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Historique

Quand on observe les paysages bucoliques du parc ou que l'on pagaie dans ses grandes baies tranquilles, on peut avoir l'impression que cet espace est toujours demeuré en marge de l'histoire et que les activités humaines, restreintes à l'agriculture, n'y ont eu qu'un impact limité. En réalité, le territoire du parc et ses environs immédiats sont riches d'un passé plusieurs fois millénaire qui se situe dans le droit fil de l'histoire complexe de la région outaouaise. Sur fond d'exploitation forestière, de colonisation et d'hydro-électricité, ces activités humaines ont, au cours des deux derniers siècles, grandement modifié l'espace naturel.

Si on en croit des artefacts retrouvés dans le parc, l'occupation humaine du territoire remonte à la période qui s'étend de 4000 à 2000 ans avant Jésus-Christ. Descendants des peuples asiatiques qui avait jadis traversé le détroit de Béring, ces hommes et ces femmes tiraient leur subsistance de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Loin d'être isolées, les populations de cette époque vivent au cœur d'un vaste réseau d'échanges dont la rivière des Outaouais, aboutée aux Grands Lacs et au Saint-Laurent, est la voie de communication. Basés sur le cuivre du lac Supérieur, que les habitants de l'Outaouais façonnent pour en faire des outils, ces échanges couvrent tout le Nord-est américain.

Le sol du parc a livré d'autres témoignages attestant de la présence amérindienne sur le territoire, cette fois à la période dite sylvicole (de 1000 avant J.-C à 1600), au cours de laquelle les grandes nations amérindiennes se sont formées. En analysant les vestiges exhumés de ces deux sites, les archéologues ont déduit qu'un établissement amérindien avait été établi sur les rives de la baie Noire entre l'an 600 et l'an 1000 de notre ère. Un troisième site révèle la présence d'un autre campement remontant vraisemblablement à la période située entre 1000 et 1600.

Lorsqu'en 1613, Champlain remonte pour la première fois l'Outaouais, il note à l'embouchure d'une petite rivière la présence d'une bande indienne appartenant à la nation algonquine : les Weskarinis. Comme cette tribu est beaucoup moins nombreuse que les puissants Algonquins de l'île aux Allumettes, plus à l'ouest, il surnomme les Weskarinis «la Petite Nation». Le cours d'eau au confluent duquel ils sont établis est baptisé du même nom. Le territoire du parc entre dans la cartographie de la Nouvelle-France et ses habitants, dans l'histoire. Comme leurs ancêtres, les Weskarinis vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette des petits fruits. Nomades, ils ne se rassemblent à l'embouchure de la Petite Nation que pendant l'été. L'automne et l'hiver, la bande se démembre en petits groupes et s'enfonce dans les forêts de la Petite Nation, de la rivière Rouge et de la rivière du Lièvre, leurs territoires de chasse. L'arrivée des Français entraînera cependant la disparition des Weskarinis, comme du reste celle de toute la nation algonquine. Décimés par les infections microbiennes, pourchassés par les Iroquois, leurs ennemis traditionnels, les Algonquins disparaissent des rives de la Grande Rivière qu'ils occupaient depuis des millénaires.

Leurs descendants n'y reviendront, pour faire le commerce des fourrures, qu'après la Grande Paix de 1701. De retour de leurs expéditions de chasse, certains s'arrêtent avec leur chargement de pelleteries au fort de la Petite-Nation, qui comme tous les établissements de l'époque fait à la fois office de poste de traite, d'auberge, de maison close et de tripot.

En 1803, Joseph Papineau, alors député de Montréal, achète la seigneurie de la Petite-Nation, qui n'avait jamais été exploitée jusque là. Cette acquisition marque le début de la colonisation francophone dans le secteur, où viennent aussi s'établir des colons d'origine américaine, écossaise et irlandaise. Les magnifiques pinèdes de l'Outaouais commencent à être décimées par les marchands de bois, qui vendent les longs fûts équarris sur le marché britannique. À la seigneurie de la Petite-Nation, l'exploitation d'une scierie au pied des chutes du Moulin est successivement confiée à divers entrepreneurs. Un long glissoir de bois transporte le bois du moulin jusqu'à la confluence de l'Outaouais; de là, le bois assemblé en radeaux flotte jusqu'au port de Québec. Autour de la scierie, un petit hameau se développe, qu' au tournant du siècle l'entrepreneur W.C. Edwards nommera North Nation Mills. En 1817, Joseph Papineau vend la seigneurie à son fils Louis-Joseph, homme politique d'envergure qui dirigera vingt ans plus tard le mouvement des Patriotes. Comme le reste de l'Outaouais, le territoire vit sous l'empire de l'exploitation forestière. À Thurso, la majorité de la population tire ses revenus de la scierie Singer. Pour sa part, la municipalité de Plaisance voit le jour en 1900. Parallèlement à l'industrie des pâtes et papiers, celle de l'hydro-électricité prend son essor à partir des années 30. Des barrages sont construits sur l'Outaouais et sur certains de ses affluents. En 1963, la mise en service du barrage de Carillon entraîne un rehaussement de la rivière des Outaouais. À Plaisance, les terres touchées, acquises par Hydro-Québec, deviennent le parc Dollard-des-Ormeaux, un lieu de récréation et de camping. Conscients du potentiel écologique élevé des nouveaux marais, divers organismes gouvernementaux, ainsi que Canards Illimités Canada, aménagent le secteur afin de protéger la sauvagine.

En 1978, la réserve faunique de Plaisance est créée. Vingt-quatre ans plus tard, fort de l'appui de la population, des instances régionales et du milieu scientifique, l'État accorde au territoire de Plaisance le statut de parc national. Désormais protégés, les paysages, la faune et la flore extrêmement riches de Plaisance contribueront à leur mesure au maintien de la biodiversité, pour le bien-être et le plaisir des générations actuelles et futures.


 



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