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Une nouvelle bryophyte québécoise!

29 janvier 2013


L'automne dernier, Jean Faubert, président de la société québécoise de bryologie et auteur de plusieurs ouvrages spécialisés sur le sujet, a été mandaté par le parc pour réaliser un inventaire de la flore des bryophytes. Ce travail était nécessaire afin de mettre à jour nos connaissances sur ces végétaux, qui dataient de 1973. La récolte des spécimens a permis d'étonnantes découvertes pour le parc, mais c'est l'identification d'une nouvelle espèce pour le Québec qui fait les manchettes.

Le monde méconnu des bryophytes

Avant d'aller plus loin, il importe ici de clarifier ce qu'est une bryophyte. Ce sont de minuscules plantes jonchant le sol, colonisant autant les troncs d'arbre que les roches, et rajoutant une magnifique teinte verte à la forêt. Ce groupe de végétaux comprend les mousses, les anthocérotes et les hépatiques.  Ces plantes se distinguent par l'absence de tissus de soutien; on les nomme d'ailleurs souvent à tort "végétaux invasculaires".

Même s'ils représentent près du quart des espèces floristiques du Québec et du Labrador, les  anthocérotes (4 espèces au Québec), les hépatiques (570 espèces en Amérique du Nord) et les mousses (1325 espèces en Amérique du Nord) sont mal connus. Pourtant, on les rencontre dans tous les milieux terrestres et aquatiques à l'exception des océans. Ce manque d'intérêt s'explique principalement par la difficulté d'identification: sur le terrain, on ne reconnaît les différentes variétés pratiquement qu'à la loupe et plusieurs espèces demandent une confirmation ultérieure. La quasi-absence de noms communs démontre de plus notre méconnaissance de ce monde lilliputien.

Une richesse insoupçonnée sous nos pas

Soleil, chaleur et couleurs automnales étaient aux rendez-vous pour les deux journées du mois d'octobre consacrées à la récolte de spécimens de bryophytes. Chaque surface (roche, tronc, bois mort, etc.) et chaque milieu (forêt, bord de route et ruisseau) ont été scrutés en détail dans les sites visés. Lors de ce type d'inventaire, c'est toujours étonnant de constater comment il est facile pour ces spécialistes de passer plusieurs heures à peine sur quelques mètres!

Deux types d'environnement ont été principalement ciblés: la sapinière à oxalide de montagnes, caractéristique des hauteurs du mont Mégantic, et la vallée du Ruisseau-de-la-Montagne, en contrebas du massif. Le flanc ouest du mont Mégantic, près d'une petite coulée, a également retenu l'attention. De plus, lors des déplacements entre les sites, une veille a été maintenue pour détecter les milieux propices à la découverte d’espèces différentes de celles présentes dans les sites visités (bord de route et érablière). Les espèces non identifiables sur le terrain ont été récoltées; leur identification s'est faite ultérieurement en laboratoire par le bryologue.

De surprise... en surprise!

Le rapport remis à la mi-janvier nous a dévoilé de très belles surprises.  Le travail sur le terrain a tout d'abord permis d'approfondir de beaucoup nos connaissances sur les bryophytes (116 espèces sont maintenant connues au parc, soit un ajout de 52 espèces) mais c'est la découverte d'une nouvelle espèce de mousse pour le Québec qui a retenu notre attention!

La vedette du rapport est sans contredit une mousse chaleureusement nommée Hypnum callichroum Bridel. Elle a été récoltée sur une branchette de bois mort dans un ruisselet en forêt. Elle est déjà connue au Groenland, en Europe et en Asie; en Amérique du Nord, c’est une espèce qui fréquente uniquement la côte du Pacifique. La colonie du mont Mégantic constitue donc la première mention de l’Hypnum callichroum au Québec. Considérant sa rareté, il est très probable qu'elle se voit attribuer un statut particulier de protection.

Une seconde belle surprise était aussi présente dans les résultats: Frullania selwyniana, une hépatique endémique de l’est de l’Amérique du Nord (rare au Québec) a été recueillie sur un tronc mort d’érable de Pennsylvanie le long du Ruisseau-de-la-Montagne. La survie de cette espèce est notamment menacée par les coupes forestières, qui auraient provoqué un déclin important de ses populations.

Outre ces merveilleuses découvertes, la présence d'une autre espèce rare au Québec (Pseudotaxiphyllum distichaceum), déjà mentionnée au mont Mégantic par Marcotte et Grandtner en 1973, a été confirmée. Récoltée la première fois sur le sol minéral de la sapinière à bouleau blanc, cette fois-ci elle a été retrouvée dans la sapinière à oxalide de montagne sur la surface verticale d'une roche affleurante. Il n'existe aujourd'hui que sept mentions de cette espèce au Québec, dont celle au parc national du Mont-Mégantic.

Considérant que seulement deux journées d'inventaire sur le terrain ont permis de faire autant de belles découvertes, nous sommes très enthousiastes à l'idée de poursuivre les recherches sur ces extraordinaires végétaux, proches parents des premières flores ayant colonisé la terre ferme. Le dialogue entre les mondes microscopiques de la nature et macroscopiques des étoiles se poursuit au parc national du Mont-Mégantic!


Hélène Philibert, garde-parc naturaliste au parc national du Mont-Mégantic.

Camille-Antoine Ouimet, responsable du service de la conservation et de la sécurité au parc national du Mont-Mégantic, ouimet.camille-antoine@sepaq.com.

Photos : Christine Provost et Jean Faubert.


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