. Puis, à un certain moment, on réalise que non seulement il n’est plus réceptif, mais qu’il fiche le camp. C’est à ce moment-là qu’on s’est regardé le caméraman et moi, puis qu’on a réalisé à quel point on était sous les projecteurs. Les premiers rayons du jour plombaient sur nos dossards, sur la lentille de la caméra, sur le fût de la carabine. Mon conjoint dans le bois était pour sa part parfaitement camouflé, mais nous, dans le chemin, on était en haute définition. J’étais à la carabine à ce moment-là, mais à aucun moment je ne me suis sentie à l’aise de prendre un tir. Je dois préciser qu’«essayer» un animal, ça ne fait pas partie de mon vocabulaire. On l’a donc regardé partir, impuissants.


Tout ceci pour dire que les manières de faire qui fonctionnent bien dans certains contextes peuvent être complètement inefficaces dans d’autres. Il faut toujours rester en mode analyse et constamment ajuster les scénarios. On parle souvent du vent, mais ici, c’est la lumière qui a joué contre nous. L’orignal s’est retrouvé dans une posture avantageuse, mais quand on l’a réalisé, il était trop tard. Dans une situation comme celle-là, il aurait fallu qu’on se déplace dans les zones d’ombre ou carrément dans le bois. »

Mélanie Dion Émile David | © Sépaq
Réserve faunique de Matane
Réserve faunique de Matane Beside | © Sépaq

3. Le conseil de Sophie : rester dans le rôle

La troisième femme avec qui j’ai échangé se nomme Sophie Boisvert. Elle a grandi dans une famille de chasseurs et a récolté son premier orignal dans la vingtaine, après plusieurs années passées à accompagner sa grand-mère dans ses expéditions de chasse. Elle guide l’orignal dans une pourvoirie depuis maintenant 4 ans. Sophie ne fait jamais les choses à moitié. Selon ses dires, « quand elle chasse l’orignal, elle n’imite pas l’orignal, elle devient un orignal ». Et ça, ça prend tout son sens quand on écoute son histoire.

« C’était un matin incroyable. À la brunante, on se faisait répondre de partout. Il semblait y avoir deux couples. Avec mon client, nous étions grimpés sur une souche surplombant un bûcher. On avait aperçu du mouvement, mais depuis un bon moment, plus rien ne semblait se passer. Puis, une femelle est sortie du bois. On avait dans nos poches un permis pour la récolter, mais un pressentiment me retenait et j’ai demandé à mon client d’attendre. Dans les minutes suivantes, un beau mâle est sorti à son tour et nous l’avons prélevé.


Cette histoire-là m’a marquée, parce qu’elle démontre comment on est sur un rythme différent de celui des animaux. À la chasse, on est pressé que les choses se passent, on voudrait que tout arrive rapidement, à un rythme d’humain, mais les animaux sont sur un autre horaire. Ils ne sont pas là pour nous. Quand on est à la chasse, il faut prendre le rôle de la bête que l’on traque et rester dans ce rôle. Pour l’orignal, ça veut souvent dire ralentir et patienter, encore et encore. Il y a toujours des orignaux, il faut seulement les trouver et être constamment prêts, parce qu’on ne sait jamais quand les choses vont se produire. Puis l’autre leçon que cette histoire nous enseigne, c’est qu’il est aussi important d’écouter son instinct. »

4. Le conseil de Mélanie : partir avec un plan

La dernière femme avec qui je me suis entretenue, mais non la moindre, c’est mon amie Mélanie Dion. J’ai eu la chance de tourner avec Mélanie au cours des dernières saisons dans le cadre de la websérie Chasse Québec. Je l’ai vu faire des bonds de géants dans son indépendance de chasseuse et dans ses compétences générales en forêt. Elle gravite autour des orignaux et s’intéresse à la chasse depuis maintenant près de 20 ans. L’an dernier, elle est passée très près de récolter un premier orignal qu’elle avait « callé » elle-même.

« J’étais avec mon père, lui avec son arbalète, moi avec mon arc. Nous arrivions sur un site de chasse où j’avais repéré des signes la veille. Rapidement, mes « calls » ont obtenu une réponse. L’orignal était près de nous et je me suis rapidement agenouillée dans les broussailles. Je voyais que l’orignal était de l’autre côté des branches, à environ 40 mètres. C’était un peu hors de portée, tant pour moi que pour mon père, qui se trouvait juste derrière, au milieu du chemin.


À ce moment, j’ai commencé à hésiter entre préparer mon arc ou tenter de pousser l’orignal à franchir les derniers mètres qui le séparent du corridor de tir qui permettrait à mon père de décocher. C’est en regardant mon père dans le chemin que j’ai réalisé que nous n’avions pas de plan. Il semblait aussi hésitant que moi. J’imagine qu’on tenait pour acquis que le premier qui aurait une chance de tir serait le tireur. Ma palette d’orignal était par terre, j’étais à genoux et je n’osais plus bouger. Ce moment d’indécision a probablement été le moment fatidique. L’orignal a finalement repris la direction du couvert et nous avons perdu le contact.


À une telle distance, je suis certaine que ma palette d’orignal aurait été la clé pour tromper la vue de cet orignal et le confronter. Il était si proche qu’il devait chercher la forme de son rival, mais il n’y avait pas de rival, seulement deux chasseurs qui n’étaient plus certains de l’étape suivante.


Je demeure à ce jour persuadée que si mon père et moi avions été prêts à tous les scénarios, nous serions parvenus à le récolter. L’importance d’avoir un plan clair, des rôles définis et de communiquer avec ses partenaires de chasse est un des meilleurs conseils que je puisse donner suite à cette expérience. »

Réserve faunique de Matane
Réserve faunique de Matane Beside | © Sépaq
Véronique Gagnon © Sépaq
Sophie Boisvert © Sépaq
Réserve faunique de Matane
Réserve faunique de Matane Beside | © Sépaq

5. En résumé

Voici les erreurs courantes à ne pas commettre lors de votre chasse automnale :

  • Si vous êtes guidé, restez proactif, observez les signes, essayez de rester orientés et de garder l'accent sur votre objectif. Gardez en tête que votre guide ne peut pas tout voir. Bref, restez prêts et évitez le pilote automatique.
  • Restez toujours conscient du contexte dans lequel vous évoluez. Ça inclut le vent, la lumière, la topographie du terrain, la végétation, l’heure du jour. Ce sont des données qui peuvent complètement modifier la façon dont vous approcherez un terrain.
  • Restez dans le rôle. Agissez comme un orignal, pensez comme un orignal; ralentissez. Votre instinct n’en sera que plus aiguisé.
  • Faites des plans et discutez-en avec vos partenaires. La chasse, c’est imprévisible et il faut savoir s’adapter constamment, mais en discutant des différents scénarios au préalable, vous aurez les bons réflexes et un trousseau de stratégies qui vous permettra de réagir rapidement devant un contexte particulier.

Pour conclure, essayez, prenez des risques et faites des erreurs. Peu importe notre degré d’expertise, il nous reste toujours des choses à vivre, à expérimenter et à apprendre en forêt. C’est ce qui fait la beauté de la chasse, et c’est aussi ce qui lui donne toute sa saveur. Puis, rappelez-vous que ce qui fait qu’on devient bon chasseur ou bonne chasseuse, c’est notre capacité d’analyser ce qu’on a fait de bon ou de moins bon, dans le succès comme dans l’échec.

Bonne traque!

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