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La raison d'être du parc
Couvrant les deux rives du Saint-Laurent à partir de l'Outaouais, son principal affluent, jusqu'aux environs de Québec, la région naturelle des Basses-Terres du Saint-Laurent est sans contredit la plus peuplée de tous les grands ensembles naturels du Québec et celle qui a subi le plus de transformations. Paradoxalement, c'est aussi peut-être la région naturelle la moins bien connue. Situé 50 km à l'est de Hull, dans l'Outaouais, le parc national de Plaisance ouvre une fenêtre sur les paysages à
la fois sereins et animés de ces Basses-Terres méconnues, «plat pays» dont les baies, les marais, les îles et les presqu'îles grouillent de vie. Au printemps, le territoire du parc constitue également l'une des haltes migratoires les plus spectaculaires du Québec pour les bernaches du Canada et les canards.
Milieu naturel
Bordé au sud par la rivière des Outaouais, dont il épouse les rives échancrées, au nord par la bande étroite de la plaine outaouaise, le parc national de Plaisance présente un paysage doucement ondulé qui s'étire d'ouest en est le long de la grande rivière. Telles de vastes gradins aux paliers allongés, les terres du parc, occupées par des champs en culture ou des friches, viennent discrètement se fondre dans le milieu aquatique, qui prend une multitude de formes : îles, presqu'îles, baies,
marais, marécages, prairies humides. Bien que son chenal soit hors des limites du parc, la rivière des Outaouais est au cœur des paysages du parc. Le principal affluent du Saint-Laurent, qui prend sa source en Abitibi, atteint à Plaisance une largeur imposante variant entre 300 m et 1500 m.
Trois grands épisodes géologiques ont laissé leurs traces dans le paysage. Les stries et les cannelures gravées dans la roche témoignent du passage des glaciers, il y a de cela 11 000 ans; les dépôts argileux qui tapissent le sol ont été laissés jadis par la mer de Champlain, qui couvrait l'actuelle plaine du Saint-Laurent. Les trois terrasses qui descendent vers l'Outaouais correspondent pour leur part aux empreintes des anciens niveaux de la rivière, à l'époque où celle-ci était un fleuve puissant gonflé par les
eaux de fonte des glaciers.
Derrière la beauté discrète des paysages de Plaisance se cache la remarquable richesse faunique et floristique de ses milieux humides. La communauté scientifique internationale reconnaît unanimement l'importance et la richesse écologique des habitats humides, non seulement pour le maintien de la diversité biologique, mais aussi pour le rôle qu'ils jouent dans plusieurs mécanismes
environnementaux (la filtration des eaux, par exemple.) Il suffit de pénétrer en canot dans l'une des baies du parc pour s'en convaincre. Chaque coup de pagaie dans le tapis mouvant des iris et des nénuphars dévoile les manifestations d'une vie foisonnante. Sous l'eau, celle des poissons : 33 espèces ont été répertoriées, parmi lesquelle le doré jaune et l'achigan à grande bouche. Dans les baies, à la frontière mouvante de l'eau et de la terre, les visiteurs attentifs pourront observer des rats musqués, qui se
nourrissent de plantes aquatiques, ou encore des castors entretenant leur hutte. Discrètes, mais bien présentes sur le territoire, trois espèces de tortues - la tortue serpentine, la tortue géographique et la tortue peinte - ont été observées dans le parc. Aux abords de la Petite Presqu'île, un sifflement strident perce parfois le silence, tôt le matin ou en soirée : c'est le cri de la marmotte - le «siffleux» dans la langue populaire - dont le parc abrite une importe colonie. Beaucoup plus discret, le petit
polatouche, aussi appelé «écureuil volant», ainsi que la musaraigne fuligineuse, comptent parmi les espèces fragiles ou rares qui trouvent abri dans le parc. Le soir au printemps, le concert des grenouilles témoigne de l'abondance de cette classe d'animaux dans le parc.
À la fin d'avril, il se peut toutefois que le chant de grenouilles soit étouffé par les cris de milliers de bernaches et de canards rassemblés sur les rives. Le parc national de Plaisance se trouve au cœur de la plus importante halte migratoire printanière de ces oiseaux au Québec. On estime que de la fin mars jusqu'à la mi-mai, plus de 100 000 bernaches du Canada et plusieurs
milliers de canards, en route vers le nord, font halte dans le parc, notamment dans la baie Noire Ouest, à l'embouchure de la rivière de la Petite Nation et dans la baie de la Pentecôte. À l'occasion de leurs migrations printanières et automnales, plusieurs espèces de canards fréquentent aussi les milieux humides du parc; un grand nombre d'entre eux y demeurent pour nicher et élever les petits, dont les sarcelles à ailes bleues, les canards colverts et les canards branchus. Ces espèces, que les chasseurs désignent
sous le terme de sauvagine, cohabitent avec de nombreux autres oiseaux familiers des milieux humides (hérons, becs-scies, fuligules, grèbes, bécassine des marais), des rapaces tels que le balbuzard pêcheur, ainsi que deux espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables : le petit blongios (petit butor) et le troglodyte à bec court.
La richesse floristique du parc est elle aussi placée sous le signe de l'eau douce. Les marais et les marécages du parc sont peuplés d'herbiers submergés ou flottants qui forment une tapisserie multicolore aux formes variées. D'autres marécages sont peuplés d'arbustes ou d'arbres tels les érables argentés et les frênes de Pennsylvanie. Sur les terres en friche de la Petite Presqu'île susbsistent les plantes typiques des exploitations agricoles (graminées, légumineuses); d'autres qui portent des arbustes comme les
framboisiers, les cornouillers ou les aulnes révèlent un stade plus avancé de recolonisation forestière. Enfin, quelques parcelles du parc ont échappé aux coupes forestières, notamment l'embouchure de la rivière de la Petite Nation, où l'on trouve de beaux peuplements de feuillus matures caractéristiques de l'érablière à caryer.
Recherches
Près de 20 projets de recherches et de suivis ont lieu sur le territoire chaque année. Ces projets nous permettent de mieux connaître et mieux protéger les ressources naturelles du parc. D'autres s'inscrivent dans le cadre du suivi de l'intégrité écologique du parc.
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